L’évaluation des risques biologiques et ses multiples facettes
L’évaluation des risques a pour but principal d’identifier et de limiter les dangers; elle comporte cependant d’autres facettes moins bien connues. Lorsqu’on fait une évaluation des risques, on vérifie et on documente la conformité aux bonnes pratiques scientifiques et aux exigences des organismes de réglementation sont revus et documentés.
Les organismes de financement, et plus spécifiquement les trois conseils subventionnaires exigent de faire un examen de projet et de se conformer aux « Lignes directrices en matière de biosécurité en laboratoire » de Santé Canada qui requièrent des évaluations du risque. L’Agence de la santé publique du Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont le mandat d’atténuer les risques en imposant des évaluations des risques et l’application des mesures appropriées (ingénierie, administration, procédures). La Loi sur la protection de l’environnement régit les « organismes vivants » et son Règlement sur les renseignements concernant les substances nouvelles établit les exigences pour l’évaluation du risque.
L’analyse du risque ne se limite pas à la seule identification des dangers; elle examine aussi la probabilité d’occurrence et les conséquences de négliger ces risques. L’objectif suprême est de mettre en place les mesures appropriées pour réduire le risque selon les besoins. Lorsqu’il s’agit d’agents biologiques (pathogènes humains, animaux, zoonotiques ou végétaux), le risque peut varier selon la nature de l’activité expérimentale, du confinement disponible et de facteurs d’influence de toutes sortes dont il est question plus loin.
Les avantages d’entreprendre une évaluation des risques sont les suivants :
- Assurer la santé et la sécurité du personnel du laboratoire ainsi que des personnes qui pourraient être exposés aux risques;
- Empêcher le déversement accidentel et la contamination des échantillons de recherche;
- Démontrer une diligence raisonnable et la conformité.
À cela s’ajoutent d’autres avantages tels que :
- Cibler les besoins de formation et de supervision;
- Évaluer des changements de procédure;
- Justifier des besoins d’espace et d’équipement;
- Évaluer des contrôles de sécurité;
- Évaluer la planification d’urgence, y compris l’intervention en cas de déversement.
Fréquence de l’évaluation des risques
Il convient de procéder à une évaluation des risques dans les cas suivants :
- Au moment de la planification d’un projet de recherche;
- Lorsqu’il y a eu un changement notable au projet (nouveau personnel, nouvel agent infectieux ou potentiellement infectieux, nouvelles procédures ou techniques, nouvel équipement, transfert d’une activité, ou pendant ou après des rénovations;
- Annuellement (plus fréquemment selon la nature du risque).
Compétences de l’évaluateur du risque
Le chercheur principal et son personnel sont les mieux placés pour évaluer les risques réels ou potentiels associés à leurs recherches et leurs pratiques de laboratoire. Ces personnes et toute autre chargée de mener une évaluation du risque doit posséder les compétences suivantes :
- Compréhension de la relation entre personnel, procédures opérationnelles, risques propres à un agent, organisation du travail et conception des installations;
- Connaissance des dangers associés aux substances (pathogénicité, dose infectieuse, modes de transmission, stabilité environnementale, etc.);
- Connaissance des procédures et techniques présentant des risques;
- Connaissance des exigences de confinement, des normes nationales et des lignes directrices.
Pratiques d’évaluation du risque
Prendre connaissance des publications (FTSS, périodiques scientifiques, manuels de sécurité, communiqués du manufacturier, bulletins d’information, guides d’instructions de l’équipement).
- Examiner les registres du laboratoire (blessures et incidents, entretien de l’équipement, formation, surveillance de l’environnement du milieu de travail).
- Inspecter les laboratoires (contrôle quotidien par le personnel, vérifications systématiques périodiques, inspections formelles).
- Observer les opérations en laboratoire (nouvelles procédures, nouveau personnel, nouvel équipement, organisation du travail).
- Consulter des spécialistes en biosécurité (agents de biosécurité, professionnels en prévention des infections, experts dans des domaines particuliers (techniques et procédures, virologistes, bactériologistes, etc.
- Examiner les rapports sur les infections associées au laboratoire.
Facteurs d’influence sur les risques
Les principaux aspects à considérer dans une évaluation du risque sont les suivants :
- Les agents utilisés et leurs caractéristiques
- Le personnel
- La nature des expériences
- L’environnement
- L’équipement
Les agents et leurs caractéristiques
Tous les agents ne posent pas le même degré de risque et, selon la nature du risque, des changements d’ordre technique ou méthodologique peuvent suffire pour grandement réduire le danger. L’analyse du risque peut être plus compliquée dans les cas de pathogènes émergents ou d’organismes génétiquement modifiés, ou lorsqu’il y a usage de vecteurs. Onze facteurs de risque doivent être considérés; ils se rapportent aux caractéristiques de l’agent et aux conséquences potentielles dans certaines conditions ambiantes, ou lorsque des modifications lui sont apportées. Ces facteurs sont énumérés ci-dessous et sont décrits plus précisément dans l’annexe A traitant des risques associés aux caractéristiques des agents
Pathogénicité/virulence
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Dose infectieuse
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Éventail des hôtes
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Transmissibilité
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Stabilité environnementale
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Vecteurs
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Endémicité
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Considérations économiques
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Disponibilité de traitements préventifs et thérapeutiques
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Recombinants
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Mode de transmission
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Le personnel
S’il est vrai que les contrôles administratifs, techniques et méthodologiques peuvent réduire les risques, le manque de savoir, de diligence et de conformité d’une personne peut miner ces contrôles principaux. L’état de santé d’une personne peut grandement influencer les conséquences de son exposition à une substance. Afin d’identifier et de minimiser les risques d’erreur humaine et d’exposition, il faut tenir compte de divers :
- Le niveau de formation et d’expérience (en général et en rapport avec l’agent ou la méthodologie en usage)
- Le niveau de compétence et preuve de diligence
- État de santé
- Le formulaire confidentiel de santé à des fins de la biosécurité qu’il est obligatoire de remplir à l’Université d’Ottawa et qui devrait être discuté avec le chef du secteur Santé au travail, invalidité et congés
- L’utilisation d’équipement de protection individuel
- Les allergies (pour déterminer les contre-indications en matière de vaccination)
- La disponibilité de moyens de prévention et de premiers soins
La nature des expériences
Beaucoup de procédures expérimentales présentent un potentiel de risques. Il arrive souvent qu’on considère chaque procédure comme une simple étape d’un processus et donc, qu’on n’examine pas ses risques potentiels propres. Les facteurs liés à la nature de l’expérience comprennent :
- Activités produisant des aérosols (pipetage, mélangeage et centrifugeage)
- Auto-inoculation accidentelle (recapuchonnage des seringues, élimination d’objets coupant, etc.)
- Concentration des échantillons
- Nature des échantillons (cliniques, cultures pures ou déjà manipulées)
- Quantité de pathogène
- Utilisation d’animaux (espèces, infections possibles par excrétions, égratignures et morsures)
- Caractéristiques de la lignée cellulaire
- Production de toxines
- Utilisation de vecteurs
- Plan d’intervention d’urgence (exposition, déversement, rejet accidentel, équipement défectueux)
- Techniques (cryogénie, tri cellulaire, etc.)
- Procédures de décontamination
Le milieu
Le milieu peut être la zone de travail, le laboratoire et l’installation au complet. S’il y a rejet d’un agent dans le milieu ambiant, il faut procéder à une nouvelle évaluation du risque. Les facteurs à considérer sont les modes de transmission, la stabilité environnementale et l’étendue de la contamination. Du point de vue du laboratoire, les aspects à considérer sont les suivants :
- Niveau de confinement (requis, disponible)
- Facteurs affectant le confinement (débit d’air, pressurisation, certification)
- Impact d’activités externes (construction, circulation routière, nouveaux trajets d’évacuation)
- Biosécurité (accès et contrôle d’inventaire)
- État du laboratoire (tables de labo propres, non poreuses, etc.)
- Disponibilité et moyens d’urgence (premiers soins, rinçage des yeux, trousses en cas de déversement, etc.)
- Personnel d’entretien et de métier (formation, procédures)
- Accès public (étudiants, visiteurs, ouvriers)
L’équipement
Le dernier facteur à considérer est comment l’équipement peut augmenter le risque d’exposition à un déversement. Les facteurs à considérer concernant l’équipement sont les suivants :
- Entretien (fréquence et fonctionnement)
- Décontamination périodique (incubateurs, centrifugeuses, etc.)
- Formation et utilisation correcte de l’équipement (conformité avec les recommandations du manufacturier)
- Dangers particuliers associés à de l’équipement (centrifugeuses, homogénéisateurs, autoclaves)
- Mode opératoire normalisé (NOM)
- Ventilation
- Emplacement dans le laboratoire ou les laboratoires adjacents
Dernière étape - Exécution et documentation
Toutes les activités de laboratoire énumérées ci-dessus présentent un potentiel de risques et nécessitent une analyse du risque. L’évaluation du risque nécessite de déterminer et d’apporter les changements nécessaires pour réduire le danger. Lorsque la solution idéale est irréalisable (à cause de contraintes financières, opérationnelles ou logistiques), et que le risque peut-être réduit à un niveau acceptable par d’autres moyens, l’approche secondaire recommandée peut-être mise en œuvre.
Dans tous les cas cependant, il est important de documenter les constats de votre évaluation, pour plusieurs raisons, entre autres pour :
- garder un relevé des mesures prises pour identifier et réduire les risques;
- avoir un point de référence pour les évaluations futures et, ainsi, réduire grandement le temps requis pour celles-ci à l’avenir;
- justifier de limiter les évaluations subséquentes aux éléments qui ont changé;
- fournir des rapports démontrant diligence et conformité.
