Ce que les Canadiens pensent de l'avenir du pétrole et du gaz

Publié le samedi 19 septembre 2020

Auteur : Monica Gattinger, Rafael Aguirre, Stephen Bird et Brendan Frank

Directrice, ISSP et Présidente, Énergie positive, uOttawa

Candidat au doctorat et Chercheur d'Énergie positive, uOttawa

Professeur agrégé, Clarkson University et Chercheur affilié, Énergie positive

Directeur de recherche intérimaire de l'ISSP et d'Énergie positive

Publié originalement par Options politiques, le 17 septembre 2020

Les 12 derniers mois ont ébranlé l'industrie mondiale du pétrole et du gaz. Un effondrement spectaculaire des prix des matières premières, une forte résistance aux mégaprojets et des appels à des politiques climatiques plus fortes de la part des assureurs et des banques ont tous soulevé des questions sur les perspectives à long terme du secteur. Ils ont également modifié la situation du Canada, où le pétrole et le gaz sont une clé de voûte économique depuis des décennies. Que pensent les Canadiens du rôle que devraient jouer le pétrole et le gaz dans l’avenir énergétique du Canada et à quel point la conversation est-elle polarisée?

À Énergie positive, un programme de recherche sur l'énergie à l'Université d'Ottawa, nous travaillons à répondre à ces questions. L'année dernière, nous avons conçu une enquête unique pour comparer et suivre la polarisation sur les questions climatiques et énergétiques. Notre dernière série d'analyses explore l'opinion publique sur le présent et l'avenir du pétrole et du gaz au Canada, le rôle des gouvernements fédéral et provinciaux dans l'énergie et le climat, et comment l'appartenance à un parti, l'idéologie, la région, le sexe et l'âge peuvent influencer les opinions à ce sujet. les sujets.

L'idéologie est un nouvel ajout à l'analyse. Nous avons trié les Canadiens en quartiles à l'aide de questions mesurant leur point de vue sur un éventail de questions sociales et économiques (le premier quartile est l'aile la plus à droite, le 4e quartile l'aile la plus à gauche). La principale constatation? L'idéologie semble être le deuxième prédicteur le plus fort d'une opinion polarisée, mais les problèmes sont encore polarisés par l'appartenance à un parti bien plus que tout autre facteur. Cela suggère que les signaux et la rhétorique des partis politiques et d'autres acteurs influents peuvent amplifier et exacerber l'étendue des différences idéologiques entre les Canadiens.

Les résultats indiquent également de nombreux domaines d'accord. Les Canadiens s'identifient massivement comme modérés. Ils conviennent de l’importance du pétrole et du gaz pour l’économie canadienne et appuient le développement écologiquement responsable du secteur. Ils veulent également que le gouvernement fédéral fasse preuve de leadership sur les questions énergétiques et climatiques, avec une certaine souplesse accordée aux provinces.

Avant de creuser dans les chiffres, quelques définitions. Qu'entend-on par opinion «polarisée»? Cela se résume à un désaccord. Lorsque les points de vue sont polarisés sur un problème, cela signifie que le public n'est pas simplement en désaccord sur quelque chose, il est fortement en désaccord. Les vues sont durcies et concentrées à chaque extrémité d'un spectre. Lorsque l’opinion est fragmentée, les gens ne sont pas d’accord, mais leurs opinions sont réparties plus uniformément sur l’ensemble du spectre. Cette distinction est cruciale pour les décideurs qui cherchent à tracer une voie pour l’avenir énergétique et climatique du Canada. Les opinions polarisées ont tendance à être difficiles à gérer pour les systèmes politiques, tandis que les opinions fragmentées se prêtent mieux au compromis et à la recherche d'un terrain d'entente. (Une explication complète de la différence entre l'opinion polarisée et fragmentée).

Nos résultats révèlent un certain nombre de questions sur lesquelles les Canadiens sont largement d’accord - par exemple sur l’importance actuelle et future du pétrole et du gaz dans l’économie nationale (figure 1).

Ce consensus tient quelle que soit l'appartenance à un parti, l'idéologie, la région, le sexe ou l'âge, ce qui peut paraître surprenant. Les Canadiens reconnaissent également généralement que le pétrole et le gaz constitueront une partie importante de l’économie future du Canada, quoique moins fortement. Ici, il existe de grandes différences idéologiques qui tendent à être polarisées. Parmi le quartile le plus à droite des Canadiens qui ont exprimé une opinion (figure 2), 32% croient que le pétrole et le gaz seront extrêmement importants pour l’avenir économique du Canada (76% croient que le pétrole et le gaz seront au moins assez importants); parmi le quartile le plus à gauche, seuls 10% pensent que ce sera le cas (et 38% seulement disent que le pétrole et le gaz seront au moins assez importants).

L'opinion est polarisée lorsque nous trions selon la préférence des partis (figure 3), avec des différences marquées aux extrémités du spectre entre le Parti conservateur et les autres partis nationaux.

Lorsque nous approfondissons les spécificités de l’avenir, nous découvrons des domaines d’accord fort. Par exemple, toutes les données démographiques appuient la proposition selon laquelle l'exportation de gaz naturel pour déplacer les émissions à l'étranger est l'une des mesures les plus importantes que le Canada puisse faire pour lutter contre les changements climatiques (figure 4). De même, le Canada devrait utiliser les ressources publiques pour recycler les travailleurs susceptibles de perdre leur emploi en raison de la politique climatique (figure 5). Il est intéressant de noter que les réponses à ces questions varient peu en fonction de l'appartenance à un parti, de l'idéologie, de la région, du sexe ou de l'âge. Ici, les décideurs ont deux domaines politiques clairs susceptibles d'unifier le pays tout en faisant progresser le programme énergétique et climatique du Canada.

 

Les Canadiens sont modérément favorables à l'expansion de la production de pétrole et de gaz, mais le niveau de soutien dépend de la façon dont la question est posée. Les répondants conviennent que le Canada devrait accroître la production de pétrole et de gaz s'il existe une justification environnementale pour le faire - en d'autres termes, si le pays peut produire du pétrole et du gaz avec moins d'émissions que les autres pays. Les Canadiens sont particulièrement favorables aux exportations de gaz naturel s'ils peuvent remplacer des sources d'énergie plus émettrices comme le charbon.

Cependant, l'opinion est fragmentée sur l'expansion de la production de pétrole et de gaz sur la seule base de l'économie. Nous avons posé la même question précédée de la déclaration « puisque la demande mondiale de pétrole et de gaz augmente… » - une hypothèse qui peut nécessiter un examen plus attentif après la pandémie - et le soutien n'a pas été aussi fort. Cependant, malgré l'accord modéré sur ces questions, nous constatons à nouveau que les réponses sont polarisées selon des lignes partisanes et tendent à être polarisées selon des lignes idéologiques.

Contrairement à l'expansion de la production de pétrole et de gaz, une éventuelle élimination progressive du pétrole et du gaz est vraisemblablement controversée. Lorsqu'on lui a demandé si l'élimination progressive du pétrole et du gaz est nécessaire (figure 6), l'opinion est globalement fragmentée. Quarante et un pour cent des Canadiens sont au moins légèrement d'accord que les améliorations technologiques rendront une élimination progressive inutile, tandis que 34 pour cent sont au moins légèrement en désaccord. Un plus grand nombre de Canadiens des Prairies ont tendance à être d'accord avec cette affirmation, mais il y a un accord modéré sur cette question à l'échelle régionale.

Nous avons également sollicité l’opinion des Canadiens sur le rôle des gouvernements fédéral et provinciaux dans la détermination de l’avenir énergétique du Canada. Comme pour les sondages précédents, nous constatons que les Canadiens s'entendent fortement sur le fait qu'il incombe au gouvernement fédéral d'élaborer une vision énergétique à long terme (figure 7). Il y a également un accord modéré sur le fait que le gouvernement fédéral joue un rôle dans la façon dont les ressources énergétiques sont développées dans les provinces. Lorsqu'on leur demande si les provinces devraient être en mesure de faire face aux changements climatiques comme elles l'entendent, les électeurs conservateurs et bloquistes sont plus susceptibles d'être d'accord.

Nous notons une mise en garde importante à ces résultats. Cette enquête est antérieure à l'apparition du COVID-19. Les effets à long terme de la pandémie sur la vision canadienne de l'énergie et des changements climatiques ne sont pas clairs. Mais étant donné la volatilité de notre époque, ces résultats offrent une base de référence utile pour suivre l'influence de la pandémie sur l'opinion publique et si les changements d'attitude sont liés à l'idéologie, à la région, à la partisanerie ou à d'autres facteurs.

Dans l'ensemble, les résultats suggèrent que les Canadiens sont généralement optimistes quant à la possibilité pour le Canada d'aligner l'action climatique sur l'exploitation pétrolière et gazière - notamment grâce à des politiques climatiques ambitieuses, à un secteur pétrolier et gazier en croissance et respectueux de l'environnement et à un marché d'exportation solide qui réduit les émissions à l'étranger. Les Canadiens veulent également que le gouvernement fédéral élabore une vision à long terme de l’avenir énergétique et climatique du pays, tout en laissant aux provinces une certaine latitude pour mettre en œuvre leurs propres stratégies climatiques.

Les résultats indiquent également des sources potentielles de conflit. Lors de l'élection fédérale de 2019, les partis politiques ont dressé des contrastes marqués sur leurs plateformes énergétiques et climatiques, la taxe carbone et les pipelines en étant deux exemples marquants. Le discours selon lequel les Canadiens sont polarisés a pris de l'ampleur

après que les libéraux ont été exclus de l'Alberta et de la Saskatchewan - deux provinces sans littoral productrices d'énergie. Les partis politiques semblent prendre conscience de ces différences idéologiques et les exploiter pour prendre un avantage. Dans un espace politique aussi chargé émotionnellement que le climat et l'énergie, cela est préoccupant.

Dans l’ensemble, cependant, l’attitude des Canadiens à l’égard des enjeux énergétiques et climatiques n’est pas aussi polarisée que beaucoup le pensent. Il y a place à l'optimisme ici. Les résultats suggèrent que les opinions des Canadiens sont fragmentées ou polarisées beaucoup moins souvent que ce à quoi on pourrait s’attendre selon l’âge, le sexe, l’idéologie et même la région. Lorsqu'il s'agit d'élaborer une vision commune et d'exécuter les détails, les résultats suggèrent que la construction d'une coalition multigénérationnelle et pancanadienne est en effet possible. Les conflits sont inévitables, mais les dirigeants ont l'occasion d'articuler des objectifs politiques communs et de s'appuyer sur des valeurs partagées par de nombreux Canadiens.

Le sondage a été mené en ligne du 9 au 29 septembre 2019 à l'aide des services Qualtrics. Nous avons sondé 2 679 Canadiens avec cinq sous-échantillons régionaux de plus de 500 (Colombie-Britannique, Prairies, Ontario, Québec, Canada atlantique). La marge d'erreur ne s'applique pas à ce type d'enquête, mais une enquête traditionnelle avec cette taille d'échantillon donnerait une marge d'erreur de +/- 2 pour cent pour l'échantillon national et de +/- 4 pour cent pour les sous-échantillons régionaux. L'analyse graphique (plus de 90 diapositives) de cette discussion est disponible sur page Web du sondage.

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