L’expérience suscite de grandes réflexions
écrit par Danielle Ouellet
D’origine franco-allemande, Jens Pierre Urban n'aurait jamais cru devenir juriste, lui qui était plutôt tourné vers les affaires, domaine qu'il a étudié en Allemagne, son pays natal. Mais lorsqu'il rencontra une Canadienne venue y étudier les sciences politiques, sa vie a pris un tournant radical.
En 1997, le couple s'installe à Halifax, puis à Ottawa, où son épouse trouve un emploi. Père au foyer pendant trois ans, M. Urban s'inscrit à la maîtrise en droit à l'Université d'Ottawa et découvre sa passion : les droits de la personne.
« À Ottawa, j'avais tout d'abord étudié le droit civil parce que je parlais mieux français et aussi parce que le droit civil est celui de l'Allemagne. Je me suis mis ensuite à la common law et j'ai été reçu au barreau de l'Ontario. » Il effectue alors un stage en droit du travail au Conseil des relations industrielles du Canada, qui l'emploiera comme consultant par la suite.
Puis, il s'inscrit à la maîtrise et la rencontre avec sa superviseure, Pascale Fournier, l'amène sur la scène internationale. Il assiste cette dernière dans la préparation d'un cours sur le droit international des femmes donné à l'Université d'Haïti. « Jens Pierre a un sens de l'organisation remarquable. Rien ne l'effraie, il aime les défis de taille », explique Mme. Fournier. Par le biais de son cours droit et changement social, elle le mettra en contact avec l'ONG Jeunesse du monde pour laquelle M. Urban réalisera un travail juridique sur les enfants de la rue du Brésil, du Canada et du Burkina Faso. Il découvre l'univers du droit des enfants avec grand intérêt : « J'ai été très surpris de constater que, depuis le 11 septembre 2001 surtout, les gouvernements ont arrêté d'investir dans ce domaine pour consacrer les fonds aux recherches antiterroristes. L'absence de données récentes rend difficile la recherche sur la situation des enfants de la rue », conclut-il.
Heureusement, le secteur privé prend parfois la relève, comme c'est le cas du Cirque du Soleil, qui a répondu à l'appel de Jeunesse du monde. En février 2008, l'ONG délègue M. Urban au Burkina Faso pour prendre le pouls du projet de réinsertion sociale des enfants des rues intitulé Cirque du monde : « Je n'avais aucune expérience de l'Afrique et, en tant que juriste, je n'avais pas vraiment d'expérience de terrain non plus, mais j'ai plongé. » Dans le cadre du projet, des enfants suivent de petits ateliers pour s'entraîner aux arts du cirque, prétexte idéal pour les apprivoiser : « Les entraîneurs étaient eux-mêmes d'anciens enfants de la rue. Méfiants au début, les jeunes ont pris confiance et après quelques jours, tout le monde voulait me parler. » Il ajoute qu'il n'est pas toujours facile de rester neutre : « Pascale Fournier m'a aidé à intégrer un certain relativisme culturel. La notion d'enfant n'est pas la même partout. Il faut en tenir compte. »
Au retour, M. Urban termine son mémoire de maîtrise portant sur des aspects plus théoriques des droits de la personne. Il est cofondateur, avec la professeure Fournier, d'un club de livres sur le Web, Les lecteurs radicaux, qui invite des chercheurs à présenter, en ligne ou en personne lors de rencontres à l'université, un texte qui les a influencés.
Il compte poursuivre ses études au doctorat pour scruter l'influence des croyances et de la religion sur le droit canadien. En droit criminel, par exemple, le système punitif fonctionne-t-il bien? La punition serait-elle un argument religieux? M. Urban s'interroge : « L'expérience de l'Afrique et les études sur les droits de la personne m'ont amené à considérer les gens de cultures différentes d'un œil nouveau. Je me dis que nos approches ne sont peut-être pas toujours les meilleures et que ce ne sont peut-être pas toujours les autres qui doivent changer. Cette réflexion, je l'applique à moi-même également. »
