L'énergie revient à la maison: un défi pour les régulateurs et les législateurs

Publié le jeudi 16 novembre 2017

Auteur : Karen Farbridge

Présidente, Karen Farbridge & Associates Ltd.
Ancienne mairesse de Guelph

Les régulateurs de l'énergie et les législateurs subissent une pression croissante pour répondre à un secteur énergétique en évolution rapide.

Il y a une transformation énergétique mondiale en cours qui transforme le secteur de l'énergie dans un écosystème énergétique plus propre, plus intelligent, distribué et mobile. En même temps, les recherches de l'Association internationale de l'énergie constatent qu'une planification énergétique urbaine réussie est seulement possible si la planification énergétique est intégrée à l'ensemble du processus d'urbanisme.

 Néanmoins, dans de nombreux pays, y compris le Canada, les questions urbaines ne sont pas prises en compte dans les processus de planification et vice versa. De nombreuses villes tentent de combler cette lacune, mais une plus grande coordination entre les municipalités et le secteur de l'énergie sera nécessaire si les deux parties doivent répondre efficacement aux nouveaux impératifs d'adaptation et d'atténuation du changement climatique. Le progrès est remis en question par l'absence d'un langage commun, d'outils ou d'une plate-forme pour interagir efficacement les uns avec les autres.

Nous sommes passés par une transition énergétique, il y a cent ans. À la fin du XIXe siècle, de nombreuses industries de l'Ontario dépendaient encore de la vapeur produite par le charbon américain, mais la hausse des prix et les pénuries de charbon ont commencé à menacer le succès industriel de nos villes en expansion. En réponse, les maires et les chambres de commerce se sont tournés vers une nouvelle technologie énergétique pour alimenter l'industrie locale. Au début du siècle, il y avait plus de 145 systèmes électriques en Ontario, et presque tous appartenaient à la municipalité. En même temps, quatorze villes, appartenant au mouvement «Power for the People», ont influencé la formation de la Commission hydroélectrique de l'Ontario, qui a apporté une énergie abondante et bon marché à Niagara aux foyers et aux entreprises, pour la première fois. temps, en 1910.

Il y a cent ans, les collectivités de l'Ontario ont pris des mesures pour accélérer la transition vers une nouvelle ère industrielle, alimentée par le pétrole et l'électricité centralisée. Leur but singulier était de protéger la résilience et la prospérité locales. Ils ont dû inventer de nouvelles structures d'utilité et de nouveaux modèles d'affaires pour soutenir l'adoption d'une nouvelle technologie énergétique.

Un siècle plus tard, l'histoire se répète, mais avec quelques rebondissements significatifs. Au troisième âge industriel, notre économie et nos collectivités seront notamment alimentées par des énergies renouvelables et distribuées. Tout comme leurs prédécesseurs, les dirigeants des villes s'efforcent d'accélérer leur transition vers un avenir énergétique sobre en carbone, une fois encore, pour protéger la résilience et la prospérité locales.

Il y a deux différences importantes cette fois. Les préoccupations liées au changement climatique sont un facteur important, car les villes adoptent leur rôle fondamental dans la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De même, de nouvelles structures et de nouveaux modèles d'affaires doivent émerger à l'intérieur et à côté d'un système énergétique bien établi et centralisé qui a fait du bon travail dans notre économie et dans nos collectivités pendant des décennies.

Les temps étaient plus simples il y a cent ans. Il était plus facile pour les politiciens, les décideurs politiques et les entreprises de se réunir et de résoudre un problème. En effet, ils étaient souvent les mêmes personnes. Aujourd'hui, ces sphères, en général, existent indépendamment les unes des autres, souvent pour de bonnes raisons. Bien que les organismes de réglementation aient été tenus à distance des législateurs, pour protéger l'indépendance du processus réglementaire, cela a également placé des obstacles structurels sur la voie de la résolution de problèmes fondés sur la pratique, particulièrement problématique en période de perturbation.

Les législateurs et les régulateurs peuvent jouer un rôle de leadership important en établissant un environnement propice à la résolution des problèmes et en réduisant les barrières entre les solutions aux problèmes et les problèmes du système.

De nouvelles innovations sociales peuvent contribuer à rapprocher ces mondes, comme le Spectrum degré d’engagement du public, développé par l'Association internationale pour la participation publique (AIP2), ou la pratique croissante de impact collectif (Collective Impact), qui propose une approche structurée pour s'attaquer aux problèmes sociaux profondément enracinés et complexes. Les deux fournissent des outils qui favorisent la collaboration entre le gouvernement, les entreprises, la société civile et les citoyens, afin de réaliser un changement social significatif et durable. Ce sont des processus délibératifs qui sont ancrés par une définition commune du problème, s'impliquent tôt pour établir la confiance entre les parties prenantes et gèrent soigneusement les attentes des participants, tout en respectant le rôle des décideurs institutionnels. Les outils qu'ils emploient s'efforcent de transcender les opinions polarisées, qui sont certainement dominantes dans le dialogue énergétique actuel de notre pays, pour engager le «milieu manquant». Bien que l'objectif principal soit de prendre de meilleures décisions, et non le consensus, ils trouvent souvent des solutions gagnant-gagnant.

Ce territoire est inexploré pour le secteur de l'énergie au Canada. L'énergie revient à la maison, alors que nous allons vers l'avenir. Nous devrions passer un peu plus de temps loin de la table du conseil d'administration, et un peu plus à la table de la cuisine.

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