Des Gee-Gees portent le ballon ovale au nord

Publié le mardi 25 juillet 2017

Des jeunes en uniforme de football s’agenouillent devant leurs entraîneurs.

De gauche à droite : George Neacappo, Mike Randazzo et Sam Randazzo, anciens joueurs des Gee-Gees, ont contribué à mettre sur pied un programme de football pour les jeunes de Chisasibi, au Québec. Photo : Trevor Monaghan

Par Linda Scales

Trevor Monaghan, ancien membre des Gee-Gees et fervent partisan de l’équipe de football de l’Université d’Ottawa, redonne à sa communauté en embauchant des étudiants-athlètes. À ce jour, huit anciens joueurs ont ajouté une corde à leur arc en contribuant à bâtir un programme de football pour les jeunes de la petite communauté crie de Chisasibi, située sur la berge est de la Baie James, au Québec.

« Le programme de football de l’Université d’Ottawa m’a offert les outils nécessaires pour y arriver », affirme Trevor Monaghan, qui détient sa certification d’entraîneur du Sports Performance Institute d’Ottawa.

Trevor Monaghan

« Les Gee-Gees sont comme une famille pour moi », souligne Trevor Monaghan, à qui les Gee-Gees ont décerné le prix Lumsden-Avery en 1999 pour saluer son esprit d’équipe. Photo : Johanne Adam

Membre de la nation Wemindji ayant passé toute sa vie à Ottawa, le footballeur a déménagé ses pénates au nord en 2004 pour explorer ses racines autochtones. Il y a entrepris d’aider les jeunes des Premières nations à s’émanciper grâce au sport et à l’activité physique, invitant également des joueurs de football de l’Université d’Ottawa à se joindre à l’aventure.

Mike Randazzo a passé les étés 2011 et 2012 à Chisasibi. Le double diplômé de l’Université d’Ottawa et ancien membre des Gee-Gees travaillait au centre de conditionnement physique de Chisasibi de jour, puis passait ses soirées à entraîner des joueurs de 6 à 22 ans. À l’été 2013, il a également été entraîneur en chef du programme de football de Mistissini, au Québec.

« Je suis originaire du centre-ville d’Hamilton, alors cette immersion m’a permis de mieux comprendre la réalité des gens qui vivent sur la réserve. Cette expérience à la fois inspirante et révélatrice a été pour moi l’occasion de redonner à mon sport », affirme Mike Randazzo, qui a obtenu un certificat d’entraîneur pour son travail effectué au nord du Québec. Le diplômé fréquentera la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa à compter de septembre.  

Football à six contre six

Suivant l’exemple de Josh Sacobie, ancien quart arrière des Gee-Gees, Trevor Monaghan a implanté à Chisasibi un programme de football à six contre six, programme conçu pour les petites communautés qui ne comptent pas suffisamment de joueurs pour former les rangs traditionnels de douze personnes. L’entraîneur s’est toutefois assuré que chaque joueur des Eagles de la Baie James apprenne différentes positions afin de pouvoir participer en toute confiance à une partie de douze contre douze.

George Neacappo figure au nombre des joueurs qui ont tiré parti du programme de Chisasibi. En 2011, il a déménagé à l’Université d’Ottawa pour jouer avec les Gee-Gees; il est aujourd’hui entraîneur personnel au centre de conditionnement physique de Chisasibi, où il travaille sous la supervision de Trevor Monaghan.

Map of northeastern Quebec

Plusieurs heures de route séparent les communautés cries au nord-est du Québec. Credit : creeculture.ca

Le programme de football de Chisasibi, qui compte des équipes masculines, féminines et jeunesse, a été interrompu tandis que l’on amasse les fonds nécessaires pour aller de l’avant. Les déplacements représentent à eux seuls une partie substantielle des coûts du programme, avec des trajets de 14 heures en autobus pour se rendre à Ottawa (pour le camp de football Gridiron d’Ottawa, par exemple) et des voyages de 11 heures vers Mistissini, où les Eagles doivent se rendre pour affronter les Mustangs, l’équipe adverse située la plus près.

Lorsque le programme de football reprendra au sein de la communauté, Trevor Monaghan n’y sera plus entraîneur. « L’objectif de cette initiative était justement d’amener les athlètes à jouer, puis à passer à un rôle d’entraîneur, explique-t-il. Je tiens à ce que les jeunes s’approprient le programme. Pour les jeunes Cris, c’est bien plus qu’un programme de football. C’est l’avenir de la communauté. »

En tant que gestionnaire du centre de conditionnement physique de Chisasibi, Trevor Monaghan a récemment invité neuf entraîneurs personnels du centre à l’accompagner annuellement à Ottawa pour se perfectionner sur le plan professionnel. « Certains des entraîneurs travaillent pour moi depuis quatre ou cinq ans. Aujourd’hui, ils occupent des postes permanents à temps plein au centre », fait-il remarquer, soulignant du même coup que les entraîneurs ont commencé à travailler dans leur langue maternelle, le cri.

« En fondant le centre de conditionnement physique et le programme de football, Trevor a permis d’instaurer un mode de vie axé sur la santé et l’activité physique qui n’était pas encore à la portée de la communauté, souligne Mike Randazzo. L’initiative a aussi ouvert les yeux des Gee-Gees quant à la réalité de la vie nordique. Jamais nous n’oublierons cette expérience. »

Voir la vidéo de Trevor Monaghan

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