Une escouade anti-moustiques sous haute surveillance

Publié le mardi 5 juillet 2016


Liam Epp utilise un filet muni de flotteurs pour capturer, à leur sortie de l’eau, les anciennes larves devenues adultes. Le nombre d’insectes capturés est un indicateur des effets du 
Bti.

Par Brandon Gillet

Un projet de la Ville d’Ottawa consistant à intoxiquer les larves de moustique au moyen d’un insecticide naturel est suivi de près par un professeur de l’Université d’Ottawa, qui souhaite découvrir les effets potentiels de cet agent sur d’autres insectes.

Il y a deux mois, la Ville a commencé à utiliser le Bacillus thuringiensis var. israelensis pour se débarrasser des moustiques essaimant aux environs de Kanata. Cette bactérie, communément appelée Bti, produit une protéine aux effets délétères sur les intestins des larves de moustique.   

Les résidents vivant aux alentours de l’étang Kizell se plaignaient de se faire manger tout cru par les moustiques et déploraient ne pas pouvoir profiter de leur cour extérieure. Ces derniers ont accepté de payer une taxe de 20 $ pour couvrir les coûts du projet et de l’étude de l’Université d’Ottawa.

« La Ville tenait à mener des études d’impact.  Nous allons donc examiner des espèces apparentées et comparer les modèles d’apparition observés dans les étangs traités et ceux observés dans les étangs contrôles », explique Antoine Morin, professeur au Département de biologie.

« Comme Kanata est construite sur une zone humide, ce qui arrive en ce moment est loin d’être surprenant, souligne‑t‑il. Mais quand les moustiques sont trop envahissants, c’est extrêmement désagréable, sans parler des problèmes de santé, comme le virus du Nil occidental, auxquels personne ne souhaite être exposé ».


Avec leurs nombreux petits étangs et marécages, les zones humides de Kanata constituent un milieu idéal pour la reproduction des moustiques.

Une étude de trois ans

Pendant les trois prochaines années, le professeur Morin étudiera l’incidence du Bti sur les zones humides de Kanata-Nord. Liam Epp, un de ses étudiants qui prévoit faire une maîtrise sur le sujet, s’occupera du travail sur le terrain.

« Chaque semaine, je vais voir les 29 étangs où nous avons placé, à des endroits stratégiques, des pièges pour capturer les insectes aquatiques adultes à leur sortie de l’eau », indique Liam Epp.

De ces 29 étangs étudiés, 14 sont traités au Bti et 15 sont des habitats similaires non traités.

« Nous pouvons nous servir de l’abondance des espèces d’insecte pour évaluer la sélectivité du traitement au Bti, explique Liam Epp. Nous aimerions déterminer les effets potentiels du Bti sur la biodiversité et sur l’écosystème dans les zones humides à Kanata. »

Selon la Ville d’Ottawa, le Bti utilisé dans le projet n’a aucun effet sur les êtres humains, les oiseaux, les poissons et les amphibiens. La dose utilisée dans le projet n’est pas toxique pour les autres insectes.

Toutefois, le professeur Morin soutient que la protéine, que l’on trouve naturellement dans le sol, peut attaquer le système digestif d’autres espèces de l’ordre des diptères telles que les mouches et les moucherons. Or, ces espèces jouent un rôle plus important que les moustiques dans le maintien de l’équilibre de la plupart des écosystèmes.

« Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, car le Bti est utilisé partout dans le monde, précise Antoine Morin. Mais manipuler la nature ne se fait pas impunément. » L’étude n’examinera pas les effets de la bactérie sur les animaux qui se nourrissent de moustiques comme les chauves-souris, les oiseaux et les grenouilles. Le chercheur croit que le régime de ces espèces ne se compose pas uniquement de moustiques et que ceux-ci peuvent donc facilement être remplacés par une autre source de nourriture.

Un scénario triplement gagnant

« En insistant pour avoir une étude d’impact, la Ville adopte une attitude triplement gagnante, dit le professeur de l’Université d’Ottawa. Un étudiant de l’Université reçoit du financement pour un projet de recherche, la Ville et ses citoyens recueillent des données utiles sur l’écosystème dans le secteur tout en prenant leurs responsabilités environnementales et l’entreprise engagée pour répandre le Bti, GDG Environnement, obtient de la publicité et gagne en crédibilité. »

Mais qu’arrivera-t-il lorsque la population de moustiques sera décimée? Au début, pas grand-chose, selon Antoine Morin. Les effets indirects possibles seront imperceptibles dans l’immédiat. C’est pour cette raison que l’étude examinera les autres bactéries qui pourraient réagir aux niveaux d’azote, possiblement à la hausse avec la mort des larves.

« Il est très probable que les moustiques soient remplacés par d’autres espèces dans le régime des prédateurs, mais il est impossible de savoir lesquelles à l’heure actuelle, car cela varie en fonction du lieu et de l’année, explique le professeur Morin. Si on les répercussions s’avéraient plus grandes que prévu, il serait possible de renverser le processus. Si on cessait d’utiliser le Bti pour quelque raison que ce soit, les œufs logés dans les sédiments ou les moustiques migrants des environs recoloniseraient rapidement le secteur ».

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