Prendre un risque linguistique

Publié le mardi 21 novembre 2017

Les étudiants de FLS et d’ALS à l’Université d’Ottawa peuvent maintenant profiter de l’Initiative de prise de risques linguistiques, quel que soit leur niveau, afin d’utiliser ce qu’ils apprennent en classe dans des situations concrètes.

Par Linda Scales

À l’Université d’Ottawa, une initiative locale propose un défi aux étudiants et étudiantes de français ou anglais langue seconde (FLS et ALS, respectivement) : se servir de leur deuxième langue à l’extérieur de la salle de classe.

« On est souvent mal à l’aise quand on doit utiliser une langue seconde, et nous avons compris qu’il fallait trouver le moyen d’encourager les gens à cet égard », déclare Nikolay Slavkov, professeur à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) pour expliquer la nouvelle Initiative de prise de risques linguistiques, conçue par une équipe de professeurs, d’employés et d’étudiants de l’ILOB.

Étant donné que l’Université d’Ottawa est un établissement bilingue, elle offre de nombreuses occasions de pratiquer une seconde langue officielle. Malgré tout, quelques personnes s’inquiètent de ne pas bien comprendre ou d’avoir du mal à se faire comprendre. Elles craignent de commettre des erreurs et de se faire juger.

« Quand on a le choix, on utilise la langue qu’on parle le mieux », explique le professeur Slavkov, qui dirige le Centre canadien d’études et de recherche en bilinguisme et aménagement linguistique. « Nous devons pousser les gens à s’aventurer au-delà de leur zone de confort au lieu de se raccrocher à leur langue de préférence. »

Et le professeur parle en connaissance de cause : le français est sa quatrième langue, derrière le bulgare, le russe et l’anglais. C’est lorsqu’il étudiait le français qu’il s’est rendu compte qu’on pouvait atteindre un niveau avancé sans pour autant perdre la crainte d’utiliser ses nouveaux acquis dans la vie courante. « Je suivais des cours de français plutôt compliqués, du point de vue du contexte, de la grammaire et du vocabulaire », raconte-t-il, « mais j’avais encore du mal à commander mon croissant au pavillon des Sciences sociales! »

Plus de 60 tâches linguistiques

Fin octobre, l’Initiative de prise de risques linguistiques a donc vu le jour, proposant à environ 400 étudiants et étudiantes de FLS et d’ALS de tous les niveaux l’occasion de pratiquer concrètement la langue en question. Les participants avaient le choix parmi plus de 60 tâches linguistiques (dénommées risques) de difficulté variée : envoyer un courriel à un professeur de l’Université d’Ottawa, faire un appel, commander de la nourriture à la cafétéria, etc. Ces activités, toutes dans la seconde langue de l’étudiant, étaient consignées dans un livret de type passeport.

Les étudiants avaient jusqu’au 17 novembre pour réussir un minimum de 20 « risques linguistiques ». Après cela, ils ont remis leur passeport rempli à la réception de l’ILOB ou à leur professeur de langue, à la suite de quoi leur nom était inscrit pour un tirage au sort, leur donnant la possibilité de gagner des cartes-cadeaux ou des billets de spectacle, entre autres prix.

L’initiative reprendra en hiver 2018 et sera ensuite évaluée aux fins d’améliorations. Bien qu’elle n’accueille que des étudiants pour le moment, l’ILOB espère toutefois élargir son cercle de participants de manière à inclure les employés de l’Université. En attendant, le projet a déjà attiré l’attention du gouvernement fédéral, qui a invité le professeur Slavkov en septembre 2017, en compagnie de Jérémie Séror, doyen associé et directeur de l’ILOB, à participer à une discussion sur l’apprentissage des langues, dans le cadre de la neuvième Journée de la dualité linguistique. Ceci a incité quelques ministères fédéraux à demander à l’ILOB de les aider à mettre au point une initiative semblable chez eux.

« C’est une petite idée locale, mais qui recèle beaucoup de potentiel », affirme le professeur Slavkov, « car elle permet aux étudiants d’intégrer leur seconde langue officielle à leur vie quotidienne, la finalité ultime étant d’accroître le bilinguisme. »

Haut de page