L’odyssée artistique d’Andrew Morrow : des X-Men à l’exploration de soi
écrit par Christopher Guly
Après avoir passé d’innombrables heures, enfant, à écouter les dessins animés du samedi matin et à lire des illustrés, Andrew Morrow était destiné à devenir un mordu des bandes dessinées X Men au secondaire.
Cette immersion précoce dans la culture des illustrés a sans aucun doute influencé l’artiste originaire d'Ottawa et son œuvre, qu’on a qualifiée jusqu’à présent de « chaotique ». Les grandes scènes de bataille épiques d’Andrew Morrow puisent « dans toute une gamme de genres et d’époques, agençant des images qui évoquent ou actualisent la beauté potentielle de la violence et du pouvoir », peut-on lire sur le site Web de l’Edward Day Gallery de Toronto, où les toiles sont en vente.
Cet ensemble d’œuvres est en grande partie la manifestation inconsciente de la fascination d’un adolescent de 12 ans — lancé dans « la quête moderne de l’œuvre magistrale » — pour la culture populaire. C’est la conclusion à laquelle l'artiste est lui-même arrivé dans le cadre du tout nouveau programme de maîtrise en arts visuels, d’une durée de deux ans, offert par le Département d’arts visuels de l’Université d’Ottawa.
Intrigué par sa propre prise de conscience, M. Morrow cherche, dans ses études, à mieux comprendre les « impulsions » derrière ses tableaux afin de confirmer ou de modifier la direction de son processus créatif. « Mes cours m’ont aidé à voir que la portée de mes œuvres était un peu étroite, explique-t-il. Premièrement, mon style historique était contraignant, et deuxièmement, je n’arrivais pas à transmettre ma relation trouble avec les images de violence et de guerre. »
M. Morrow n’a plus besoin d’attendre la critique de ses expositions pour avoir des commentaires sur son travail, car son programme d’études lui fournit une rétroaction régulière qu’il apprécie. En plus de profiter de l’opinion de ses professeurs, il reçoit également des commentaires des grandes communautés artistiques d’ici, de Montréal et d’ailleurs. Il peut aussi avoir l’avis de conservateurs invités dans des institutions de renom comme le Musée des beaux-arts du Canada. Les commentaires qu’il reçoit le poussent à se questionner sur toutes les idées qu’il entretient sur son travail.
« Cette critique constante me fait découvrir d’autres idées, d’autres artistes et d’autres livres qui contribuent à enrichir mon travail et m’aiguilleront peut-être dans une autre direction », dit-il.
« Sur le plan créatif, Andrew a fait un grand saut », dit Penny Cousineau-Levine, directrice du Département d'arts visuels et du Comité des études de deuxième cycle. « Il était déjà un artiste accompli, mais aujourd’hui, il s’ouvre à de nouvelles directions; il prend le temps de s’immerger dans un milieu dédié à la théorie et à la critique artistiques de haut niveau. »
Dans le cadre des exigences de son programme de maîtrise, M. Morrow présentera une exposition à la Galerie d’art de l’hôtel de ville d'Ottawa à l’été 2009. Les œuvres exposées comprendront une scène de bataille massive de 2,4 mètres sur 4,8 mètres et plusieurs toiles de taille moindre.
La pièce de résistance de l’exposition reflètera le cheminement de l’artiste tout en faisant un lien avec un tableau antérieur, Large War Painting (huile sur toile, 2003-2004), où des personnages anachroniques comme des tyrannosaures, des samouraïs et des flamands roses livrent bataille dans ce que l’artiste décrit comme « une orgie de violence infinie et futile ».
Déjà dans Large War Painting, qui fait environ 2 mètres sur 2 mètres, on voit que le langage visuel de M. Morrow commence à s’éloigner des X-Men pour se rapprocher des chefs-d’œuvre européens.
Dans la plus récente étape de son parcours artistique, M. Morrow utilise la théorie sociologique pour étudier le façonnement de l’identité masculine dans la culture et la manière dont ce processus influence l’énergie et l’excitation qu’il peint sur la toile.
« Le programme de maîtrise m’a donné différents outils pour soutenir mon processus créatif et prendre du recul par rapport à mon travail pour en assurer l'évolution, dit-il. Mes études m’ont fait comprendre qu’il est avantageux d’expérimenter, de sortir de ma zone de confort et de me questionner régulièrement sur mon travail. »
