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L'émigration des médecins vers les pays développés coûte des milliards de dollars à l'Afrique

OTTAWA, le 25 novembre 2011 — Selon une étude réalisée par l'Université d'Ottawa, les pays de l'Afrique subsaharienne qui investissent dans la formation de leurs médecins finissent par perdre des milliards de dollars, car ceux-ci partent travailler dans les pays développés.

Cette étude, dont le rapport intitulé The financial cost of doctors emigrating from sub-Saharan Africa: human capital analysis est publié dans le site Web du British Medical Journal, révèle que l'Afrique du Sud et le Zimbabwe subissent les plus importantes pertes économiques dues à l'émigration des médecins, alors que l'Australie, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis sont les pays qui bénéficient le plus du recrutement de médecins formés dans d'autres pays.

« Ces conclusions sont préoccupantes », a déclaré le principal auteur de cette étude, Edward Mills, professeur à l'École interdisciplinaire des sciences de la santé de l'Université d'Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé mondiale. « Les pays riches tentent de renforcer les systèmes de santé africains et leur procurent des médicaments essentiels, mais ils tirent un avantage des pertes financières que l'Afrique subit à force de former des travailleurs de la santé qui émigrent dans des contrées mieux nanties. »

Les auteurs de l'étude demandent maintenant aux pays d’accueil d'investir dans la formation et les systèmes de santé des pays d'où proviennent ces émigrants.

« Personne ne prétend que ces gens ne devraient pas avoir le droit de prendre leurs propres décisions à propos de l'endroit où ils iront vivre et s’épanouir professionnellement », explique le professeur Nathan Ford, un des auteurs de l'étude, qui enseigne à l'Université du Cap, en Afrique du Sud. « Mais comment pouvons-nous arriver à bâtir des systèmes de santé, si les budgets de nos universités et nos établissements d’enseignement sont appauvris par des médecins qui partent s'établir dans des pays plus riches? »

Selon l'étude, l’émigration de travailleurs de la santé originaires de pays pauvres contribue à affaiblir les systèmes de santé dans les pays à faible revenu et constitue une menace importante à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement en matière de santé.

« Alors que les pays riches bénéficient de l'apport des médecins qui migrent chez eux, il faut veiller à ne pas endommager les systèmes de santé d'Afrique », ajoute Ivy Bourgeault, professeure à l'École interdisciplinaire des sciences de la santé de l'Université d'Ottawa et titulaire d'une chaire de recherche sur les politiques relatives aux ressources humaines en santé, financée par Santé Canada et les Instituts de recherche en santé du Canada. « Certains pays, comme les États-Unis, reconnaissent cet état de fait et se sont engagés à former 130 000 nouveaux travailleurs de la santé en Afrique. Mais d'autres pays, comme le Canada, offrent beaucoup moins. »

Une grave pénurie de médecins sévit en Afrique subsaharienne, et la prévalence de maladies comme le VIH/SIDA y est élevée. M. Mills et ses collègues ont estimé ce qu’il en coûte pour former un médecin, depuis l’école primaire jusqu’à l’université, dans neuf pays subsahariens où le VIH est très présent. À partir des chiffres dont elle disposait, l'équipe de recherche a estimé combien les pays d'origine ont payé pour former ces médecins, et combien les pays d’accueil ont économisé en bénéficiant de leurs services.

Selon les résultats, les gouvernements dépensent entre 21 000 $ (en Ouganda) et 59 000 $ (en Afrique du Sud) pour former des médecins. Les auteurs affirment que les pays visés par l'étude ont dépensé au total environ 2 milliards de dollars US pour former des médecins qui ont fini par émigrer vers des pays plus riches. Ils ajoutent que les bénéfices se chiffrent à environ 2,7 milliards de dollars US pour le Royaume-Uni et autour de 846 millions pour les États-Unis.

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