Harley Finkelstein de Shopify répond à 5 questions sur l’avenir de l’emploi

Harley Finkelstein

« Un jour, en vérifiant mes courriels après mon cours de droit fiscal à l’Université d’Ottawa, j’ai constaté que j’avais vendu pour à peu près 3 000 $ de tee-shirts sous licence pendant le cours. Je me souviens de m’être dit : “Wow! Je suis tout juste un adulte, j’ai 21 ans et je concurrence les plus grands détaillants de la planète.” Je trouvais que cette technologie avait un pouvoir incroyablement démocratisant, qu’elle allait rendre l’entrepreneuriat accessible à tous. »

- Harley Finkelstein

Par Mike Foster

Vous craignez que l’intelligence artificielle et l’automatisation rendent archaïque votre diplôme durement acquis? Il est peut-être temps de libérer l’entrepreneur en vous et d’utiliser l’intelligence artificielle pour doter votre carrière de superpouvoirs, dixit Harley Finkelstein, chef de l’exploitation chez Shopify, une importante plateforme de commerce infonuagique qui a connu une croissance explosive.

Avocat et entrepreneur, Harley Finkelstein (LL.B. et MBA 2009) a démarré sa première entreprise à 17 ans; il vendait des tee-shirts. Après son arrivée à Ottawa en 2005, il a commencé à participer à des rencontres d’entrepreneurs qui partageaient des points de vue similaires. Parmi eux se trouvait Tobias Lütke, qui allait bientôt comprendre que le logiciel à la base de sa cyberboutique de planches à neige avait un énorme potentiel : il a par la suite cofondé Shopify. Harley Finkelstein fut l’un de ses premiers clients, utilisant la plateforme pour vendre en ligne des tee-shirts sous licence. En 2010, après avoir obtenu son diplôme bidisciplinaire en droit et en administration des affaires à l’Université d’Ottawa, il a été embauché chez Shopify à titre de principal responsable de plateforme. Aujourd’hui, outre ses fonctions de chef de l’exploitation chez Shopify, il cherche des investissements prometteurs dans de jeunes entreprises de technologie en tant que conseiller auprès de Felicis Ventures et d’OMERS Ventures. Il siège également au conseil d’administration de la CBC et, en 2017, il a été nommé Ange investisseur de l’année et choisi parmi les 40 Canadiens performants de moins de 40 ans.

Témoin clé des changements révolutionnaires que la numérisation a apportés en milieu de travail, Harley Finkelstein nous fera part de ses réflexions au prochain débat du chancelier, qui a pour thème « L’avenir de l’emploi : quelle sera l’influence de l’automatisation, de l’intelligence artificielle et des tendances en technologie sur les emplois de demain? » Nous lui avons posé cinq questions à ce sujet.

Selon un récent rapport du département américain du Travail, 65 % des écoliers d’aujourd’hui occuperont des emplois qui n’existent pas encore. Dans ce contexte, quelle est votre vision de l’avenir de l’emploi?

La commercialisation des passe-temps est un secteur qui, selon moi, connaîtra une croissance explosive. Beaucoup de nos parents et grands-parents avaient des passe-temps, comme la fabrication de jouets, la menuiserie ou la musique. Mais aucun d’entre eux ne sentait qu’ils pouvaient en faire leur travail à plein temps. Aujourd’hui, la technologie le permet. Nous nous éloignerons de cette idée d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, deux notions jugées distinctes, pour passer à cette idée d’harmonie entre les deux, suivant laquelle vous remplissez votre vie d’activités qui vous passionnent et qui vous permettent aussi de payer vos comptes.

Que pensez-vous des impacts de l’intelligence artificielle et de l’automatisation?

Je pense que l’intelligence artificielle nous donnera des superpouvoirs dans quasiment toutes les professions. Nous y sommes presque. Un avocat peut effectuer des recherches, mais l’intelligence artificielle peut en faire de meilleures, plus rapidement et avec plus de précision. Il y aura toujours des emplois pour les avocats, car la capacité de négocier, d’argumenter et de penser de façon critique est innée chez les êtres humains. Mais imaginez que chaque avocat dispose d’un outil d’intelligence artificielle, comme Ross Intelligence, qui permet d’accélérer les recherches pour établir une jurisprudence. L’intelligence artificielle fournira à presque n’importe qui des outils que seules les entreprises les plus grandes et les plus riches pourvues des plus grosses équipes pouvaient se permettre.

Naît-on avec l’esprit d’entreprise ou est-ce quelque chose qui s’acquiert?

Nous naissons tous avec le désir de réussir, mais personne ne naît entrepreneur. L’esprit d’entreprise, c’est de l’ambition convertie en capacité de créer de la valeur. Il est plus facile d’explorer de nouvelles choses quand on est étudiant qu’à d’autres moments. Si vous voulez devenir auteur, créez un blogue pendant que vous êtes aux études; si vous pensez que l’entrepreneuriat pourrait vous plaire, démarrez une petite entreprise. Pour ma part, j’ai choisi de tirer parti de mon environnement d’apprentissage : mes professeurs étaient mon conseil d’administration et mes conseillers, mes camarades de classe étaient mes testeurs bêta, et les pavillons de l’Université étaient mes bureaux.

Quelles tendances technologiques observe-t-on en ce moment dans le secteur du commerce électronique?

La personnalisation est importante. De plus en plus, l’expérience d’achat en ligne — que ce soit par l’entremise d’une cyberboutique, d’Instagram ou de Pinterest — deviendra propre à chaque consommateur. Une autre grande tendance est celle de la réalité augmentée, c’est-à-dire la capacité de voir à quoi ressemblera le produit dans votre propre maison en utilisant votre téléphone mobile. Imaginez que vous n’avez plus besoin d’aller chez le tailleur, qu’avec votre téléphone et un miroir, vous pouvez tout faire ajuster à votre taille. Nous sommes déjà en train de l’expérimenter chez Shopify.

Que peuvent faire les étudiants et les nouveaux diplômés pour assurer leur avenir professionnel dans un marché du travail que les progrès technologiques transforment à la vitesse grand V?

J’ai toujours perçu l’éducation comme un ensemble de compétences et d’outils, et non comme un moyen de m’acheter un emploi. Je pense qu’il incombe aux étudiants, aux nouveaux diplômés et à quiconque en 2018 de savoir ce qu’ils attendent de la vie à long terme. Ils devraient se connaître eux-mêmes au point de savoir ce qui les stimule. Aujourd’hui, les gens veulent être les artisans de leur propre rêve, ils veulent trouver leur mission de vie. Aussi, je pense que la programmation informatique deviendra le langage universel.

À quoi ressembleront les emplois en 2040? Pour le savoir, ne manquez pas la conversation entre Harley Finkelstein et le chancelier de l’Université d’Ottawa, Calin Rovinescu, le 29 mars à 17 h 30. Elle sera diffusée en direct sur la page Facebook de l’Université d’Ottawa.

Harley Finkelstein

Harley Finkelstein lors de la conférence Unite de Shopify en 2017. Photo : avec l’aimable autorisation de Shopify.

 

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