LE PROFESSEUR D’ÉTUDES ANCIENNES Geoffrey
Greatrex avoue candidement qu’à l’âge
de 10 ans il a senti grandir en lui un intérêt
pour les temps anciens en lisant la populaire série
Astérix, qui continue d’offrir aux enfants
de tous âges une perspective unique sur la Gaule du
premier siècle avant J.-C. Il faut dire aussi qu’à
cette époque, il maîtrisait la langue de ces
textes et savait lire et écrire en latin et en grec.
C’est précisément le fait qu’on
puisse aborder l’étude de la civilisation classique
sous tellement d’angles — depuis de légères
anecdotes populaires à d’austères ouvrages
d’érudition — qui continue de l’intéresser.
Le domaine n’est rien de moins qu’un recueil sur
l’apprentissage de l’humanité à
travers les temps.
« On entend beaucoup parler de la multidisciplinarité
en ce moment, or les études classiques sont de façon
intrinsèque multidisciplinaires, affirme monsieur Greatrex.
Il faut connaître les langues, la littérature,
l’histoire et la philosophie de tous ces domaines. Et
si vous désirez aller plus au fond des choses, vous
avez intérêt à connaître la papyrologie,
la numismatique, l’archéologie et d’autres
disciplines encore. »
Le fait qu’il existe peu de documents originaux que
l’on puisse consulter pour ce travail a tout autant
d’attrait pour lui, bien que de nouvelles découvertes,
archéologiques plus particulièrement, continuent
d’alimenter nos connaissances du vieux monde. Même
s’il est possible aujourd’hui de lire tout ce
qu’ont écrit les anciens — en tout cas,
tout ce qui leur a survécu —, M. Greatrex
considère que cette manifeste limitation des ressources
a quelque chose de libérateur.
« Vous pouvez lire tout ce qu’il y a à
lire, dit-il, toutes les références principales
sont à votre disposition. Vous pouvez consulter ces
documents et tirer vos propres conclusions, qui seront par
ailleurs aussi valides que l’interprétation qu’en
aura faite n’importe quelle autre personne. »
Si le corps du sujet est bien circonscrit, la recherche, elle,
est loin d’être épuisée. Une des
plus récentes sources d’intérêt
pour les travaux de M. Greatrex lui a été
inspirée de nouveau par un écrit plus populaire
cette fois, un roman décrivant les aventures d’un
général romain du sixième siècle.
L’histoire du Count Belisarius racontée
par Robert Graves, auteur de l’ouvrage très
acclamé I, Claudius, est tirée en grande
partie des écrits de Procopius, qui a vécu durant
cette période, et fourni des témoignages personnels
d’événements qui ont eu lieu dans la région
qu’on appelle aujourd’hui le Moyen-Orient.
En approfondissant davantage le travail de Procopius, Geoffrey Greatrex
a formulé des observations sur cette époque
qui s’avèrent beaucoup plus accessibles pour
les professeurs d’études classiques. Il a plus
particulièrement une fascination pour la dynamique
complexe entre l’empire romain qui s’étiolait
et le toujours puissant empire perse. L’an dernier,
en collaboration avec Sam Lieu de la Macquarie University
à Sydney, en Australie, il a publié un ouvrage
sur les résultats de ses recherches, The Roman Eastern
Frontier and the Persian Wars, A.D. 363–630 (London :
Routledge, 2002).
Le processus qui sous-tend pareilles réflexions est
l’essence même de l’enseignement classique,
que beaucoup d’étudiants et d’enseignants
considèrent encore comme la pierre angulaire de toute
formation dans le domaine des arts, sinon de l’acquisition
de connaissances au sens plus large du terme. Comme tous ses
collègues du Département, M. Greatrex donne
cinq à six cours par an, quelquefois à une poignée
d’étudiants seulement. Cette atmosphère
intimiste est selon lui le fondement d’une riche expérience
intellectuelle qui met en place les conditions nécessaires
à l’exercice de la quasi majorité des
professions ou de l’éducation continue.
« On estime aujourd’hui que les gens devront
se recycler environ sept fois au cours d’une vie professionnelle
moyenne », dit-il. Beaucoup d’étudiants
diplômés en études classiques qu’il
connaît se sont trouvé du travail dans des domaines
variés et aux antipodes du monde ancien comme le droit,
la comptabilité et la haute finance.
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