Signes de courage

Publié le mercredi 21 octobre 2015

Par Valérie Charbonneau

Anatomie des angiospermes du bois, Campylobacter jejuni, bactérie pathogène… Que de termes complexes pour monsieur et madame Tout-le-Monde! Pour Carole Beaudry, il s’agit plutôt du quotidien. L'étudiante est fière de recevoir son diplôme de baccalauréat en sciences cet automne, parallèlement aux 1800 autres étudiants qui ont terminé leur programme universitaire, et dont la plupart seront présents à la collation des grades du 25 octobre 2015. Son parcours? Attendez-vous à être surpris.

À sa naissance, Carole Beaudry a reçu un diagnostic de malentendante légère à moyenne. Au fil des ans, ses problèmes auditifs se sont aggravés et elle est devenue sourde.

En 2008, Carole a commencé des études en sciences de la santé, mais s’est rapidement dirigée vers la biologie, développant un intérêt particulier pour l’étude des micro-organismes et l’agriculture. Pour avoir accès à toute l’information donnée par le professeur et pour participer aux discussions de groupe, elle a eu recours à deux interprètes.

« Ils traduisaient la langue parlée à la langue des signes, ma langue maternelle, précise-t-elle. Comme je connais uniquement la langue des signes québécoise (LSQ) et que j’ai suivi plusieurs cours en anglais, mes interprètes ont dû travailler avec trois langues, c’est-à-dire de l’anglais au français, à la LSQ et vice versa. »

Une traduction ardue

Voici comment la communication se déroulait : de l’anglais au français, puis du français à la LSQ, et de la LSQ au français, puis du français à l’anglais. Il s’agissait donc d’une double interprétation.

« J’avais droit à deux interprètes, car la double interprétation est extrêmement épuisante. Ils se relayaient toutes les 20 minutes, explique Carole Beaudry. »

En 2012, Carole s’est inscrite au régime coop et a effectué quelques stages, dont un à l’international.

« J’ai travaillé à l’Université d’Ulm, en Allemagne, comme adjointe de recherche en laboratoire dans les domaines de la botanique et de l’écologie. Mon projet de recherche portait sur l’anatomie des angiospermes du bois et les paramètres hydrauliques de l’eau transportant des cellules dans les végétaux. »

En 2013, elle a travaillé à l’Agence de la santé publique du Canada, à Lethbridge, en Alberta, en tant que technicienne en recherche moléculaire. En 2014, elle a fait son stage coop à l’Agence canadienne d’inspection des aliments à Ottawa, également comme technicienne en recherche moléculaire.

En 2014, Carole Beaudry s’est envolée pour la Tanzanie où elle a suivi un cours de 19 jours sur ses écosystèmes et les tendances socioéconomiques observées dans le pays.

« L’économie de la Tanzanie est largement dépendante de l’agriculture et du tourisme, affirme-t-elle. Cela cause un problème aux résidents tributaires de l’agriculture, puisqu’ils se font tous concurrence pour obtenir des terres arables. »

De 2011 à 2015, Carole Beaudry a travaillé dans la région de la capitale nationale avec du bétail et dans des exploitations agricoles hydroponiques. « Je surveillais la santé des animaux et j’observais leurs comportements afin de prévenir les pertes. Je veillais sur les chèvres prêtes à accoucher pour éviter toute complication. J’ai aidé des chevreaux orphelins à allaiter leur mère adoptive pour qu’ils puissent se faire mieux accepter par celle-ci. »

Courage et exploits ne vont pas toujours de pair, mais pour Carole Beaudry, cela semble être le cas. Au début de ses études, Carole Beaudry parlait très peu l’anglais. Mais après maintes lectures, de nombreux cours universitaires et beaucoup de pratique, elle a ajouté cette langue à son répertoire; elle deviendra ainsi une diplômée en biologie trilingue (anglais, français et LSQ)!

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