Luise von Flotow

Que veulent entendre les Québécois au cinéma? Et que leur donne-t-on?  

Cinéma américain, voix québécoises : le double doublage et ses motivations

De nombreuses personnes pensent que le plus grand mérite d'une traduction est de passer inaperçue. Or, pour bien des Québécois, le doublage des films américains en France brise cette règle en leur offrant d'irritants dialogues truffés d'argot parisien parfois incompréhensible. La solution? Doubler les mêmes films en français, mais au Québec.

Luise von Flotow s'intéresse à ce « double doublage » dont elle examine les motivations, et surtout, les résultats. Chercheuse reconnue et traductrice primée, la professeure von Flotow est aussi directrice de l'École de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa (actuellement en congé sabbatique).

« Il nous semblait qu'une population qui rejette le français made in France et qui préfère le doublage local préférerait aussi entendre une version locale de son français », dit la chercheuse. Or, non seulement l'accent et les régionalismes québécois (y compris les blasphèmes) sont généralement bannis des films doublés au Québec, mais « la peur de faire des "fautes", de présenter un français de mauvaise qualité, entraîne aussi une perte de créativité dans la traduction », affirme la professeure von Flotow. Résultat : le produit final sonne parfois faux. Ironiquement, la traduction qu'on cherchait à faire oublier par l'utilisation d'un français dit « international » devient au contraire très apparente.

Luise von Flotow attribue en partie ces choix de traduction conservateurs à l'insécurité linguistique des Québécois, convaincus depuis longtemps de parler un français « inférieur » à celui de la France. Pourtant, croit la chercheure, le recours à leur français haut en couleur leur permettrait de s'approprier les produits culturels américains qui envahissent chaque jour leurs écrans.

Les recherches de la professeure von Flotow nous en apprennent plus sur la relation émotive qu'entretiennent les Québécois avec leur langue, mais aussi sur les aspects historiques, culturels et idéologiques qui sous-tendent les pratiques de doublage en France et au Québec.

Par Sophie Coupal

Date de publication : avril 2010

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Dernières modifications : 2012.02.06