Éveiller les jeunes à la nature

« Dès que les jeunes sortent dans la nature, loin des routines, ils deviennent curieux, leur sens de l’observation s’aiguise et ils s’éveillent aux possibilités. »

— Lisa Glithero

Par Michelle Hibler

Quand le brise-glace de l’expédition Canada C3 larguera les amarres à Toronto, en juin, pour voguer vers le passage du Nord-Ouest jusqu’à Victoria, la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa sera la première à souhaiter bon succès à l’expédition. En effet, la Faculté sera représentée à bord, en la personne de la professeure Lisa Glithero (Ph.D. 2015), responsable du volet éducatif de cette initiative.

Organisé par Students on Ice, un programme d’apprentissage expérientiel sur les régions polaires, le projet phare Canada C3 – Coast to Coast to Coast (D’un océan à l’autre) vise à rendre hommage au 150e anniversaire du Canada en 2017. Ce n’est là que la plus récente aventure vécue par Lisa Glithero au cours d’une carrière consacrée à l’éveil des jeunes au monde de la nature.

La professeure a la nature dans le sang : « L’année de mes huit ans, mes parents nous ont déposés, mon frère et moi, à un camp d’été. Mon frère leur a téléphoné le surlendemain parce qu’il voulait rentrer à la maison. J’y suis restée 20 ans et je suis devenue administratrice. »

Ce qu’elle aimait du camp d’été est ce qui la motive encore aujourd’hui : la vie communautaire et la nature. « Le sentiment de vivre en communauté avec les gens, immergée dans la nature… c’est là que le monde a le plus de sens pour moi, que j’ai la sensation d’être vivante comme nulle part ailleurs. »

Et c’est de là que vient sa carrière comme professeure. « C’est par la même lentille qu’on considère l’éducation et qu’on envisage notre place dans le monde », constate-t-elle.

L’éducation sans frontières

La carrière de Lisa Glithero l’a amenée du Népal à Bella Bella, en Colombie-Britannique, puis à l’Université d’Ottawa, mais il y a toujours eu une constante. « Peu importe où j’ai enseigné, à l’école primaire ou secondaire, et maintenant en formation à l’enseignement, il ne se passe pas une semaine sans que j’emmène une classe dehors. Dès que les jeunes sortent dans la nature, loin des routines, ils deviennent curieux, leur sens de l’observation s’aiguise et ils s’éveillent aux possibilités. »

Dans un Zodiac, Lisa Glithero oriente le regard de ses étudiants vers des oiseaux nichés sur une falaise dans le Grand Nord canadien. Photo : Trevor Lush

Elle admet que son parti pris pour l’apprentissage expérientiel sur le terrain a parfois fait d’elle un mouton noir : « Après un certain temps, j’ai compris qu’il fallait que je quitte l’école publique pour poursuivre un type d’apprentissage et d’enseignement dans un milieu où les obstacles sont moins nombreux. »

L’occasion s’est présentée en 2003, lorsqu’elle a entendu une entrevue avec le fondateur de Students on Ice, Geoff Green. Deux mois plus tard, elle s’est retrouvée sur un navire mettant le cap sur l’Antarctique. Encore quelques mois, et elle devenait la directrice de l’éducation de cet organisme, un poste qu’elle a occupé de 2004 à 2008.

« Si des étudiants se retrouvent dans des lieux qui restent parmi les plus sauvages sur Terre, la perspective qu’ils obtiennent par rapport à leur quotidien ne peut être que transformatrice, explique-t-elle. On se défait de bien des couches de vie urbaine, et on arrive à se poser des questions qui sont, pour moi, le fondement même de l’éducation : Quelle est ma relation avec moi-même, avec ma famille et mes pairs? Quelle est ma relation avec ma collectivité et avec la nature? »

« Je pense que quand une jeune personne commence à explorer l’essence de ces relations, elle se crée un sentiment d’identité et d’appartenance qui devient une plateforme pour choisir l’orientation que prendra sa vie. »

« C’est par cette expérience que je voulais revenir à l’enseignement public, ajoute-t-elle. Comment produire plus souvent des expériences de ce genre, avec le même type d’impact et de qualité? »

Lisa Glithero, à droite, anime un groupe de discussion à l’Ottawa Forest and Nature School. Photo : Jennifer Rottman

Une co-éducatrice : la nature

Cette quête est l’essence même des recherches menées par Lisa Glithero. À titre de chef d’un projet pluriannuel de recherche collaborative entre l’Université, le Conseil scolaire de district d’Ottawa-Carleton et la Child and Nature Alliance of Canada, elle étudie les effets de l’apprentissage au contact de la nature chez les élèves du primaire.

Ce projet pilote, qui en est à sa troisième année, emmène des classes à l’Ottawa Forest and Nature School une journée par semaine pendant six semaines. Les enseignants participants observent une amélioration de la réussite et de l’engagement des élèves et une augmentation de leur niveau d’énergie et d’estime de soi, tandis que leur degré d’anxiété diminue.

Les élèves ont également de meilleures relations réciproques, parce qu’ils vivent une expérience ensemble, même si elle consiste à s’émerveiller à la vue d’un porc-épic mort. « L’expérience commune devient le fondement d’où part l’apprentissage approfondi », soutient la professeure Glithero.

Toutes ses expériences et sa passion culminent dans le périple épique de 150 jours de Canada C3 : « Les voyages transcendent les cultures, et ce voyage-ci a pour but de créer des liens entre les Canadiens. »

Les enseignants et les élèves de partout au Canada seront du voyage grâce à la Classe numérique Canada C3, qui proposera des modules d’apprentissage liés au curriculum de toutes les années scolaires. Tous les enseignants du pays sont invités à contribuer à ce volet du projet.

« Nous avons aussi établi un partenariat de 13 facultés d’éducation afin d’élaborer des modules d’apprentissage axés sur les thèmes de Canada 150 : la diversité et l’inclusion, la réconciliation, la mobilisation des jeunes et l’environnement », précise Lisa Glithero. Le lancement de la Classe numérique aura lieu au début de 2017.

« J’aime bien avoir un pied dans chaque monde : à l’université et dans la collectivité, dit-elle. Les travaux de recherche appliquée (dans la collectivité et à l’échelle nationale) favorisent le prolongement de l’éducation au-delà de la salle de classe. »

Les participants de Students on Ice en randonnée sur la calotte glaciaire du Groenland. Photo : Lee Narraway

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Lisa Glithero, en août 2016, traverse le détroit de Davis entre l’Arctique canadien et le Groenland. Photo : Lee Narraway

Visionnez la vidéo de Canada C3.

Durant le Bal de Neige (3 au 20 février), visitez l’exposition Canada C3 au Parc de la Confédération d'Ottawa, les fins de semaines et le jour de la Famille, de 10 h à 17 h.

 

Dans le fjord d’Itelliq, au Groenland, les participants à Students on Ice prennent part à des cercles de partage et de réflexion afin de commencer à transposer leur expérience dans leur vie de tous les jours. Photo : Lee Narraway

 

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