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Les plateformes de glace du Canada se fractionnent rapidement

OTTAWA, le 27 septembre 2011 — Les plateformes de glace du Canada changent à un rythme inattendu, leur étendue ayant diminué de presque 50 % au cours des six dernières années. Cet été seulement, la plateforme de Serson a presque entièrement disparu, et celle de Ward Hunt s’est fracturée. Il en est résulté une perte de près de trois milliards de tonnes de glace, ce qui correspond à environ 500 fois la masse de la grande pyramide de Gizeh.

Des chercheurs de l’Université d’Ottawa et de l’Université Carleton insistent sur l’importance de ces transformations. « C’est notre littoral qui est en train de changer, dit Derek Mueller, chercheur au Département de géographie et d’études de l’environnement de l’Université Carleton. Ces entités géographiques uniques et massives qu’on considère comme faisant partie du Canada sont en train de disparaître, et elles ne reviendront pas. »

Luke Copland, chercheur au Département de géographie de l’Université d’Ottawa, affirme que « depuis la fin de juillet, des portions équivalant à une fois et demie la taille de l’île de Manhattan se sont détachées ». Il ajoute que les pétrolières devraient surveiller de près la situation, car le nombre d’icebergs flottant vers le sud risque d’augmenter, ce qui pourrait menacer les installations de forage situées dans la mer de Beaufort ou dans la mer de Tchoukotsk, entre autres.

Après avoir inventorié par imagerie satellitaire les changements survenus cet été, les chercheurs ont constaté que la présence de ces plateformes de glace avait diminué considérablement presque chaque été depuis 2005. Cette attrition rapide aura des conséquences permanentes.

Les chercheurs attribuent ce récent vêlage à l’effet conjugué du réchauffement des températures et de l’augmentation des eaux libres. C’est dans un climat plus froid et différent du nôtre que les plateformes de glace se sont formées et maintenues. Leur disparition laisse présager le retour éventuel de conditions que l’Arctique n’avait pas connues depuis des milliers d’années.

Les plateformes de glace d’un âge avancé et d’une bonne épaisseur sont relativement rares dans l’Arctique. Ces formations diffèrent nettement de la glace marine ordinaire, dont l’épaisseur dépasse rarement quelques mètres et qui peut disparaître en quelques années. Le Canada possède les plus vastes plateformes de glace de l’Arctique, lesquelles sont situées le long du littoral nord de l’île d’Ellesmere. Ces masses de glace flottante, d’une épaisseur qui tourne généralement autour de 40 mètres (l’équivalent d’un immeuble de dix étages) mais qui peut parfois atteindre 100 mètres, se sont épaissies au fil du temps sous l’effet des accumulations de neige, de glace marine et, dans certains cas, d’eau des glaciers. On pense qu’elles auraient été en place pendant une bonne partie des derniers millénaires.

Les recherches de Luke Copland et de Derek Mueller sur l’évolution des plateformes de glace sont subventionnées par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNGC), le Programme du plateau continental polaire et le réseau ArcticNet.

Images et cartes : http://http-server.carleton.ca/~dmueller/iceshelves/summer2011.html

Contexte :

L’an dernier, la plateforme de glace de Ward Hunt avait une superficie de 340 km2, et sa partie centrale était fractionnée. L’été dernier, le centre s’est désintégré et a été emporté par les eaux, laissant deux plateformes : la portion ouest, qui fait 227 km2, et la portion est, de 74 km2.

En 2008, la plateforme de Serson, d’une superficie de 205 km2, s’est scindée en deux sections : Serson A, une langue de glacier flottante de 42 km2, et, juste au nord, Serson B (35 km2). Cet été, Serson A ne faisait plus que 26 km2 et Serson B, 7 km2.

En 1906, on estimait à 8900 km2 la superficie totale des plateformes glaciaires de l’île d’Ellesmere. Cent ans plus tard, il n’en restait plus que 1043 km2. Aujourd’hui, les plateformes glaciaires d’Ellesmere ne font que 563 km2, ce qui représente 54 % de la superficie qu’elles avaient avant la perte de la plateforme d’Ayles en août 2005.

La dégradation de la plateforme de Serson a été observée par le Service canadien des glaces (SCG) d’Environnement Canada au début d’août (www.ec.gc.ca/glaces-ice/Default.asp?lang=Fr&n=D32C361E-1). Le SCG a fourni des images d’une importance notable pour la délimitation de l’étendue de glace actuelle.

Il est bien connu que les plateformes de glace d’Ellesmere abritent des communautés microbiennes uniques, particulièrement vulnérables à l’effet des changements climatiques. Le professeur Warwick Vincent, directeur du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, étudie ces microorganismes depuis 1998. Son équipe se rend chaque été à l’île Ward Hunt, dans le parc national du Canada Quttinirpaaq, pour suivre de près la transformation écologique des écosystèmes dépendants des plateformes de glace en écosystèmes d’eaux libres.

Le professeur John England, titulaire de la Chaire de recherche nordique du CRSNGC à l’Université de l’Alberta, estime que les plateformes de glace existent depuis peut-être 5 500 ans, d’après le bois de grève et les autres matières sous-jacentes qu’il a examinés.

La plateforme de Serson a été nommée en l’honneur de Harold Serson (1926-1992). Scientifique au Conseil de recherches pour la défense, M. Serson a participé à l’étude des plateformes de glace et des phénomènes connexes le long du littoral nord de l’île d’Ellesmere.

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