Cap sur l’Antarctique

: Plusieurs douzaines de personnes, surtout des femmes, vêtues de vêtements chauds et se tenant sur le pont d’un bateau, avec des falaises couvertes de neige à l’arrière-plan.

« J’ai bon espoir de renforcer et de faire partager ma conviction qu’il n’est rien qu’on ne puisse accomplir pour peu qu’on ait la motivation nécessaire. »

– Catherine Sorbara

Catherine Sorbara (M.Sc. 2009) a grandi dans la petite ville ontarienne de Pelham, dans la région du Niagara. Après avoir obtenu sa maîtrise en biochimie à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, elle a passé cinq ans à Munich, en Allemagne, pour préparer un doctorat en sciences biologiques sur les dommages cellulaires liés à la sclérose en plaques.

Aujourd’hui installée à Cambridge, au Royaume-Uni, elle a été pendant 18 mois éditrice à la Société royale de chimie, avant de devenir chef de l’exploitation pour la Cheeky Scientist Association. Cette société américaine, qui offre une formation en ligne aux universitaires désireux de se réorienter vers une carrière en entreprise, fait état d’un rapport de la Société royale révélant qu’une petite partie seulement des titulaires d’un doctorat scientifique (environ un sur 222 au Royaume-Uni) obtiennent un poste permanent comme professeur. « Autrement dit, de nombreuses personnes extrêmement talentueuses ont besoin d’une solution de rechange », explique Catherine Sorbara.

L’an dernier, celle-ci a été élue à la présidence de l’Association for Women in Science and Engineering (AWISE – Association des femmes en sciences et génie) de Cambridge, qui organise des causeries, des ateliers et des activités de réseautage à l’intention de ses 70 membres. La première activité organisée par la nouvelle présidente a eu pour celle-ci une influence déterminante, puisqu’elle l’a incitée à rallier les rangs de Homeward Bound. Ce mouvement mondial vise à mettre sur pied un réseau de soutien pour les femmes d’influence qui ont une formation scientifique afin de changer les choses. Kelly Haggart, éditrice de Tabaret, a parlé à Catherine Sorbara pour en savoir plus.


Catherine Sorbara:

L’an dernier, dans le cadre d’une activité de l’AWISE de Cambridge, la Française Deborah Pardo, docteure en biologie des populations, donnait une conférence sur son expérience avec Homeward Bound. Cette initiative vise à faire prendre conscience de ce que coûte à la société la sous-représentation des femmes dans des positions de leadership, particulièrement en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM), et à y remédier.

Homeward Bound est la création de l’Australienne Fabian Dattner. Cette activiste éminente, qui milite pour le leadership au féminin, a eu l’ambition de mettre sur pied un réseau de femmes scientifiques, dans le cadre d’un effort général visant, pour la santé de la planète, à augmenter l’influence des femmes dans l’élaboration des politiques et la prise de décisions.

Il est établi que les femmes chefs de file ont tendance, par rapport aux hommes, à faire preuve de plus de compassion et d’empathie, et que leur approche des négociations est en général plus ouverte et plus participative. Ces qualités s’accordent avec les conceptions modernes du « leadership transformateur », une attitude dont le monde a désespérément besoin pour faire cesser les dommages que nous infligeons à la planète.

Homeward Bound postcard shows snow-covered cliffs and the tagline “Mother Nature needs her daughters.”

Le point central de cette entreprise inspirante et ambitieuse comprend une série d’expéditions entièrement féminines en Antarctique. Ces voyages de trois semaines auront lieu chaque année pendant 10 ans. En tout, 1 000 femmes scientifiques y participeront. Comme j’ai été très impressionnée par le récit qu’a fait Deborah du voyage inaugural en décembre 2016, je n’ai pas hésité à lui demander après sa conférence comment je pouvais participer : il ne restait plus que trois jours pour soumettre sa candidature pour le prochain voyage. Je me suis donc empressée de soumettre la mienne, et j’ai été stupéfaite — et ravie — d’apprendre qu’elle avait été retenue.

La première expédition a réuni 76 participantes. La nôtre en aura 80. Nous devons partir d’Ushuaia, à l’extrémité sud de l’Argentine, en février 2018. J’espère que je n’aurai pas le mal de mer! Nous traverserons le détroit de Drake, où l’Atlantique rencontre le Pacifique, un endroit connu comme la zone maritime la plus agitée qui soit. On le surnomme la machine à laver, en raison de la manière dont l’eau vient battre en tournoyant contre les hublots des navires.

People on a ship deck, wearing cold-weather gear, look out toward snow-covered mountains rising from the sea

Mais l’aventure Homeward Bound ne se limite pas au voyage lui-même. Pendant toute l’année qui précède, nous subissons un entraînement dans cinq domaines : développement du leadership, capacité stratégique, visibilité personnelle et communication scientifique, collaboration scientifique et tenue d’un journal de réflexion, lequel doit servir d’outil pour favoriser l’analyse critique et le partage d’idées. Pendant le voyage, nous poursuivrons notre formation dans les mêmes domaines avec des spécialistes présentes à bord et d’autres qui se joindront à nous par vidéoconférence.

En Antarctique, nous témoignerons de l’état des lieux dans une région du globe qui compte déjà parmi les plus durement touchées par le changement climatique. Nous collaborerons également à des projets de recherche de notre choix. L’an dernier, les sujets abordés comprenaient notamment la compensation carbone, la communication scientifique sur le climat et l’influence des femmes sur les politiques en matière de changement climatique.

Two penguins standing on ice

Mes compagnes de voyage sont issues d’horizons très divers et de différentes régions du monde. J’ai pu rencontrer en personne quelques-unes des huit femmes du Royaume-Uni qui feront partie du voyage, et j’ai rencontré toutes les autres, dont deux qui vivent actuellement au Canada, grâce à nos conversations mensuelles par vidéoconférence avec l’ensemble du groupe.

Homeward Bound a été pour moi, jusqu’à présent, une aventure extraordinaire. Toute femme ayant une formation en STIM peut présenter sa candidature pour les voyages futurs, et je les encourage à le faire. Je suis ravie de pouvoir faire partager cette expérience à la communauté de l’Université d’Ottawa ainsi qu’à mes camarades « cheekies », soit toutes les femmes que j’ai rencontrées dans la Cheeky Scientist Association.

A seal lying on its side on the ice

Les femmes titulaires d’un doctorat souffrent souvent du syndrome de l’imposteur. Elles doutent de ce qu’elles sont capables d’accomplir à l’extérieur de leur domaine de spécialité. En participant à Homeward Bound, en compagnie de femmes inspirantes qui font un travail remarquable dans de nombreux domaines, j’ai bon espoir de renforcer et de faire partager ma conviction qu’il n’est rien qu’on ne puisse accomplir pour peu qu’on ait la motivation nécessaire.

Catherine Sorbara était la conférencière d’honneur lors d’une activité à l’intention des diplômés de l’Université d’Ottawa qui a eu lieu à Londres, au Royaume-Uni, le 20 septembre 2017 : « Ce que l’Antarctique peut nous apprendre : une expédition au bout du monde pour lutter contre le changement climatique et les inégalités entre les sexes ».

Les participantes de Homeward Bound doivent financer la moitié du coût de leur voyage en Antarctique, soit environ 20 000 $. Pour en savoir plus sur son voyage, visitez le site de financement de Catherine Sorbara.

Regardez une vidéo sur la première expédition par Deborah Pardo. 

Several people, mostly women, wearing cold-weather gear on a ship deck

Les photos du voyage de Homeward Bound en Antarctique en 2016 sont de Deborah Pardo.

 

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