La reprise verte pourrait être un problème polarisant chez les Canadiens

Publié le mercredi 29 juillet 2020

Auteur : Prof. Monica Gattinger and Brendan Frank

Directrice de l'ISSP et de l'axe de recherche Énergie
Présidente, Énergie positive, uOttawa

Directeur de recherche intérimaire
ISSP, uOttawa

Publié originalement par The Hill Times le 27 juillet 2020

Pendant six mois, la pandémie de SRAS-CoV-2 a remplacé toutes les autres priorités de politique publique. Les gouvernements ont placé leurs économies dans un état d'animation suspendue, ont renforcé leurs systèmes de soins de santé et ont poussé des milliers de milliards de dollars à la porte pour aider les citoyens à surmonter la tempête. Mais d'autres problèmes politiques ne disparaissent pas. En effet, COVID-19 a révélé et approfondi de nombreuses fissures dans le système. Alors que les pays rouvrent, les gouvernements et les institutions multilatérales se demandent ce qui va suivre et comment inverser ce que le FMI estime être une contraction de 5% de l'économie mondiale en 2020.

Au Canada et ailleurs, la question de savoir comment intégrer les priorités énergétiques et climatiques à la reprise est une partie croissante de la conversation. Pendant des années, le discours dominant a été que la santé économique et la santé environnementale sont un jeu à somme nulle. Les sondages d'opinion publique suggèrent que les Canadiens sont plus favorables à une action climatique ambitieuse lorsqu'ils se sentent en sécurité sur le plan économique. En même temps, au Canada et à l'étranger, nous assistons à un changement important et peut-être permanent dans l'attitude du public à l'égard des changements climatiques, un nombre croissant de Canadiens croyant qu'il s'agit d'une menace sérieuse qui exige une action politique urgente.

Alors, au milieu du pire ralentissement économique depuis près d'un siècle, les Canadiens pensent-ils que le moment est le meilleur ou le pire moment pour que le Canada soit ambitieux face aux changements climatiques? Une nouvelle enquête de Positive Energy à l'Université d'Ottawa et Nanos Research répond à cette question. Nous avons demandé aux Canadiens: «Sur une échelle de 0 à 10, où 0 signifie que c'est absolument le pire moment et 10 est absolument le meilleur moment, quel est le bon moment pour le Canada d'être ambitieux dans la lutte contre les changements climatiques, même s'il y a des coûts à l'économie?

Les résultats sont révélateurs. Les Canadiens sont divisés sur la question, mais ils se tournent vers l'action. Une pluralité de répondants à l'enquête ont déclaré que le moment était venu d'être ambitieux dans la lutte contre le changement climatique: 45% ont répondu sept ou plus. Moins d'un tiers des personnes interrogées ont déclaré que le moment était mal choisi: 29% ont répondu à trois ou moins. Près d'un quart (23%) ont répondu entre quatre et six.

De façon intéressante, plus d'un tiers des répondants ont répondu soit 0 (17%), soit 10 (17%). Cela laisse entendre que les appels à une « reprise verte » pourraient être polarisants. Les recherches de Positive Energy sur la polarisation sur les questions énergétiques et climatiques montrent que les désaccords sur les questions politiques ne sont pas nécessairement un obstacle prohibitif aux progrès politiques. Mais un désaccord fort - là où les opinions sont durcies, extrêmes ou résistantes au compromis - peut être. Les gouvernements doivent faire preuve de prudence.

Nous avons également analysé quels Canadiens sont plus susceptibles de dire que le moment est propice ou mauvais pour l'ambition climatique. Les habitants des Prairies (50%), les hommes (34%) et les Canadiens âgés de 35 à 54 ans (34%) sont plus susceptibles de dire que c'est le pire moment (0 à 3). Les Québécois (54%), les Canadiens de l'Atlantique (48%), les femmes (48%) et les Canadiens de moins de 35 ans (51%) sont plus susceptibles de dire que c'est le meilleur (7 à 10). Comme pour les enquêtes précédentes sur l'énergie positive, ce sondage suggère que la géographie est un meilleur indicateur des attitudes sur l'énergie et le climat que l'âge ou le sexe.

L'étude était un sondage aléatoire hybride par téléphone et en ligne auprès de 1 049 Canadiens, âgés de 18 ans ou plus, entre le 28 juin et le 2 juillet, dans le cadre d'un sondage omnibus Nanos.

Nous avons également demandé aux Canadiens pourquoi, selon eux, le moment est propice ou mauvais pour lutter contre les changements climatiques. Ceux qui ont dit que c'était le meilleur moment ont le plus souvent répondu que le changement climatique ne pouvait pas attendre (39%), ou que la pandémie offrait une bonne opportunité de changement et mettait en évidence notre impact sur l'environnement (37%). Ceux qui croient que c'est le pire moment disent que nous devrions attendre que l'économie se rétablisse (47%) ou qu'il y ait d'autres priorités à aborder, à savoir la santé publique et la recherche d'un vaccin (21%).

Alors, qu'est-ce que cela signifie pour les décideurs? Nos résultats suggèrent que les changements climatiques sont toujours dans l'esprit de nombreux Canadiens, mais pas de tous, et plus du tiers des Canadiens ont des opinions très tranchées sur le sujet. Compte tenu de cela, la reprise économique du COVID-19 pourrait être une question unificatrice ou polarisante pour le pays, selon la manière dont les gouvernements à tous les niveaux l'abordent. Les politiques qui semblent favoriser une région par rapport à une autre ou des mesures qui ne prêtent pas une attention particulière aux compromis avec des priorités autres que le climat pourraient faire face à une vive résistance.

La relance de l’économie et la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’ont pas besoin d’être un jeu à somme nulle, mais elles exigent des approches équilibrées intégrées et une attention particulière à l’endroit et à la manière dont les points de vue des Canadiens s'alignent et divergent sur les enjeux.

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