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Perspectives sur la recherche


 

PRINTEMPS 2003 — Volume 6, no 2

Dans ce numéro

Savoir composer avec les différentes étapes de la mort | Un goût pour le passé
400 ans de présence française en Ontario (et au Canada) sur le Web
Michael Geist : D’un éclair de génie au palmarès des « Top 40 » | Publications | Personnes-ressources



Un goût pour le passé

par Tim Lougheed

Un professeur d’études anciennes troque la bande dessinée et les romans contre des données brutes sur l’antiquité.
Dara (Turkey) north-east wall and tower, 6th century A.D. Zenobia (Syria) praetorium (command post) viewed from the north, 6th century A.D.
EN HAUT, À DROITE Zenobia (Syrie) praetorium (poste de commandement) vu du nord, 6siècle apr. J.-C.

EN HAUT Dara (Turquie) mur et tour du nord-est, 6siècle apr. J.-C.

À DROITE Apamea (Syrie) G. Greatrex au musée; citadelle en arrière-plan.
Apamea (Syria) G. Greatrex at the museum; citadel in the background.


LE PROFESSEUR D’ÉTUDES ANCIENNES
Geoffrey Greatrex avoue candidement qu’à l’âge de 10 ans il a senti grandir en lui un intérêt pour les temps anciens en lisant la populaire série Astérix, qui continue d’offrir aux enfants de tous âges une perspective unique sur la Gaule du premier siècle avant J.-C. Il faut dire aussi qu’à cette époque, il maîtrisait la langue de ces textes et savait lire et écrire en latin et en grec.

C’est précisément le fait qu’on puisse aborder l’étude de la civilisation classique sous tellement d’angles — depuis de légères anecdotes populaires à d’austères ouvrages d’érudition — qui continue de l’intéresser. Le domaine n’est rien de moins qu’un recueil sur l’apprentissage de l’humanité à travers les temps.

« On entend beaucoup parler de la multidisciplinarité en ce moment, or les études classiques sont de façon intrinsèque multidisciplinaires, affirme monsieur Greatrex. Il faut connaître les langues, la littérature, l’histoire et la philosophie de tous ces domaines. Et si vous désirez aller plus au fond des choses, vous avez intérêt à connaître la papyrologie, la numismatique, l’archéologie et d’autres disciplines encore. »

Le fait qu’il existe peu de documents originaux que l’on puisse consulter pour ce travail a tout autant d’attrait pour lui, bien que de nouvelles découvertes, archéologiques plus particulièrement, continuent d’alimenter nos connaissances du vieux monde. Même s’il est possible aujourd’hui de lire tout ce qu’ont écrit les anciens — en tout cas, tout ce qui leur a survécu —, M. Greatrex considère que cette manifeste limitation des ressources a quelque chose de libérateur.

« Vous pouvez lire tout ce qu’il y a à lire, dit-il, toutes les références principales sont à votre disposition. Vous pouvez consulter ces documents et tirer vos propres conclusions, qui seront par ailleurs aussi valides que l’interprétation qu’en aura faite n’importe quelle autre personne. »

Si le corps du sujet est bien circonscrit, la recherche, elle, est loin d’être épuisée. Une des plus récentes sources d’intérêt pour les travaux de M. Greatrex lui a été inspirée de nouveau par un écrit plus populaire cette fois, un roman décrivant les aventures d’un général romain du sixième siècle. L’histoire du Count Belisarius racontée par Robert Graves, auteur de l’ouvrage très acclamé I, Claudius, est tirée en grande partie des écrits de Procopius, qui a vécu durant cette période, et fourni des témoignages personnels d’événements qui ont eu lieu dans la région qu’on appelle aujourd’hui le Moyen-Orient.

En approfondissant davantage le travail de Procopius, Geoffrey Greatrex a formulé des observations sur cette époque qui s’avèrent beaucoup plus accessibles pour les professeurs d’études classiques. Il a plus particulièrement une fascination pour la dynamique complexe entre l’empire romain qui s’étiolait et le toujours puissant empire perse. L’an dernier, en collaboration avec Sam Lieu de la Macquarie University à Sydney, en Australie, il a publié un ouvrage sur les résultats de ses recherches, The Roman Eastern Frontier and the Persian Wars, A.D. 363–630 (London : Routledge, 2002).

Le processus qui sous-tend pareilles réflexions est l’essence même de l’enseignement classique, que beaucoup d’étudiants et d’enseignants considèrent encore comme la pierre angulaire de toute formation dans le domaine des arts, sinon de l’acquisition de connaissances au sens plus large du terme. Comme tous ses collègues du Département, M. Greatrex donne cinq à six cours par an, quelquefois à une poignée d’étudiants seulement. Cette atmosphère intimiste est selon lui le fondement d’une riche expérience intellectuelle qui met en place les conditions nécessaires à l’exercice de la quasi majorité des professions ou de l’éducation continue.

« On estime aujourd’hui que les gens devront se recycler environ sept fois au cours d’une vie professionnelle moyenne », dit-il. Beaucoup d’étudiants diplômés en études classiques qu’il connaît se sont trouvé du travail dans des domaines variés et aux antipodes du monde ancien comme le droit, la comptabilité et la haute finance.


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