À propos de ce site

Bienvenue au Compendium de l’aménagement linguistique au Canada (CALC). Ce site s’adresse à un large public. Les chercheurs, les décideurs du secteur public et privé et le grand public y trouveront des renseignements pertinents.

Le CALC a une double origine. D’une part, il intègre le Site de l’aménagement linguistique au Canada (SALIC), crée par professeur Jacques Leclerc pour le compte du gouvernement fédéral. Ce site a été transféré à l’Université d’Ottawa en 2011 et certaines de ses parties, encore actuelles, ont été incorporées au CALC. D’autre part, il intègre aussi le site du Programme d’appui aux droits linguistiques (PADL) du gouvernement fédéral qui a été fermé en 2016, laissant une grande quantité d’informations juridiques utiles. Ces informations ont, elles aussi, été transférées au CALC.

Le CALC constitue un projet du Groupe de recherche interdisciplinaire en gestion des langues (GRIGL). Certains des membres du Groupe, ainsi que des étudiants-assistants, ont contribué au contenu du site. Celui-ci répond à l'appel lancé en 2011 par le Professeur Stacy Churchill et présente 'l’école canadienne' d’aménagement linguistique, surtout par rapport aux deux langues officielles du Canada : le français et l’anglais. C'est avec plaisir que nous vous invitons à explorer chacune des sections du CALC.

Le site a été mis en ligne en septembre 2017 et certaines sections sont encore en chantier. Nous vous remercions donc pour votre patience et vous encourageons à faire des commentaires et à rapporter les erreurs que vous aurez constatées. N’hésitez pas à contacter l’éditrice du CALC, Monika Jezak (mjezak@uottawa.ca) pour toute information concernant le site en général et les auteurs des sections pour toute information relative à leur contenu.

Dernière mise à jour : janvier 2018

Plan du site

La page d’accueil où vous vous trouvez présente un aperçu de la situation géopolitique du Canada : quelques renseignements fondamentaux et des notions de base de la fédération canadienne qui permettent de comprendre ce qu'est le Canada en tant que réalité géographique, juridique, administrative et démographique. Vous y trouverez également l’information pertinente pour utiliser et citer le CALC.

La section Fondements politiques et institutionnels de l’aménagement linguistique au Canada, créée par la Professeure Linda Cardinal, permet de comprendre les concepts politiques de régime linguistique et de fédéralisme. Elle présente également les éléments constitutifs de la politique linguistique canadienne.

La section Histoire linguistique du Canada a été écrite par le Professeur Jacques Leclerc. C’est une section volumineuse qui fournit une multitude d’informations au sujet des langues au Canada depuis les premières langues parlées par les populations autochtones, en passant par l'introduction du français et de l'anglais. Elle trace, par la suite, les rivalités franco-britanniques qui ont posé les jalons du statut des langues et ont contribué à la formation du Canada moderne. Cette section explique comment, progressivement, la démographie se modifia jusqu'à ce que le pays devienne majoritairement de langue anglaise, notamment après la Révolution américaine et l'arrivée des loyalistes, et suite à l'arrivée de centaines de milliers d'immigrants aux 19e et 20e siècles. Enfin, elle traite de l'introduction du bilinguisme officiel au Canada en 1969 et de l'avènement de la Charte des droits et libertés en 1982 qui ont entraîné des progrès considérables en matière de protection des droits linguistiques et en matière d'égalité des deux langues officielles. Cette section comprend également un inventaire de documents historiques et une bibliographie exhaustive. Elle couvre l’histoire de la gestion des langues depuis les origines du Canada jusqu’à l’aube du 21e siècle.

La section Cadre législatif et jugements, dont l’auteur est le Professeur Pierre Foucher, explique de quelle façon la compétence de légiférer en matière de langue est partagée entre les différents paliers du gouvernement (fédéral et provinciaux/territoriaux). Vous y trouverez également de nombreux hyperliens vers les lois constitutionnelles, fédérales et provinciales/territoriales, ainsi que vers les jugements-clés qui façonnent l’aménagement linguistique canadien.

La section Droits linguistiques provient de l’ancien site du PADL, tel qu’expliqué antérieurement. Cette section est complémentaire au Cadre législatif dans la mesure où elle traite également des aspects juridiques de l’aménagement linguistique au Canada. Elle prend toutefois un angle pédagogique, plutôt que scientifique et légal. On y explique les droits et mesures de protection à l’intention des membres de minorités de langue officielle, que ce soit dans le domaine des communications et services, dans le domaine judiciaire et législatif, ou en éducation. On y trouve, entre autres, des études d’impact, des analyses de cas particuliers, des ressources pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire et des fiches pédagogiques pour les écoles secondaires.

La section Statistiques démolinguistiques a été écrite par Jean-Pierre Corbeil et Alejandro Paez Silva de Statistique Canada dans le but de guider le lecteur à travers la quarantaine d’enquêtes linguistiques menées depuis 1901 (date du premier recensement incluant les questions linguistiques) par Statistique Canada. Plus particulièrement, cette section présente 1) l’histoire, le développement et la conceptualisation des variables linguistiques actuellement utilisées par Statistique Canada; 2) les différentes sources de données disponibles et leurs différentes caractéristiques; et 3) quelques-unes des publications et des tableaux de données les plus pertinents, que ce soit par des hyperliens ou par des documents PDF.

L'auteur de la section Gouvernance est Carsten Quell, directeur, Législation et politiques, au Centre d’excellence en langues officielles du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Cette section rend compte de la diversité des modèles de gouvernance linguistique dans 14 juridictions canadiennes (un niveau fédéral, trois territoires et dix provinces).

La dernière section, Perspective internationale, permet de placer le modèle canadien d’aménagement linguistique sur la scène internationale. Créée par Professeur Jacques Leclerc, auteur du site web Aménagement linguistique dans le monde (en français seulement), cette section permet de voir en quoi le Canada se compare et se distingue-t-il de certains autres pays officiellement multilingues, notamment en matière de droits individuels, de droits territoriaux et de droits collectifs. 

Comment nous citer?

Autorisations

Les renseignements du CALC sont offerts gratuitement au public. Ils peuvent être reproduits intégralement ou partiellement pourvu que l'utilisateur s'assure de les reproduire fidèlement et respecte les consignes ci-dessous.

  1. Afin de citer les renseignements du CALC, veuillez fournir l’information suivante : le nom de l’auteur de la section, le titre de la section, le nom de l’éditrice, le nom du site, la date à laquelle le site a été accédé.
  2. Afin d’utiliser des textes produits par les auteurs du CALC en vue d'une publication, veuillez l'indiquer par une note comme celle-ci : Le texte utilisé provient de la section (nom de la section) produite par (auteur(s) de la section) et diffusée sur le site www.uottawa.ca/calc édité par la Professeure M. Jezak. Le site a été consulté le (date de consultation). Prière de nous informer de cette publication par courriel à ilob@uOttawa.ca
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Mise en garde

Les opinions sont celles des auteurs du site. L’Université d’Ottawa et le gouvernement du Canada ne garantissent pas le contenu, l’exactitude ou la fiabilité des renseignements en ligne. Ils ne sont pas responsables du contenu, de l’exactitude ou de la fiabilité des sites hyperliés externes.

Propriétaire

Le prédécesseur du CALC, le Site de l'aménagement linguistique au Canada (SALIC) a été créé par le Professeur Jacques Leclerc pour le compte du gouvernement fédéral. Le ministère du Patrimoine canadien l’a remis en 2011 à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l’Université d’Ottawa. Le CALC est une version mise à jour et bonifiée du SALIC et est présentement hébergé par le Groupe de recherche en aménagement linguistique à l’Université d’Ottawa.

Situation géopolitique du Canada

Le Canada en un coup d’œil
Devise nationale : « A mari usque ad mare »
(D'un océan à l'autre)
Langues officielles anglais et français
Capitale Ottawa
Chef de l'État Élisabeth II
Gouverneure-générale Julie Payette
Premier ministre Justin Trudeau
Superficie 9 976 140 km²
Taux d'alphabétisation 99 %
Espérance de vie 82.14 ans (2015, source Banque mondiale)
Monnaie Dollar canadien
Hymne national « Ô Canada »
Domaine Internet *.ca
Superficie du pays

Le Canada est le deuxième pays au monde par sa superficie (9 976 140 km²), derrière la Russie (17 millions de km²). Il s'étend sur 6500 km d'est en ouest, du 52e au 141e degré de longitude, et sur 5000 km du nord au sud, du 84e degré de latitude (cap Columbia, île d'Ellesmere) au 42e (Ontario). Par exemple, le Canada a une étendue 18 fois supérieure à celle de la France et 40 fois celle de la Grande-Bretagne.

1 Russie 17 075 400 km²
2 Canada 9 976 140 km²
3 États-Unis 9 629 091 km²
4 Chine 9 596 960 km²
5 Brésil 8 511 965 km²
6 Australie 7 686 850 km²
7 Inde 3 287 590 km²
8 Argentine 2 766 890 km²
9 Kazakhstan 2 727 300 km²
10 Algérie 2 381 741 km²

 

Régions, provinces et territoires

Le Canada est formée de cinq régions géographiques distinctes : la région de l'Atlantique (appelée aussi les Maritimes), la région du Centre, les Prairies, la Côte-Ouest, le Grand-Nord. Ces appellations n'ont pas de valeurs juridiques.

Régions du Canada

Jacques Leclerc 2018

Les Maritimes sont formées par les provinces de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve et de l'Île-du-Prince-Édouard. L'Ontario et le Québec forment la région du Centre, dans laquelle vit plus de la moitié de la population canadienne (Grands Lacs et vallée du Saint-Laurent). Les Prairies forment de vastes plaines s'étendant dans tout le sud des provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta. Située en bordure de l'océan Pacifique, la Colombie-Britannique forme la Côte-Ouest. On utilise aussi l'expression « provinces de l'Ouest » pour englober les Prairies et la Colombie-Britannique. Enfin, le Grand-Nord compte trois territoires : le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. Au total, on dénombre au Canada 10 provinces et trois territoires.

Région Province/territoire Capitale
Maritimes Terre-Neuve-et-Labrador St. John's
Île-du-Prince-Édouard Charlottetown
Nouvelle-Écosse Halifax
Nouveau-Brunswick Fredericton
Centre Québec Québec
Ontario Toronto
Prairies Manitoba Winnipeg
Saskatchewan Regina
Alberta Edmonton
Côte-Ouest Colombie-Britannique Victoria
Grand-Nord Nunavut Iqaluit
Territoires du Nord-Ouest Yellowknife
Territoire du Yukon Whitehorse
Fédération canadienne et ses provinces
Un État fédéral

Le Canada est un État fédéral (appelé « Confédération canadienne ») subdivisé en dix provinces et trois territoires fédéraux :

Entités fédérées Superficie Statut Capitale Entrée dans la Confédération
Alberta 661 188 km² Province Edmonton 1er septembre 1905
Colombie-Britannique 947 800 km² Province Victoria 20 juillet 1871
Île-du-Prince-Édouard 5 657 km² Province Charlottetown 1er juillet 1873
Manitoba 650 000 km² Province Winnipeg 15 juillet 1870
Nouveau-Brunswick 73 437km² Province Fredericton 1er  juillet 1867
Nouvelle-Écosse 54 565 km² Province Halifax 1er juillet 1867
Ontario 1 068 630 km² Province Toronto 1er juillet 1867
Québec 1 667 926 km² Province Québec 1er juillet 1867
Saskatchewan 651 903 km² Province Regina 1er septembre 1905
Terre-Neuve-et-Labrador 402 346 km² Province Saint John's 1er avril 1949
Nunavut 1 994 000 km² Territoire Iqaluit 1er avril 1999
Territoires du Nord-Ouest 1 171 918 km² Territoire Yellowknife 15 juillet 1870
Yukon 530 000 km² Territoire Whitehorse 13 juin 1898
La terminologie utilisée

Depuis 1867, on a souvent appelé le Canada, dans sa dénomination longue, la Confédération canadienne. Or, officiellement, le Canada de 1867 avait plutôt choisi l'appellation de Dominion du Canada en parlant de l'« Union fédérale », mais l'expression a fini par tomber en désuétude. Puis le mot confédération s'est perpétué jusqu'à nos jours pour désigner le pays. Il n'en demeure pas moins que ce terme de confédération n'a aucune valeur officielle ou juridique: on ne le trouve pas dans la Constitution canadienne de 1867.

Au Canada, le conflit terminologique provient du fait que, pour deux colonies, il s'agissait d'une confédération et pour les autres d'une fédération. Le Haut-Canada et le Bas-Canada ont en effet participé en 1841 à la création d'une véritable confédération(comme les États américains l'avaient fait). Pour les autres provinces qui, en 1867, ont été constituées par le pouvoir central, il s'agissait donc d'une fédération. Cela dit, en 1867, l'Ontario et le Québec étaient redevenues des provinces distinctes lorsqu'elles s'unirent à la Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick pour former une « Union fédérale », le Dominion du Canada, comme le proclame la Constitution de 1867.

Pour simplifier la complexité terminologique, on peut dire que le Dominion du Canada fut formé le 1er juillet 1867 avec la confédération de quatre provinces fondatrices (Ontario, Québec, Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick) de l'Amérique du Nord britannique pour former une Union fédérale. Il faut dire qu'au XIXe siècle, les termes  fédération et confédération étaient généralement employés comme synonymes. Sont venus s'ajouter, lors des décennies suivantes, d'autres provinces : le Manitoba (1870), la Colombie-Britannique (1871), l'Île-du-Prince-Édouard (1873), l'Alberta et la Saskatchewan (1905), puis Terre-Neuve (1949).

En droit, le Canada n'est pas une confédération, mais une fédération, alors que les États-Unis sont une confédération et non une fédération. La distinction réside dans l'organisme ayant donné naissance au gouvernement central qui est parfois appelé fédéral, et ce, même dans une confédération. Aux États-Unis, les États étaient des entités politico-juridiques et ils ont élaboré une constitution prévoyant un gouvernement central. Techniquement, une fédération est régie par un gouvernement fédéral, tandis qu'une confédération est dirigée par un gouvernement central. Ces distinctions n'empêchent pas d'utiliser pour l'Inde le mot fédération, alors qu'en droit il s'agit d'une confédération; pour sa part, la Suisse emploie le terme de confédération, mais parle de gouvernement fédéral pour désigner le gouvernement central. L'Espagne n'est pas une fédération ni une confédération, mais dispose pourtant d'un gouvernement central. La raison pour laquelle les États-Unis ont imposé dans leur pays l'usage du terme gouvernement fédéral est historique. Les États et les « Pères de la Constitution » ne pouvaient accepter ce terme qui donnait l'impression que le véritable gouvernement des États-Unis était au centre et que les États lui étaient soumis. En pratique, c'est ce qui est advenu dans nombre de domaines, mais ce fut davantage le résultat de l'histoire que la rigueur juridique, qui imposa le terme gouvernement fédéral plutôt que gouvernement central. En somme, il est serait plus prudent d'éviter d'utiliser le terme fédéral en français s'il n'est pas utilisé en anglais.

Dans l'usage courant, le terme de confédération tend aujourd'hui à désigner une union de plusieurs États indépendants ayant délégué par traité certaines compétences gouvernementales à un gouvernement central; on parle ainsi de la Confédération helvétique devenue officiellement depuis avril 1999 la Confédération suisse (les cantons ayant conservé leur souveraineté politique). Quant au terme de fédération, il renvoie à une union de plusieurs États associés formant un seul État fédéral tout en conservant deux niveaux de gouvernement. Il existe de nombreux exemples de fédération dans le monde : les États-Unis, le Mexique, le Brésil, l'Argentine, l'Allemagne, la Belgique, la Russie, l'Afrique du Sud, etc., et le Canada, bien sûr.

Un système fédératif relativement complexe

Pour les habitants d'un pays ne comptant qu'un seul gouvernement, comme la France, la Suède, Israël ou l'Algérie, il est peut-être plus difficile de comprendre la complexité d'une structure fédérative, d'autant plus que les ensembles du genre (p. ex., l'Allemagne, la Belgique, la Russie, la Suisse, l'Afrique du Sud, le Mexique, le Pakistan, etc.) sont généralement fort différents les uns des autres; et le Canada ne fait pas exception. Pour beaucoup de citoyens habitant un pays unitaire, il peut paraître fort malaisé de comprendre comment peut fonctionner un pays comptant, comme le Canada, 14 gouvernements et autant de parlements, de systèmes judiciaires, de fonctions publiques, etc., tous jaloux de leurs prérogatives et de leurs champs de compétence.

Il faut aussi comprendre que le Canada compte un premier ministre fédéral (en anglais : Prime Minister) et 10 premiers ministres provinciaux (en anglais : Premier of Ontario, Premier of Manitoba, etc.), que des députés siègent à la Chambre des communes (House of Commons) à Ottawa et d'autres dans les 13 différentes législatures provinciales et territoriales. Les personnes élues à une assemblée législative provinciale (ou territoriale) sont appelées membres de l'Assemblée législative ou Legislative Assembly (ou Assemblée nationale), députés provinciaux ou députés à la Chambre d'assemblée (House of Assembly), selon la province ou le territoire.

Une monarchie constitutionnelle

Pour des raisons liées à l'histoire du pays, le Canada est une monarchie constitutionnelle, dont le chef d'État est le souverain britannique, présentement la reine Élisabeth II, dont le titre officiel est Élisabeth II, par la grâce de Dieu, Reine du Royaume-Uni, du Canada et de ses autres royaumes et territoires, Chef du Commonwealth, Défendeur de la Foi.

Système canadien de gouvernance

Le représentant de la reine au Canada est le gouverneur-général, qui signe les lois et accomplit d'autres fonctions officielles. La reine et son représentant ont des rôles plutôt protocolaires; le peu de pouvoir dont ils disposent est généralement réservé pour les moments de « crise nationale » (plutôt rares). Le gouverneur-général est choisi par le premier ministre fédéral, c'est-à-dire le chef du parti occupant le plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes d'Ottawa.

Le pouvoir législatif repose sur le parlement du Canada, bicaméral; il se compose de deux Chambres : le Sénat (ou Chambre haute), qui compte 104 membres, nommés par le gouverneur général sur avis du premier ministre, et la Chambre des communes (ou Chambre basse), qui compte 301 membres. Les sénateurs sont nommés à vie, tandis que les membres de la Chambre sont élus pour cinq ans au suffrage universel. Les lois doivent être approuvées par les deux Chambres et signées par le gouverneur-général. Le Sénat possède officiellement des pouvoirs semblables à ceux de la Chambre des communes, mais en pratique le véritable centre du pouvoir reste la Chambre des communes.

Le système judiciaire canadien est dérivé du droit coutumier anglais (ou Common Law), sauf au Québec où le système provincial de droit civil est fondé sur le Code de Napoléon. Au plan fédéral, le pouvoir judiciaire ultime repose sur la Cour suprême du Canada, composée d'un président et de neuf juges, dont trois doivent provenir du Québec. Cette cour siège à Ottawa et constitue la juridiction d'appel finale pour toutes les affaires civiles, criminelles et constitutionnelles.

Dans chacune des provinces du Canada, le souverain britannique est représenté par un lieutenant-gouverneur, nommé par le gouverneur-général, sur avis du premier ministre fédéral (en anglais : Prime Minister). C'est le chef du gouvernement de chacune des provinces qui est le premier ministre (en anglais : Premier), lequel est responsable devant le Parlement provincial, généralement monocaméral. Par ailleurs, on emploie en anglais l'expression générique first ministers, qui englobe à la fois le premier ministre du Canada et ceux des provinces. En français, on ne fait pas ces distinctions, mais on dira les « premiers ministres fédéral et provinciaux ».

Le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest sont gouvernés par des commissaires, nommés par le gouvernement fédéral; ils sont assistés, dans les Territoires du Nord-Ouest, par une assemblée législative et, au Yukon, par un conseil et un parlement élus. Le Nunavut, créé en avril 1999, possède une assemblée nationale élue au suffrage universel, un gouvernement qui en est issu, ainsi qu'un premier ministre.

Des champs de juridiction partagés

En principe, toutes les entités fédérées du Canada sont autonomes. Elles ont leur propre Exécutif ou Conseil des ministres, leur parlement et leurs lois, leur fonction publique et leur institutions. Il faut donc comprendre que les provinces et territoires fonctionnent presque comme des États souverains, sans l'indépendance politique. En vertu de la Constitution de 1867, certains champs de compétence appartiennent en propre au gouvernement fédéral, d'autres sont exclusifs aux gouvernements provinciaux, d'autres enfin sont partagés par les deux paliers de gouvernement, ce qui, on le devine, peut parfois susciter certains conflits.

Si les territoires (Yukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut) peuvent à certains égards être considérés comme des provinces, ils ne possèdent pas officiellement ce statut et jouissent en principe de moins de « souveraineté » au point de vue législatif, puisqu'ils constituent des institutions relevant du Parlement canadien. D'ailleurs, les lois constitutives fédérales sur le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest utilisent le terme « ordonnance » pour désigner les « lois » que les territoires sont autorisées à adopter. Dans les faits, les gouvernements territoriaux ont quand même tendance à recourir au terme de « loi », celui-ci suggérant pour eux un statut similaire à celui des provinces. Les ordonnances doivent être adoptées par le Parlement territorial et transmises au gouvernement fédéral, puis aux deux chambres du Parlement canadien, c'est-à-dire la Chambre des communes et le Sénat. Ces ordonnances peuvent même être théoriquement annulées par le gouvernement fédéral dans un délai d'un an. Dans la pratique cependant, cela ne s'est jamais produit.

En 1867, au moment de la création du Canada (par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, aujourd'hui appelé Loi constitutionnelle de 1867), le système se voulait fédéral, avec un partage des compétences entre le centre (pouvoir fédéral) et les provinces (pouvoirs provinciaux avec un gouvernement dans chaque province). Les articles 91 et 92 de la Constitution de 1867 ont fixé les différents domaines de responsabilité :

Compétence fédérale Compétence provinciale Compétence partagée
  • Commerce
  • Taxes
  • Postes
  • Milice et défense
  • Monnaie et banques
  • Politique indienne
  • Droit criminel
  • Pouvoir résiduaire
    (champs non définis
    dans l'Acte de l'ANB)
  • Droit de désaveu sur les provinces
  • Terres publiques et forêts
  • Système de santé
  • Institutions municipales
  • Mariage
  • Propriété et droits civils
  • Éducation
  • Licences commerciales
  • Constitution provinciale
  • Agriculture
  • Les compagnies et le développement économiques
  • Les prisons et la justice
  • La pêche
  • Les travaux publics
  • Les transports et communications
  • L'immigration

Source: « Acte de l'Amérique du Nord britannique », dans Gérald-A. Beaudoin :
La Constitution du Canada, Montréal, Wilson et Lafleur, 1990, p. 849-902.

Bien que, en principe, le pouvoir fédéral détienne la responsabilité sur les questions d'intérêt général et national et les gouvernements provinciaux, celle des questions régionales, la différence n'était pas en 1867 tout à fait tranchée entre les compétences des deux instances. Il n'est pas toujours facile de déterminer ce qui constitue les « affaires générales » (relevant du gouvernement fédéral) et les « affaires locales » (relevant des gouvernements provinciaux), car les deux paliers de gouvernement sont à la fois indépendants tout en étant complémentaires. C'est pourquoi les conflits de juridiction ont régulièrement éclaté au cours de l'évolution politique ultérieure du Canada, notamment dans le domaine de la langue. Malgré ces difficultés, les Canadiens ont généralement trouvé une façon assez harmonieuse de faire fonctionner la fédération.

À propos de l’éditrice

Monika Jezak est directrice adjointe de l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l‘Université d’Ottawa. Elle possède presque trente ans d'expérience en enseignement du français langue seconde auprès de diverses clientèles : classes d'immersion, immigrants adultes et milieu universitaire. Elle a participé au développement et à l'administration des tests de langue, entre autres, en tant que présidente du Concours de FLS d'Ottawa-Carleton et coordonnatrice du test de certification en FLS de l'Université d'Ottawa. Elle a agi en tant qu'experte en politiques linguistiques auprès de l'UNESCO et du Centre des Niveaux de Compétence Linguistique Canadiens.

Pour plus d’information veuillez contacter la Professeure Monika Jezak : mjezak@uottawa.ca

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