La Banque de données d’histoire littéraire
de Michel Bernard
Université de Paris III (France)
La Banque de Données d’Histoire Littéraire (BDHL) est développée depuis 1985 à l’Université de la Sorbonne-Nouvelle (Paris III) par une équipe d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants dirigée par le professeur Henri Béhar. La BDHL se présente comme une base de données sur l’histoire littéraire de langue française, des origines à nos jours, permettant des requêtes croisées sur un grand nombre d’informations concernant les auteurs, les œuvres, les mouvements marquants.
La BDHL est actuellement disponible sous deux formes : une version en ligne, sur l’Internet (http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/bdhl/bdhl.htm ), et une version sous Access, plus complète, utilisée pour la saisie et la recherche. La base actuelle contient des informations sur 750 auteurs, 2800 œuvres, 230 mouvements, 90 revues, etc. Les renseignements utilisables sont par exemple les suivants pour les deux tables principales :
Auteurs : nom, prénom, pseudonymes, dates et lieux de naissance et de décès, date de la première œuvre, appartenance à des mouvements, obtention de prix littéraires, professions exercées.
Œuvres : auteur(s), titres (courant et original, sous-titre), date de publication (d’après le catalogue de la Bibliothèque Nationale de France), lieu d’édition, éditeur, format de l’édition originale, genre, censures éventuelles, première édition critique, première édition en format de poche, thèmes, lieux et dates évoquées.Le recoupement de ces différents champs permet d’obtenir des aperçus généraux et non périodisés a priori sur l’histoire littéraire. Il est possible par exemple d’obtenir des courbes montrant la production dans une période donnée, ou la progression d’un genre, d’une thématique. Mais la BDHL permet aussi de répondre à des questions que les outils papier traditionnels ne peuvent pas permettre d’aborder simplement. On peut ainsi obtenir très simplement une liste d’auteurs ayant exercé telle profession, ou une liste d’œuvres dues à des auteurs nés dans tel département, etc. L’outil documentaire ainsi conçu a des applications pédagogiques immédiates, et la BDHL a été utilisée, dans cet esprit, comme support d’un cours d’initiation aux problématiques de l’histoire littéraire à l’université de la Sorbonne-Nouvelle.
Mais l’objectif premier de la BDHL est de fournir les matériaux d’une réflexion nouvelle sur l’histoire littéraire et ses principes. En effet, la constitution d’une telle banque de données pose par elle-même tous les problèmes inhérents à la discipline : définition des objets conceptuels (qu’est-ce qu’un " auteur ", une " œuvre ", un " thème littéraire ", qu’est-ce, même, que la " littérature " ?), question des échelles de valeur (quels sont les auteurs les plus importants ? Qu’est-ce qu’un thème majeur ? Doit-on enregistrer les œuvres importantes à une époque donnée ou celles qui sont encore lues aujourd’hui ?). Plutôt que d’éluder ou de minimiser ces problèmes théoriques, l’équipe de la BDHL a choisi d’en faire l’objet d’une réflexion pragmatique, en ce sens qu’elle permet de repenser les catégories de l’histoire littéraire tout en constituant une base de données parfaitement opérationnelle.
Un des premiers acquis de cette réflexion est d’avoir adopté le point de vue de la réception, pour constituer une histoire littéraire qui soit surtout une histoire des lectures. Ce parti pris théorique, inspiré par les travaux de l’École de Constance, permet en effet de régler un grand nombre de problèmes posés à l’histoire littéraire. La BDHL se veut donc une image non de la littérature en elle-même (ce qui n’aurait guère de sens) mais des opinions et des pratiques qui ont constitué le champ littéraire. À cet effet, l’équipe de la BDHL a commencé à dépouiller un grand nombre de manuels, de dictionnaires, d’encyclopédies d’histoire littéraire, qui permettront à terme d’obtenir une vision plus relative du domaine : quels sont les auteurs les plus importants au début du XIXe siècle, avant et après la dernière guerre ? Quel est le sort d’un auteur comme Lamartine dans la mémoire collective, selon les époques ? Ainsi, les requêtes documentaires évoquées plus haut pourront être rapportées à une époque donnée, pour tenter de reconstituer des perspectives synchroniques sur l’histoire littéraire.
L’histoire littéraire devient ainsi une histoire des usages de la littérature, et l’informatique le moyen d’une remise en question des méthodes et des objets d’un domaine scientifique.
Bibliographie
On pourra consulter, pour en savoir davantage sur la BDHL, ses principes et ses résultats :
Béhar (Henri) : La littérature et son golem, Champion, 1996. [Recueil d’articles, dont plusieurs portent sur la BDHL]
Bernard (Michel) : " La Banque de Données d’Histoire Littéraire ", in Bulletin de l’Association Enseignement Public et Informatique (EPI), n°51, septembre 1988, p. 172-177.
Bernard (Michel) : De quoi parle ce livre ? Elaboration d’un thésaurus pour l’indexation thématique d’œuvres littéraires, Champion, 1994.
Bernard (Michel) : " Du Diable boiteux au Jardin des supplices, le roman dans la Banque de Données d’Histoire Littéraire ", in Ferrand (Nathalie) éd. : Banques de données et hypertextes pour l’étude du roman, PUF, " Ecritures électroniques ", 1997, p. 25-44.
Les ouvrages de la collection Cap’Agreg (Nizet), publiés depuis 1991 par l’équipe Hubert de Phalèse, présentent également des exemples d’utilisation de la BDHL.
1999