Jeunes Canadiens francophones musulmans, qui êtes-vous?

écrit par Danielle Ouellet

Depuis dix ans, de plus en plus d'écoles musulmanes, privées et religieuses, ont pignon sur rue dans la capitale nationale. Lui-même musulman et francophone, donc doublement minoritaire à Ottawa, Souheil Essid s'intéresse à la construction de l'identité des jeunes musulmans issus de l'immigration au point d'en faire le sujet de sa thèse de doctorat.

M. Essid précisera ses intérêts pour l'école et les minorités culturelles à travers son parcours d'enseignant. Déjà, à Tunis, où il enseigne la littérature française, il constate que les textes posent des difficultés de compréhension liées à des différences culturelles selon qu'ils proviennent de la France, du Sénégal, du Liban ou de la Belgique. Intrigué, il veut en savoir plus et s'inscrit à la maîtrise en didactique des langues à Montréal. « J'ai découvert la littérature québécoise et j'ai été frappé par son aspect culturel unique », explique-t-il. Une culture qu'il fait d'ailleurs découvrir à des étudiants tunisiens dans un texte de Monique Proulx, lequel raconte la décision d'un homme pauvre qui, dans les années 1960 au Québec, achète un jour un homard, symbole de richesse. « Les étudiants ont bien compris, mais ils ont transposé leur culture au texte en affirmant, par exemple, que la femme qui reproche cette dépense à son mari est impolie et insolente. »

Par la suite, M. Essid enseigne deux ans dans une école musulmane de Montréal. Cette expérience, combinée à celle acquise alors qu'il donnait des cours de français à des étudiants en difficulté de toutes origines au Collège Maisonneuve à Montréal, lui permet de repérer d'autres problèmes. Il affirme que « des jeunes gens nés ici, mais dont les parents ont immigré au Canada, n'osent parfois pas communiquer avec leurs camarades en raison de difficultés de langue. Cela les affecte dans leur identité, ils se sentent inférieurs. »

Ces situations l'amènent à réfléchir à la notion d'identité et à la construction de celle-ci dans le contexte scolaire. Il décide de poursuivre cette réflexion dans une thèse de doctorat et trouve sa directrice de recherche, Phyllis Dalley, à l'Université d'Ottawa. « Nos intérêts de recherche ─ les minorités et la construction identitaire ─ sont très semblables, dit-elle. Nous discutons beaucoup et nuançons tous deux nos différends culturels. Ses explications m'ont incitée à me demander jusqu'à quel point nos interdictions, au Canada, poussent les femmes à porter le voile pour affirmer plus fortement leur identité. »

Quelle identité se forment les jeunes musulmans qui fréquentent les écoles indépendantes confessionnelles en milieu francophone minoritaire dans la région d'Ottawa? Telle est la question de recherche posée par Souheil Essid alors que la croissance rapide du nombre d'écoles privées musulmanes suscite des craintes. « Les Canadiens s'inquiètent de la montée de l'islamisme, explique-t-il. Et alors que certains parents musulmans veulent que leurs enfants fréquentent des écoles privées musulmanes pour préserver leur culture, d'autres préfèrent qu'ils s'intègrent aux écoles publiques canadiennes tout en la préservant. Je veux les éclairer en comprenant mieux la construction de l'identité. »

L'environnement de la capitale nationale, avec ses écoles primaires musulmanes, offre à Souheil Essid l'occasion de faire ses recherches sur le terrain : « J'espère ainsi aider les jeunes à mieux s'intégrer et à se sentir des membres actifs de cette société. »