Chercher la justice au-delà du droit
Le génocide arménien. L’holocauste. Le génocide au Rwanda. Des millions de morts. Des milliers de coupables. Que peut faire la justice devant de telles horreurs?
« Le droit pénal n’est pas conçu pour juger des crimes de cette ampleur », affirme Murielle Paradelle, professeure adjointe à la Section de droit civil de la Faculté de droit. En poste depuis 2005, Mme Paradelle s’intéresse à l’administration de la justice après la commission de génocides et de crimes contre l’humanité. Elle cherche à comprendre les défis qui se présentent lorsque vient le temps de juger de tels actes. Elle étudie aussi les attentes des rescapés et de la société elle-même envers la justice, de même que les limites et le rôle du discours judiciaire dans le processus de guérison collective.
C’est donc en partie un regard de sociologue et d’anthropologue que la professeure Paradelle jette sur le droit, son domaine de spécialité. Pour elle, la confrontation des différents points de vue, de même que les éclairages différents apportés par d’autres disciplines permettent d’enrichir la formation et la recherche en droit. « L’interdisciplinarité agrandit le regard et permet de faire des connexions que nous n’aurions jamais pu faire autrement, dit-elle. Et à l’Université d’Ottawa, il y a une véritable ouverture envers cette démarche. »
Ses travaux montrent à quel point le droit est un domaine riche et polyvalent, qui a une grande influence sur la société. « Le droit est un pouvoir, et il faut le manipuler avec soin », rappelle-t-elle. Ce qu’elle veut faire passer dans son enseignement, c’est que chaque règle juridique s’appuie sur des intentions et des présupposés dont on n’a pas toujours conscience. Elle espère ainsi former des juristes responsables qui tiendront compte des effets à long terme de leurs décisions sur les gens.
Lorsqu’elle mentionne ses étudiants, sa passion monte d’un cran. « L’enseignement, pour moi, a été une révélation. Dans la classe, je deviens une passeuse de savoir, un relais. » C’est là que ses recherches trouvent tout leur sens, alimentant ses cours et s’enrichissant en retour lorsqu’un étudiant ou une étudiante lui fait voir une question sous un autre angle. C’est justement de cette rencontre des points de vue dont Murielle Paradelle ne saurait se passer.
Par Sophie Coupal
Date de publication : Juin 2009
