Les Etudes médiévales sur l’Internet
de Madeleine Jeay
Université McMaster (Hamilton, Canada)
Si le plus ancien des portails d’accès aux études médiévales sur l’Internet a pris le nom de Labyrinth, c’est que ses créateurs, Deborah Everhart et Martin Irvine de l’Université Georgetown, étaient déjà conscients, dès 1994, du danger de se perdre dans le foisonnement des ressources sur le Moyen Age. Dans leur brève introduction, ils filent la métaphore du fil d’Ariane pour présenter leur projet de mettre en place une structure qui permette aux usagers de se repérer sans trop de difficultés dans cet univers de bases de données, d’images, de textes et de services. Leur ambition était aussi de fournir un modèle pour d’autres projets de ce type. Amorcer la présente tentative de baliser le territoire par une référence au Labyrinth m’a paru aller de soi, en dehors du privilège que lui confère son caractère pionnier. Nous verrons en effet, qu’étant donné l’abondance des ressources en anglais, celles-ci sont un passage obligé pour les médiévistes et qu’il est indispensable de les répertorier. D’autre part, il faut insister sur cela, le Moyen Age sur l’Internet constitue une véritable nébuleuse dont on ne peut espérer faire l’exploration complète. Une récente investigation, faite pour les besoins de la mise sur pied d’un cours en ligne d’introduction à la culture médiévale, m’a encore fait prendre conscience de cela. Malgré une recherche systématique accomplie avec ma collègue partenaire dans cette entreprise, les étudiants ont découvert des sites fort intéressants qui nous avaient échappé.
L’abondance de la matière explique le besoin qui s’est manifesté depuis une dizaine d’années, de regrouper les ressources, de tenter de les organiser et de les classer de façon à faciliter l’exploration. Je vais présenter les plus plus importants de ces portails en décrivant leur contenu et la façon dont ils sont structurés en fonction de leurs objectifs particuliers. Comme je l’ai laissé entendre en introduction, l’éventail de ce qui est offert est a priori plus large en anglais avec quatre répertoires principaux. Du côté francophone, l’information est rassemblée dans le site de Ménestrel: «MÉdiévistes sur l’InterNEt. Sources, Travaux, Références En Ligne». Nous verrons que Ménestrel se distingue aussi par son orientation car il se veut surtout destiné aux chercheurs tandis que les compilations de langue anglaise visent essentiellement l’enseignement et le public général.
À l’initiative de chercheurs de diverses institutions universitaires françaises et de professionnels de la documentation, Ménestrel a vu le jour en 1997. L’objectif est de constituer un répertoire de ressources et d’outils documentaires sur l'Internet destiné aux médiévistes, qui se concentre surtout sur ce qui est disponible en français et dans l’espace européen. Son intérêt majeur, indépendamment de la quantité des informations qu’on y trouve et de leur utile classement, vient du fait qu’il s’agit d’un répertoire critique. Les institutions et centres de recherche sont présentés en détail, et les sites accompagnés d’une évaluation. Le matériel est réparti en plusieurs ensembles organisés de façon claire et logique. Un premier grand ensemble considère le fonctionnement de la recherche avec les institutions, les outils, notamment bibliographiques, et les publications, en particulier de travaux d’étudiants. On y trouve tout d’abord une section de «Sites médiévistes» organisée par pays (il ne s’agit en fait que de l’Allemagne, de la Belgique, du Canada, des Etats-Unis, de la France et de l’Italie), pour répertorier dans chacun d’eux les sites qui centralisent de l’information destinée aux médiévistes. Dans la section des «Lieux et acteurs de la recherche», l’information, essentiellement centrée sur la France, est lacunaire pour ce qui concerne les établissements, colloques et séminaires. Même remarque pour l’index des fonds d’archives, les bibliothèques et catalogues de bibliothèques spécialisées dans le Moyen Age. Un autre volet est consacré aux publications avec une série de bibliographies, un utile répertoire de cédéroms, les sommaires d’un certain nombre de publications spécialisées en histoire médiévale et des catalogues d’éditeurs. C’est là qu’on peut trouver une collection d’articles en ligne, la plupart sur des sujets historiques et un catalogue de revues, elles aussi spécialisées en histoire médiévale, dont certaines en version électronique uniquement. À consulter absolument dans l’ensemble dévolu aux publications, l’inventaire relatif à la cartographie qui renvoie à des sites sur les cartes et plans dont un certain nombre donnant des reproductions numérisées. La section sur les mémoires et thèses, également à orientation historique, ne se contente pas de recenser celles qui ont été soutenues ou sont en cours dans un certain nombre d’institutions, mais publie certains de ces travaux en partie ou in extenso. Je conseille une visite au site sur les croisades qui rassemble les travaux de deux étudiants de maîtrise de l’Université de Sherbrooke. C’est également à partir de là qu’on accède au site LIBRO (Library of Iberian Resources Online), un intéressant ensemble de ressources sur la péninsule ibérique avec le texte intégral d’ouvrages maintenant épuisés.
Le second grand ensemble, intitulé «Thèmes de recherche», passe en revue une série de domaines. Aux sujets traditionnels comme archéologie, art, architecture, histoire religieuse, sciences et techniques, s’ajoutent des centres d’intérêt comme l’alimentation qui jouit d’un véritable engouement sur l’Internet. La page qui lui est consacrée comprend trois volets: un recensement des sites consacrés à la nourriture, une liste de parutions et d’événements, thèses, séminaires et colloques. Chacune des sections thématiques étant sous la responsabilité de spécialistes, elles sont organisées de façon différente et pas toujours traitées de façon exhaustive. Certains domaines demandent à être complétés par des ressources trouvées à partir d’autres portails. C’est le cas notamment de l’architecture qui ne rend pas compte de la richesse de ce que l’on peut trouver sur l’art roman et gothique ni du foisonnement de tout ce qui existe sur les châteaux. Par contre, les pages sur les manuscrits enluminés et sur l’art valent la peine. Á partir de cette dernière, on accède à différents musées dont le Musée du Moyen Age de l’hôtel de Cluny à Paris et bien sûr les départements du Louvre consacrés à la période. On peut aussi faire des visites virtuelles de sélections du Metropolitan Museum of Art et des musées Getty, de l’Ermitage et des Augustins de Toulouse.
Dans ce répertoire thématique, l’histoire se taille la part du lion. Plusieurs sections, parmi les mieux réalisées et les plus complètes, traitent des sources destinées aux historiens. Ainsi une page est réservée aux cartulaires dont la plupart sont accessibles en ligne. En complément, la page sur la diplomatique répertorie les sites fournissant des éditions ou des reproductions de chartes ainsi que des sites présentant des projets. Les nombreuses traductions en anglais de chartes ne s’y trouvent pas parce qu’elles ne sont pas vraiment utiles pour les chercheurs qui ont besoin de textes originaux. On peut regretter ce choix qui prive d’outils malgré tout utiles pour une recherche moins spécialisée et pour l’enseignement. Le catalogue de chartes accessible est toutefois un instrument précieux. On peut aussi accéder à des revues en ligne spécialisées dans les sources de l’histoire médiévale. Enfin, parmi les outils indispensables pour les historiens, un calculateur en ligne permet d’obtenir une date dans plusieurs styles médiévaux à partir d’une date donnée en nouveau style. D’autre part, une section entière est à juste titre dévolue à la paléographie. Remarquablement réalisée, elle constitue une mine d’informations classées de façon fort logique et commode. On y trouve les informations habituelles sur ce qui concerne la recherche: sociétés et revues, centres et équipes de recherche, textes en ligne ainsi que les collections en bibliothèque. A côté de cela, une page est consacrée à l’apprentissage de la paléographie, avec renvoi à des sites didactiques et à plusieurs didacticiels qui permettent l’enseignement en ligne, dont celui, remarquable, mis en place par un groupe de chercheurs de l’École des chartes de Paris utilisant son fonds de fac-similés. Deux autres pages se consacrent à d’autres sciences connexes à l’histoire, l’une sur les polyptiques du haut Moyen Age, la deuxième sur la sigillographie. La première répertorie des sites qui donnent accès à des polyptiques dont le texte est en ligne et à des études elles aussi publiées sur l’Internet. La seconde présente plusieurs sites institutionnels et archives où trouver des collections et des reproductions de sceaux, et d’autres, personnels ou pas, où l’on peut s’en procurer en ligne. Parmi ces disciplines connexes à l’histoire, l’héraldique occupe une place à part à cause de l’intérêt qu’elle suscite auprès du grand public. Conformément à sa politique éditoriale, la page que Ménestrel lui consacre a éliminé les sites d’amateurs considérés de qualité contestable.
Deux autres ensembles à caractère historique sont à traiter à part car ils touchent des domaines spécifiques, l’histoire religieuse et celle des sciences et techniques. Il est évident que le repérage des sites qui s’intéressent à l’histoire religieuse, même limitée à l’Occident médiéval est une tâche considérable. Les responsables de la sélection de Ménestrel ont opéré un choix extrêmement rigoureux et organisé l’information en deux volets, l’un sur les «Instruments de travail», notamment des bases biographiques et bibliographiques, et un autre intitulé «Gisements de textes». On y trouve bien sûr les renvois à la Bible en ligne. Les autres sources relatives à l’histoire religieuse sont classées par catégories comme le droit canon, la prédication, la liturgie, l’hagiographie avec un inventaire particulièrement développé. Le portail consacré à l’histoire des sciences et des techniques est divisé en cinq sections. La première, intitulée «S’orienter», propose un répertoire des portails par lesquels passer pour commencer une recherche. On y trouve aussi listes de discussion, revues et périodiques, thèses, musées. La deuxième est centrée sur l’enseignement et les sociétés savantes. Les disciplines du quadrivium, sauf la musique qui fait l’objet d’un traitement à part, sont ensuite considérées individuellement. S’ajoutent la médecine, l’alchimie, les «arts mécaniques». Le tout se termine avec des portails d’accès à des textes scientifiques et techniques médiévaux en ligne, parmi lesquels le Traité sur l’astrolabe de Chaucer (ca. 1391)! À consulter en corrélation avec cette page sur l’histoire des sciences et des techniques, celle sur les encyclopédies médiévales.
Ce qui concerne la littérature, traité dans l’article de l'Astrolabe consacré aux «Bibliothèques virtuelles du Moyen Age», est abordé dans les sections du latin médiéval, du théâtre et des répertoires de textes en ligne qui concernent non seulement la France, mais aussi l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre. Deux sections indépendantes sont enfin à considérer, l’une se consacrant aux ressources pédagogiques avec sites d’enseignants et cours en ligne, l’autre, l’inévitable catégorie «Divers», où sont présentés quelques sites personnels, en dépit de la politique éditoriale de Ménestrel. L’objectif de ce portail est en effet, comme il a été mentionné, de s’adresser aux étudiants et aux chercheurs et donc de se limiter aux sites qui ont une valeur scientifique: «Nous ne sommes pas une plate-forme de lancement pour des projets et des produits». La mise en garde s’explique par le succès sur l’Internet du Moyen Age ou du moins «d’une certaine vision du Moyen Age». Quelques remarques s’imposent à propos de ces limites et, par voie de conséquence de celles de Ménestrel. Il existe en effet des sites non institutionnels qui méritent d’être signalés ainsi que certains à intention plus ludique qu’académique, ce que reconnaît la section dévolue aux «Divers». On a constaté par ailleurs la prédominance de l’histoire dans l’ensemble des ressources fournies par ce portail. Une autre observation concerne la disparité entre les différentes sections, selon la personne responsable de les administrer. Il s’agit enfin d’un portail qui sans être exclusivement centré sur la France lui donne la priorité et doit donc être complété par des portails anglophones, essentiellement américains. Il s’agit toutefois d’une ressource irremplaçable, même pour des non-francophones, à cause de ses deux principes fondateurs, la présentation critique des sites mentionnés et le fait qu’elle s’adresse avant tout aux médiévistes. Ménestrel fournit en cela un complément indispensable aux portails anglophones que je vais présenter maintenant.
Du côté anglophone, les médiévistes disposent de quatre grandes portes d’entrée: le Labyrinth, The Online Reference Book for Medieval Studies (The ORB), l’Internet Medieval Sourcebook (IMS) et NETSERF, The Internet Connection for Medieval Resources. On peut aussi visiter la section consacrée à l’Europe médiévale du WWW Virtual Library History Index sur lequel je reviendrai. Malgré d’inévitables recoupements, les perspectives différentes et l’organisation propre à chacun de ces portails font qu’un repérage à peu près exhaustif de ce qui est disponible dans les domaines qui intéressent l’usager exige de les explorer tous.
1. Le Labyrinth possède encore tout le prestige d’avoir été la première initiative de compilation et classification des sites consacrés au Moyen Age. Dans son état actuel, on y accède par deux entrées. Celle de la page d’accueil avec la présentation du plan du site et des différentes sections: textes en ligne, thèmes, ressources pédagogiques, informations sur les organisations professionnelles et publications. Pour une mise à jour relativement récente de bon nombre de ces volets, il faut accéder par le site jumeau (http://labyrinth.georgetown.edu ) qui consiste en un moteur de recherche à partir d’un répertoire de thèmes. Parmi ceux qui débouchent sur les ressources les plus utiles pour les chercheurs, il faut noter l’histoire religieuse avec des renvois à des projets comme «Early Church Documents» qui se propose d’établir une encyclopédie hypertextuelle de sources primaires et d’articles en ligne, des débuts de la chrétienté jusqu’à la Réforme. Le domaine scientifique est assez bien pourvu avec des liens vers des pages sur l’astronomie, les mathématiques, la médecine et des domaines à caractère scientifique au Moyen Age comme la cosmologie, la magie et l’alchimie. D’autres pages à citer avec un inventaire intéressant de sites sont celles sur la musique, la philosophie, la théologie et bien entendu les manuscrits qui offrent, dans tous les portails de recherche, la plus fascinante source d’images médiévales. On peut toutefois observer que dans l’ensemble les sujets sont traités de façon lacunaire, ce qu’on constatera rapidement si on visite ce qui concerne le domaine français. Cela ne peut surprendre puisque le catalogue complet de l’index du moteur de recherche ne comporte que 385 liens. Je conseille d’ailleurs d’aller compléter la recherche à travers la page d’accueil car on peut douter de l’efficacité du moteur de recherche qui ne comporte qu’un nombre bien restreint de mots-clés.
2. The ORB est un portail mis en place en 1995 par des historiens, avec un double objectif. Il se propose de rassembler un corpus d’articles de façon à constituer un manuel en ligne sur les thèmes principaux de l’histoire et de la culture médiévales et d’offrir, comme dans un portail conventionnel, un répertoire de liens. L’intention pédagogique est donc prioritaire. Les articles soumis sont évalués pour obtenir leur affichage sur l’ORB, mais ils restent domiciliés dans les sites personnels des auteurs. L’ORB assure par ailleurs la circulation hypertextuelle entre ces articles et d’autres traitant de sujets connexes ou d’informations qui leur sont reliées. Le portail comprend huit divisions. L’une d’elle est réservée à l’élaboration du manuel en ligne avec des essais, exclusivement en anglais, qui s’adressent aux étudiants universitaires du premier cycle. Ils peuvent la compléter avec les bibliographies par sujet compilées par James Marchand sous le titre de «What Every Medievalist Should Know» et par les sites rassemblés sous le chapeau des ressources pour l’enseignement. Le portail vise également, au-delà des usagers étudiants, le public général qui s’intéresse à la période, offrant toute une section qui s’adresse au non-spécialiste avec des sujets comme le Moyen Age au cinéma et dans les romans policiers ou historiques. C’est là aussi qu’on trouve quelques articles à propos de préjugés courants sur la période.
Bien que l’ORB ne s’adresse pas prioritairement aux chercheurs et spécialistes, nombre d’entre eux peuvent y trouver matière à élargir leurs connaissances dans des domaines connexes au leur. Une section s’adresse d’ailleurs plutôt à eux. Intitulée «l’Encyclopédie» (The Encyclopedia), elle comporte deux parties, l’histoire et la culture. Les thèmes traités ouvrent sur des sites qui éventuellement font eux-mêmes office de portail pour approfondir la recherche. C’est par exemple le cas des pages d’accès à l’ordre franciscain, à la musique ou à la science et la technologie qui renvoient à plusieurs répertoires de ressources les concernant. On accède ainsi à Matrix, un imposant catalogue de ressources pour l’étude des communautés religieuses féminines de 400 à 1600. Il comprend en effet un répertoire des communautés consultable par régions, dates ou dénominations, un fichier consacré aux sources, transcrites et/ou traduites, en particulier des Vitae de mystiques, une collection d’articles en ligne, des biographies de personnages significatifs accompagnées d’une bibliographie. On peut aussi visiter une galerie d’images qui représentent les communautés, les édifices et le mobilier religieux. Finalement, une bibliographie générale rassemble plus de 5000 titres. Par ailleurs, à côté de ces références à des faisceaux de liens permettant de poursuivre l’exploration, on trouve dans cette partie encyclopédique, des renvois à des projets individuels comme l’exposition virtuelle des manuscrits enluminés de la bibliothèque de Philadelphie. Les parties historiques qui concernent la France contiennent des liens vers des sites francophones. En parallèle, la section des «liens extérieurs» en présente quelques-uns qui ne sont pas encore intégrés à l’ORB, parmi lesquels la «Base d’information bibliographique en patristique» de l’Université Laval. S’adresse également plutôt aux spécialistes, la bibliothèque de textes électroniques («E Texts»), articles (en format PDF) et sources (éventuellement en traduction anglaise) dont bon nombre sont de nature encyclopédique, que l’on peut compléter par un catalogue de textes en ligne («The ORB Reference Shelf»).
3. Le Internet Medieval Sourcebook, administré depuis 1997 par Paul Halsall de l’Université de Fordham, ne se consacre pas exclusivement au Moyen Age car la période médiévale ne constitue qu’un volet d’un vaste ensemble de ressources sur l’Internet destinées aux historiens. L’intention est la même que celle de l’ORB, fournir des ressources pour l’enseignement de l’histoire, et on y trouve également un mélange d’articles et d’extraits de sources primaires, la plupart en traduction anglaise. L’intérêt du site réside précisément dans l’abondance de ces sources et dans son excellente classification des sujets qui rend l’information facile à trouver. Après des considérations générales sur l’utilisation des sources primaires en histoire médiévale, l’inventaire procède évidemment de façon chronologique en partant de la fin de l’Empire romain, Byzance, l’Islam, etc. Les différentes zones géographiques méritent un traitement particulier, avec pour la France, une utile sélection d’actes, règlements, bulles, dans les langues originales et non en anglais. Parmi les thèmes les plus utiles, bien qu’ils ne renvoient en général qu’à des extraits en traduction, ceux sur la vie intellectuelle, les rôles masculins et féminins, l’Islam et le judaïsme. À côté de cette sélection d’extraits, il y en a une qui offre des textes complets. On y trouvera - en général en traduction - des synodes, des écrits des pères de l’Eglise, la Consolation de philosophie de Boèce ou la Somme théologique de Thomas d’Aquin. Étant donné l’importance des sources hagiographiques, elles ont été regroupées dans un ensemble sur les vies de saints. Sont regroupés aussi les sites relatifs à l’histoire du droit. La vaste perspective de ce portail permet d’explorer au-delà de l’Occident médiéval et d’accéder à des ensembles de ressources sur l’histoire africaine, indienne, chinoise ou japonaise. Parmi les sujets spéciaux, on trouve un catalogue de films sur des thèmes reliés au Moyen Age.
4. NETSERF: The Internet Connection for Medieval Resources. Il s’agit du portail le moins ciblé de l’ensemble. On peut trouver de tout dans la collection de 1751 sites qui y sont compilés, dont beaucoup visent le grand public mais dont certains s’adressent au spécialiste. Je citerai pour illustrer cela, dans la section sur l’archéologie, des descriptions de projets de fouilles en cours comme l’excavation dans un château du XIIIe siècle au Danemark, mais aussi la promotion pour une campagne en vue de la restauration du bateau médiéval de Newport. Il vaut donc la peine de visiter ce portail et d’identifier les perles qu’on peut y trouver, d’autant plus que l’information est bien classée par thèmes et que chaque site présenté est accompagné d’une description détaillée et d’une évaluation. Paradoxalement, c’est souvent à partir de ce répertoire a priori plutôt hétéroclite qu’il est plus facile de repérer des trouvailles. Je vais donc en isoler quelques-unes, des plus pointues et spécialisées, jusqu'à celles qui s’adressent aux curieux de Moyen Age.
Quelques thèmes ouvrent effectivement sur des répertoires à signaler, notamment ceux sur la musique, la religion, l’art, la science et la technologie. Parmi les sites consacrés à la science et à la technologie, je signalerai http://members.aol.com/McNelis/medsci_index.html qui ouvre vers des sites qui se consacrent aux divers aspects de la science au Moyen Age et qui constituent eux-mêmes des portails. C’est le cas de celui sur l’alchimie ou des pages sur l’astrolabe où l’on trouve un site qui explique comment en fabriquer un. On peut consulter aussi un site sur la technologie médiévale avec des extraits de livres et d’articles sur une variété de sujets qui peuvent toucher la vie quotidienne, comme les pressoirs à vin, les charrues, les moulins, les brouettes ou comment faire du savon. Comme on le voit, par son orientation grand public et ses perspectives plus ouvertes sur la culture en général que sur l’histoire dans le sens restreint du terme, on peut accéder à des sites qui intéressent un large éventail d’usagers, en particulier à tous ceux qui présentent des galeries d’images, qu’il s’agisse d’art, d’architecture ou de reproductions de manuscrits. Deux portails à visiter: celui de l’historien de l’art Cris Witcombe avec son riche catalogue de sites et la galerie de photos de la Digital Archive of Architecture. L’ensemble sur les manuscrits est, encore une fois, l’un des plus intéressants. Parmi les richesses qu’on y trouve, signalons l’index des images médicales de UCLA (Index of Medieval Medical Images (IMMI). C’est également l’un des seuls endroits d’où l’on peut accéder à une magnifique collection privée de manuscrits conservée à Toronto, la Collection Bergendal, avec son site très bien fait qui donne des descriptions précises des manuscrits. De nombreux sites renvoient aux réalités de la vie quotidienne: vêtements, nourriture, jeux. C’est dans cette série qu’on en trouvera certains qui s’adressent aux groupes qui donnent dans la recréation historique, aux sociétés pour l’anachronisme créatif. Dans cette optique, je signalerai à titre d’exemple un site sur le mariage qui répond aux préoccupations de ceux qui veulent organiser un mariage dans le style médiéval: que manger, comment s’habiller, comment présenter les cartons d’invitation?
Pour terminer cette revue des portails anglophones, il faut dire un mot du WWW Virtual Library History Index car il s’agit d’un portail relié à l’ORB. Il ne contient que peu de références, se contentant d’énumérer une série assez hétéroclite de sites plus ou moins classés par sujet. On peut toutefois l’écumer pour vérifier s’il n’y aurait pas quelque chose qui aurait échappé aux autres portails ou qu’on n’y aurait pas vu à cause du nombre de références qui y sont compilées. Signalons enfin un certain nombre de ressources à accès limité aux abonnés institutionnels ou privés. Je citerai parmi les plus importantes, les Acta sanctorum des Bollandistes et la Patrologie latine (Patrologia Latina) de Migne, ainsi que Iter (Gateway to the Middle Ages and Renaissance), un ensemble de bases de données dont la plus intéressante est une bibliographie des publications depuis 1995 relatives à la période de 400 à 1700, répertoriant des monographies et 1114 périodiques.
Tout comme Ménestrel se centre surtout sur l’espace français, la perspective des portails anglophones est d’abord américaine. Ils offrent cependant des territoires d’exploration qui permettent de sortir de ces périmètres et de trouver des ressources par exemple sur le judaïsme, l’Islam ou l’Orient. Dans l’ensemble, ils s’adressent de façon privilégiée aux historiens, même lorsque ce n’est pas leur politique explicite comme dans le cas de l’ORB ou de l’Internet Medieval Sourcebook. Le travail de repérage, de compilation et de classement des données s’est rapidement imposé dès les débuts de la large diffusion de l’Internet. Ces grands inventaires de ressources ont été mis sur pied à peu près en même temps, entre 1994 et 1997. Même si Ménestrel reste la porte d’entrée première pour les médiévistes qui savent pouvoir y trouver des ressources déjà sélectionnées en fonction de leur valeur scientifique, il est indispensable de compléter avec les inventaires anglophones même s’il faut trier les données. C’est surtout dans l’optique d’une recherche de matériel pour l’enseignement que cet effort parfois fastidieux trouve sa récompense.
Les sociétés qui s’adressent aux médiévistes sont trop nombreuses pour qu’on puisse les mentionner. On en trouvera des listes dans les divers portails, notamment Ménestrel, et les sites spécifiques à des domaines donnés. Celles que je vais présenter sont les plus importantes, s’adressant à l’ensemble des médiévistes, quels que soient les disciplines et domaines qui les intéressent. Mais je dois d’abord mentionner les deux sociétés qui se sont constituées à l’intention des médiévistes canadiens. La «Voix des médiévistes au Canada» est la Société canadienne des médiévistes (SCM) hébergée à l’Université d’Ottawa. On peut trouver sur son site bilingue les informations d’usage sur les conférences, offres d’emploi, bourses, nouvelles concernant les membres et liens vers d’autres sociétés et institutions. Les médiévistes québécois se regroupent dans la Société des études médiévales du Québec (SEMQ) dont le site est un carrefour d’informations qui a pour objectif immédiat d’être une «fenêtre sur les principales activités qui animent la communauté des médiévistes québécois». On y trouvera ce qui concerne les activités de la société et en particulier la publication de son périodique Memini, des annonces d’offre d’emploi ainsi qu’une liste des thèses de maîtrise et de doctorat en cours. On peut par ailleurs y consulter la base de données des 758 périodiques qui se trouvent dans les onze universités québécoises.
Concernant les études médiévales au Canada, on ne peut passer sous silence l’Institut pontifical d’études médiévales (Pontifical Institute of Mediaeval Studies) de l’Université de Toronto, fondé par Etienne Gilson. Le site, particulièrement réussi, met en valeur les richesses visuelles de la tradition manuscrite médiévale, en particulier celles de l’abbaye de Montecassino que le lien vers son site propre nous permet d’admirer. Outre les informations qui s’adressent aux étudiants, on peut trouver le catalogue des publications et des informations sur la revue Mediaeval Studies ainsi que la conférence annuelle Etienne-Gilson. De cette institution prestigieuse, il est naturel de passer à la référence française pour tout médiéviste, l’Institut de recherche et d’histoire des textes. L’IRHT se consacre à la «recherche fondamentale sur le manuscrit médiéval, l’étude et la transmission des textes au Moyen Age» en latin, grec, hébreu, arabe et ancien français. Son excellent site présente en détail les ressources de l’Institut dont un certain nombre sont consultables en ligne. On trouve parmi celles-ci un logiciel de chronologie médiévale et les derniers numéros en ligne de la revue Le Médiéviste et l’ordinateur, ainsi que plusieurs bases de données. On a ainsi accès aux informations de base sur les manuscrits dont l’IRHT possède une notice, un microfilm ou une reproduction photographique, et à des collections d’enluminures des manuscrits médiévaux. Il faut mentionner aussi le Centre d’études supérieures de la civilisation médiévale de Poitiers qui présente, sur son site, son considérable fonds iconographique consacré à l’art roman, dont bon nombre de clichés sont numérisés. On peut aussi y consulter les tables des matières des Cahiers de civilisation médiévale depuis 1997.
Pour rester en Europe, il est important de signaler le International Medieval Institute de l’Université de Leeds car on peut accéder depuis son site à la «Bibliographie internationale sur le Moyen Age» (International Medieval Bibliography) de plus de 300000 entrées, réservée cependant aux abonnés. On peut également s’informer sur l’important congrès annuel. Du côté américain, les deux grandes sociétés de médiévistes sont aussi réputées pour leurs conférences annuelles. La plus connue est celle qui se tient au début du mois de mai à l’Université de Western Michigan, à Kalamazoo, et qui réunit plusieurs milliers de médiévistes - pas seulement américains - regroupés autour de leurs intérêts et sociétés particuliers. Elle est organisée sous l’égide du Medieval Institute dont le site présente les activités de l’Institut et ses publications. La Medieval Academy of America, fondée en 1925, est la société qui regroupe l’ensemble des médiévistes d’Amérique du nord. On retrouve sur son site les habituelles rubriques concernant les conférences, offres d’emploi et de bourses. Du côté des publications, on a accès au catalogue des monographies publiées sous l’égide de la société et au périodique Speculum, avec les index des articles depuis 1975.
Divers et conclusion
Quels que soit l’effort de classement des données et la tentation de l’exhaustivité, aussi bien de ma part que des compilateurs d’inventaires, je me retrouve avec un résidu qui exige de clore avec la nécessaire catégorie des divers. Je voudrais la consacrer à quelques collections de bibliothèques privées et à quelques sites que j’ai trouvés attrayants et utiles pour mes étudiants.
Outre les grandes bibliothèques qui possèdent des manuscrits médiévaux et en présentent en ligne (BNF, Bodléienne, Vatican, Koninklijke Bibliotheek, etc), il ne faut pas négliger les collections privées. La fort intéressante collection Bergendal de Toronto a déjà été signalée. La Pierpont-Morgan Library à New York possède un important fonds de près de 1300 manuscrits médiévaux et présente en ligne une sélection des plus beaux spécimens enluminés. A visiter aussi, le site de la bibliothèque Schoyen à Oslo, la plus grande collection privée constituée au XXe siècle, qui comprend 13010 manuscrits dont 3870 de la période médiévale. La galerie des reproductions en ligne est particulièrement riche et intéressante car chaque image est accompagnée d’une notice descriptive détaillée. On peut aussi considérer comme une bibliothèque privée la Hill Monastic Manuscript Library. Le projet de ses fondateurs était de microfilmer le patrimoine manuscrit de l’Occident. À ce jour, plus de vingt-cinq millions de pages ont été reproduites, à partir de 90000 volumes conservés dans les bibliothèques et archives en Europe, Moyen Orient et Afrique du Nord. On peut consulter en ligne le catalogue de cette bibliothèque de recherche. Il comprend pour le moment 70000 entrées qui renvoient à des sources qui concernent tous les aspects de la culture et de la connaissance: théologie, philosophie, droit civil et canon, musique, art, littérature, science, médecine et technologie.
Au moment d’en sortir, il faut bien avouer que le labyrinthe des richesses médiévales sur l’Internet nous retient dans ses prestiges. Un seul fil d’Ariane ne suffit pas pour démêler l’entrelacement des voies du réseau. La métaphore qui vient à l’esprit pour en décrire l’écheveau est celle des aventures croisées des chevaliers qui entrelacent leurs parcours dans les romans arthuriens. Elle traduit la secrète affinité entre la trame complexe de la «Toile» et une période où se tissaient des correspondances entre les divers niveaux de réalité, entre le microcosme et le macrocosme. Cela ne suffit pourtant pas à expliquer pourquoi le Moyen Age a trouvé dans l’Internet un médium privilégié, ce dont témoigne l’abondance des ressources que l’on doit renoncer à épuiser. Sans aller bien loin dans les explications, on peut s’en tenir à la vitrine qu’il offre pour exposer la splendeur des manuscrits et de leurs enluminures, ou celle des architectures qu’on ne se lasse pas d’aller découvrir. Admettons-le sans réserve, au-delà de l’outil indispensable au chercheur tel que Ménestrel a su le mettre en valeur, c’est aussi le charme de cette navigation qui nous attire et qui en fait une ressource indispensable pour l’enseignement. On ouvre l’un des portails sur l’histoire de l’art parmi les plus riches en références et on commence à errer, ou bien on se réjouit de constater que l’un des meilleurs sites d’introduction à l’histoire médiévale vient du département d’histoire du CEGEP Ahuntsic à Montréal. On peut feuilleter les Très riches heures du duc de Berry et contempler les peintures des frères Limbourg et de Jean Colombe. On peut enfin tenter de mettre à profit cet outil non linéaire et multimédia pour offrir aux étudiants des objets pédagogiques qui essaient de les rejoindre à travers un médium dont le langage leur est devenu familier. Qu’on me pardonne de donner en exemple le calendrier figurant la conception médiévale du temps que ma collègue Kathleen Garay et moi avons conçu en introduction à notre cours en ligne. Mon excuse est d’avoir voulu rendre sensible la façon dont on peut utiliser l’Internet pour accompagner cette remontée dans le temps.
Liste des sites mentionnés
Acta sanctorum: http://acta.chadwyck.com/
Art History Resources on the Web (Cris Witcombe): http://witcombe.sbc.edu/ARTHmedieval.html#Top
Bergendal Collection: http://www3.sympatico.ca/bergendalcoll/
Bibliothèque Schoyen (d'Oslo): http://www.nb.no/baser/schoyen/
Centre d’études supérieures de la civilisation médiévale: http://www.mshs.univ-poitiers.fr/cescm/cescm.htm
Département d’histoire du CEGEP Ahuntsic, Montréal: http://www.collegeahuntsic.qc.ca/Pagesdept/Hist_geo/Atelier/Parcours/parcours.html
Digital Archive of Architecture: http://www.bc.edu/bc_org/avp/cas/fnart/arch/15arch_europe.html
Early Church Documents: http://www2.evansville.edu/ecoleweb/documents.html
Hill Monastic Manuscript Library: http://www.hmml.org/default.htm
Index Medieval Medical Images: http://www.library.ucla.edu/libraries/biomed/his/immi/immi.html
Institut de recherche et d’histoire des textes: http://www.irht.cnrs.fr/
International Medieval Institute: http://www.leeds.ac.uk/imi
Internet Medieval Sourcebook: http://www.fordham.edu/halsall/sbook.html
Iter. Gateway to the Middle Ages and Renaissance: http://www.itergateway.org/
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2003
Voir dans l'encyclopédie de l'Astrolabe:
Bibliothèques virtuelles du Moyen Age