Courage en zone de danger

Sur un chemin de terre, Peter Wright se tient, souriant, à côté de trois soldats en tenue de combat

« Grâce à son courage, sa sensibilité culturelle et sa vivacité d’esprit, une situation à risque élevé a été désamorcée sans violence ni perte de vie. »

— Citation du gouverneur général à l’occasion de la remise de la décoration pour service méritoire (division civile) à Peter Wright

Par Bryan Demchinsky

La pièce était plongée dans la pénombre. Des soldats armés jusqu’aux dents en occupaient tout l’espace. Lorsque Peter Wright s’est approché pour faire face à leur commandant, quelques gouttes de sueur perlaient à son front.

On était en juin 2012. Alors âgé de 26 ans, M. Wright travaillait dans un camp de réfugiés au Soudan du Sud. C’est là qu’il se trouvait au moment où il a appris que trois membres du personnel des Nations Unies avaient été capturés à un poste de contrôle sud-soudanais. On lui demandait de participer aux recherches.

Sa réaction ne s’est pas fait attendre : il a sauté dans un véhicule avec un de ses collègues, dans le but de localiser au plus vite les trois onusiens disparus, avant qu’ils ne soient emmenés ailleurs et peut-être maltraités.

Conduisant d’un poste de contrôle à un autre, les deux travailleurs humanitaires ont réussi à savoir où se trouvaient les captifs. Une séance de négociations pénibles a suivi. Il en est ressorti que le commandant était disposé à marchander ses prisonniers en échange de quelques batteries pour ses véhicules et d’un trajet d’avion à Djouba, la capitale du pays. Alors qu’ils quittaient les lieux, les sauveteurs et les onusiens reconnaissants ont senti une vague de soulagement les submerger.

Un acte de bravoure récompensé

En dépit de toutes ces émotions, il s’agissait d’une journée de travail ordinaire pour Peter Wright, une parmi les nombreuses qu’il aurait à vivre pendant ses années au sein du Samaritan’s Purse International Relief, une ONG canadienne qui œuvre dans des zones de conflits et de catastrophes.

L’organisme avait établi un hôpital au Soudan du Sud, et s’employait à abriter et à nourrir les réfugiés qui fuyaient la guerre. En 2011, cette dernière avait eu pour conséquence la sécession de la partie sud – majoritairement chrétienne ou animiste – de la République du Soudan, dont le reste de la population était principalement musulmane et arabophone. À cette époque, l’organisme n’offrait pas de formation en matière de réponse à des situations de sauvetage (il le fait aujourd’hui).

Pour son acte de bravoure, Peter Wright s’est vu remettre une décoration pour service méritoire (division civile) des mains de David Johnston, gouverneur général du Canada, avec ces mots à titre de citation : « Grâce à son courage, sa sensibilité culturelle et sa vivacité d’esprit, une situation à risque élevé a été désamorcée sans violence ni perte de vie. »

Quand on est un jeune homme issu de Belleville (Ontario), travailler à l’étranger dans l’humanitaire peut s’avérer être une expérience passionnante. Mais Peter Wright a compris qu’il pouvait faire encore plus.

« Mon expérience dans des pays en conflit m’a fait comprendre que l’aide que nous pouvons apporter dépend des politiques gouvernementales », a-t-il expliqué lors d’une entrevue qui a eu lieu dans les locaux d’Affaires mondiales Canada, sur la promenade Sussex (Ottawa), où il travaille actuellement.

« C’est pourquoi je suis rentré à Ottawa », poursuit-il. « Je voulais faire une maîtrise [en affaires publiques et internationales, ndlr] et c’est ce qui m’a mené à l’Université d’Ottawa. J’ai fait ma demande d’admission depuis ma tente au Soudan du Sud. Je sentais que ce programme me permettrait de comprendre de quelle manière nous nous impliquons dans des pays comme celui-ci. »

Des expériences concrètes

Peter Wright entoure sa femme qui tient leur bébé dans ses bras.

Peter Wright, en compagnie de sa femme et leur petit garçon, le jour de la remise de son diplôme de l’Université d’Ottawa, en octobre 2016.

« Des pays comme celui-ci », c’est, par exemple, le Niger, où M. Wright a fait ses premiers pas dans l’humanitaire. Ou la Turquie, où, dans la région du sud, Samaritan’s Purse vient en aide aux réfugiés qui fuient la Syrie. Ou encore, les Philippines, où le jeune homme a participé aux secours après le passage dévastateur du typhon Haiyan en 2013. C’est à cette occasion qu’il a rencontré sa femme, une Philippine qui collaborait aux efforts.

D’ailleurs, comme M. Wright figurait encore sur le tableau de service de Samaritan’s Purse pendant ses études, il a dû demander une permission spéciale pour faire ses examens deux semaines à l’avance, afin de pouvoir se rendre en mission aux Philippines. Il souligne à quel point la Faculté des sciences sociales favorise la flexibilité et les expériences concrètes au sein de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales (ESAPI), dont il est diplômé.

Pendant ses études, il a été guidé par des professeurs qui possédaient une vaste expérience internationale. L’un de ces mentors était le professeur David Petrasek de l’ESAPI, qui a travaillé pour Amnistie internationale et le Haut-commissariat aux droits de l’homme. « Il m’a aidé à développer ma propre réflexion sur les questions politiques », précise M. Wright. « Il m’a présenté à des gens sur le terrain. Il est vraiment allé au-delà des attentes. »

De son côté, le professeur Petrasek pense que le jeune homme se trouvait tout à fait à sa place dans sa faculté : « Peter apportait son expérience considérable au programme. J’ai vraiment eu du plaisir à superviser ses travaux. »

Des conseils pour démarrer une carrière

M. Wright reconnaît qu’il n’est pas facile pour les jeunes de se frayer un chemin dans le domaine des affaires internationales, surtout s’ils aspirent à un poste au sein du gouvernement. Il leur offre donc ces conseils : faites du bénévolat auprès d’ONG afin d’acquérir de l’expérience, étudiez des langues étrangères et choisissez le bon programme de maîtrise.

Il affirme que l’Université d’Ottawa lui a ouvert un monde de possibilités, notamment par l’intermédiaire du régime coop et des activités de réseautage qui permettent aux étudiants de rencontrer des décideurs politiques. Son expérience coop au sein du ministère de la Défense nationale lui a justement servi de tremplin pour intégrer Affaires mondiales Canada, où il occupe le poste d’agent principal de programme, opérations de paix et de stabilisation.

Aujourd’hui marié et père d’un petit garçon, M. Wright mène une vie moins trépidante que pendant ses années au sein d’ONG. Ce qui ne l’a pas empêché de retourner en Turquie dans le cadre de ses activités professionnelles. « Nous recherchons les organismes qui se distinguent par leur travail et nous leur fournissons des fonds », déclare-t-il.

Et que lui a appris sa propre expérience sur le monde et la place qu’y occupe le Canada? « On constate un fossé qui se creuse de plus en plus, de profondes dissensions et une forte tendance à voir dans "l’autre" le problème. Je pense qu’au Canada, nous avons la possibilité de construire notre propre trajectoire, au lieu de suivre celle du rejet de l’autre, au lieu d’être une nation qui n’accueille pas. Nous sommes tout le contraire. »

Photo principale :
Région du Haut-Nil, Soudan du Sud : Peter Wright à côté du commandant de l’Armée populaire de libération du Soudan, avec lequel il avait négocié la libération de trois onusiens quelques mois auparavant.

Peter Wright, arborant une médaille sur le revers de son costume, serre la main de David Johnston, gouverneur général du Canada

Le 25 novembre 2016, Peter Wright a reçu des mains de David Johnston, gouverneur général du Canada, une médaille pour son acte de bravoure. Photo : Sgt Johanie Maheu/Rideau Hall

 

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