Trump, l’an un : chaos et confusion sur les bords du Potomac

Publié le mardi 7 novembre 2017

Donald Trump sur le podium, les partisans en arrière-plan.

Photo : Michael Vadon

Douze mois après l’élection de Donald Trump comme président, un panel d’experts s’est réuni à l’Université d’Ottawa pour revenir sur une année tumultueuse, imaginer ce qui nous attend et examiner les répercussions sur le Canada. Ci-dessous, quelques extraits de la discussion animée, présentée par le Centre d’études en politiques internationales et l’École supérieure d’affaires publiques et internationales, qui a eu lieu le 1e novembre 2017.


 

Meredith Lilly

Chaire Simon-Reisman en affaires internationales, Université Carleton

Je crois que les républicains, en grande partie, restent généralement positifs au sujet des échanges commerciaux. Toutefois, maintenant, ils voient la possibilité d’avoir plus et de faire mieux pour les États-Unis sous Donald Trump.

Le moment venu, les membres du Parti républicain du Congrès ne prendront pas à la légère le fait de voter contre leur propre président. Ils pourraient très bien être pro-ALENA, mais ne pas être prêts à défendre l’accord.

Il y aura un impact négatif immédiat et important sur l’économie canadienne si Trump décidait de se retirer de l’ALENA, peu importe ce que dit la loi. S’il en fait un acte de défi, alors tout le monde doit prendre du recul, et ce sera vraiment, vraiment désastreux. Nous assisterons immédiatement à un renforcement des contrôles à la frontière et à des problèmes avec le va-et-vient des biens transportés d’un côté et de l’autre de la frontière canado-américaine.

 


 

Colin Robertson

Institut canadien des affaires mondiales, ancien diplomate canadien à Washington

Les présidents de l’après-guerre avaient une vision du monde basée sur les institutions, basée sur les ordres, un ensemble de règles. Ils étaient prêts à souscrire plus ou moins aux systèmes – les Nations Unies, l’Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale, le FMI – et à créer un réseau d’alliances que les États-Unis soutiendraient.

Trump est différent. Trump partage avec Xi Jinping et Vladimir Poutine l’idée de sphères d’influence, où ce sont les grands contre les petits, c’est-à-dire utiliser tout son poids dans les accords commerciaux bilatéraux et dire : « Vous allez devoir prendre ce que nous vous donnons. » Cela a un effet important sur les pays comme le Canada, qui s’est développé au sein d’un système multilatéral.

Je suis convaincu que les moyennes puissances aux vues similaires vont maintenant devoir se défendre. Cela veut dire qu’elles vont avoir à parler avec les pays qui ont les mêmes intérêts – et commencer à s’inquiéter de la mise en place d’un système où les grands sont contre les petits.

 


 

Sarah Goldfeder

Partenaire, Earnscliffe Strategy Group

C’est dans l’ADN des Américains de ne pas faire confiance à leur gouvernement. Notre histoire en est une de révolution et de révolte, et nous nous sommes souvent débarrassés d’un gouvernement au pouvoir.

Ce n’est pas nécessairement nouveau ce que Trump dit, il le dit seulement de façon tellement grossière et à un moment décisif de l’histoire. Mais si vous remontez dans le temps et que vous regardez ce que les leaders révolutionnaires ont dit à propos des faiblesses des gouvernements en place – « ils ne respectent pas vos intérêts en tant que citoyens » –, tout cela fait déjà partie de notre histoire.

La création d’un parti séparé, complètement nouveau, pourrait être la conséquence finale. En ce moment, les membres des partis républicain et démocrate qui se tiennent au centre ont peut-être plus en commun que les deux franges d’un même parti. Je crois que 2020 sera un défi pour les deux côtés.

 


 

Jeffrey Simpson

Professionnel en résidence, ESAPI, et ex-chroniqueur politique aux affaires nationales pour le Globe and Mail

Lorsque l’Union soviétique s’est démantelée, les États-Unis étaient censés dominer le monde aux côtés d’une Russie docile. Eh bien, ça n’a pas marché.

En 1990, la révolution chinoise de Deng Xiaoping commençait à peine. Aujourd’hui, les États-Unis regardent la Chine et ils n’arrivent pas à comprendre, comme tout le monde, comment traiter avec la Chine de demain, avec son énorme excédent commercial par rapport aux États-Unis, ses prouesses militaires croissantes, etc.

La nouvelle situation géopolitique que les États-Unis ne dominent pas, comme ils pensaient le faire il y a 20 ans, la sécurité qui reste préoccupante à cause des événements du 11 septembre et de tout ce qui s’est passé depuis, et les perturbations économiques ont fait des États-Unis un chaudron que les deux partis ont du mal à maîtriser. Tous ces éléments ont créé une nouvelle donne, et la façon dont les partis et le pays les prennent en charge forgera leur avenir.

 


 

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