Agir contre le changement climatique

Publié le mardi 14 novembre 2017

Trois femmes et deux hommes assis dans des fauteuils sur une scène. Le logo des Débats du chancelier est en toile de fond

Calin Rovinescu, Annette VerschurenTzeporah Berman, Monica Gattinger et Stewart Elgie. Photos : Bonnie Findley

Le 6 novembre 2017, dans le cadre des Débats du chancelier, quatre leaders d’opinion ont eu une conversation animée avec le chancelier Calin Rovinescu sur le thème « Les changements climatiques à l’ère Trump : comment le Canada devrait-il réagir? » Des centaines de personnes, étudiantes et étudiants, membres du personnel enseignant ou représentants du grand public, ont assisté au débat ou l’ont suivi en ligne. Voici quelques extraits de cette discussion stimulante.

 


 

Stewart Elgie

Professeur, Faculté de droit, président de l’Institut pour l'intélliProspérité et directeur de l’Institut de l’environnement de l’Université d’Ottawa

Nous devons bâtir une économie adaptée à un monde où les émissions de carbone seront soumises à des restrictions. La question qui se pose, c’est comment atteindre cet objectif. Je ne suis pas convaincu que la stratégie la plus efficace soit celle qui consiste à couper l’approvisionnement en pétrole. Il me semble beaucoup plus prometteur de réduire la demande. Il n’est pas difficile d’imaginer que d’ici 20 ans, nous vivrons dans un monde où nous aurons à toutes fins utiles éliminé les voitures et camions assoiffés d’essence. Cela contribuera beaucoup plus à éliminer la demande de pétrole que d’essayer de limiter l’offre.

Nous avons besoin d’investissements publics massifs pour soutenir l’innovation en matière d’énergie propre et déployer les technologies qui façonneront le prochain demi-siècle. Mais il faut que ce soit des investissements intelligents, ciblés sur les domaines dans lesquels le Canada a de vraies chances de s’imposer comme acteur de premier plan, comme les biocarburants avancés et la biochimie. Ou encore la mise au point de technologies solaires ou éoliennes, et de techniques de construction adaptées aux températures froides des climats nordiques.

L’innovation comporte des risques, mais si nous ne tentons pas ces paris audacieux, d’autres pays le feront et nous couperont l’herbe sous le pied.

 


 

Annette Verschuren

Présidente et chef de la direction de NRStor Inc. et chancelière de l'Université du Cap-Breton

 

Il est juste d’imposer un prix au carbone. Je pense que c’est sans doute le seul moyen par lequel nous pourrons progresser en tant que société. Que les États-Unis le fassent ou pas, peu importe. Le Canada doit choisir son propre destin.

Le recours à des technologies propres et la réduction des émissions de gaz à effet de serre se sont accélérés depuis que Donald Trump est devenu président. Dans des régions comme la Californie, la Nouvelle-Angleterre ou l’État de New York, différents groupes passent à l’action à l’échelon local d’une manière plus décidée que jamais.

Les marchés influencent les décisions qui se prennent aujourd’hui partout en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde. Par conséquent, un leader politique ne saurait représenter à lui seul tout ce qui se passe aux États-Unis en ce moment. Je constate que ce pays va de l’avant de manière accélérée. À vrai dire, ses niveaux d’émissions de gaz à effet de serre diminuent beaucoup plus vite que ceux du Canada à l’heure actuelle.

 


 

Monica Gattinger

Directrice de l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa, professeure agrégée à l’École d’études politiques de l’Université et présidente du projet Énergie positive

La sécurité énergétique est extrêmement importante. Si nous pouvons compter sur une énergie fiable et abordable dans ce pays, c’est notamment parce que notre système est multicarburant, notre énergie étant produite par une variété de sources différentes. À mesure que nous accroîtrons l’électrification de ce système, nous devrons tenir compte d’autant plus de la question de la résilience et de la sécurité.

Y a-t-il dans la salle quelqu’un qui a vécu la tempête de verglas? Imaginez si vous n’aviez pas pu utiliser votre voiture à ce moment-là. Tout ça ne veut pas dire qu’il faut s’interdire d’aller vers l’électrification. Mais il faut certainement le faire en ayant à l’esprit la nécessité d’assurer la sécurité de notre approvisionnement énergétique.

Dans le contexte où les événements climatiques extrêmes se feront de plus en plus fréquents, nous aurons besoin de systèmes résilients. D’autant plus que ces événements ont fortement tendance à provoquer des coupures de courant.

 


 

Tzeporah Berman

Conseillère stratégique en matière de campagnes énergétiques et climatiques, et professeure associée en études environnementales, Université York

L’heure n’est plus aux grands projets axés sur les carburants fossiles. Si nous voulons atteindre nos objectifs climatiques, le moment est venu de planifier notre économie de manière à assurer une transition équitable à l’industrie [pétrolière et gazière].

Nous devons progresser vers la mise en place de systèmes de distribution d’énergie moins centralisés. L’énergie représente une forme de pouvoir. C’est pourquoi cette transition est si difficile. Le statu quo fait l’affaire de nombreuses personnes et entreprises, qui voient d’un mauvais œil la possibilité que des milliers d’individus, plutôt qu’une poignée d’entreprises, se mettent à produire de l’énergie.

Il s’agit là de changements culturels et politiques difficiles. Ils ne pourront se faire que si nous veillons à donner aux décideurs l’approbation sociale et l’espace politique dont ils ont besoin pour agir. Moi, ils m’ont suffisamment entendue. C’est maintenant à vous de leur faire entendre votre voix! Nous devons leur faire savoir qu’ils peuvent compter sur notre appui pour mettre en œuvre les politiques difficiles qui s’imposent, que nous les applaudirons s’ils font ce qui est juste et leur demanderons des comptes s’ils ne le font pas. L’histoire est écrite par ceux qui répondent « présent », et nous devons tous répondre « présent ».

 


Haut de page