Veiller à ce que Paris ne soit pas le prochain Copenhague, Kyoto ou Rio

Publié le vendredi 13 août 2021

Auteur : Prof. Monica Gattinger

Directrice, ISSP et Présidente, Énergie positive

Publié originalement par Options Politiques, le 11 août 2021

Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat souligne une fois de plus l'urgence d'agir, notant que les changements climatiques sont généralisés, rapides et s'intensifient. Au Canada, il y a beaucoup plus de consensus et de soutien pour agir dans les entreprises et la société qu'il y a cinq ans, et nous avons un plan completpour atteindre nos objectifs de réduction des émissions à l'horizon 2030.

Mais est-ce que ce sera suffisant ?

C'est pas probable. Pour atteindre les objectifs de Paris du Canada, il faudrait réduire les émissions d'un tiers au cours des huit prochaines années et demie. Il est difficile de comprendre comment le pays pourrait y parvenir alors que nous ne les avons pas du tout réduits au cours des 15 derniers. Et c'est une pensée magique de croire que nous pouvons réaliser le nouvel engagement d'Ottawa pris lors du sommet sur le climat du président américain Biden en avril pour les réduire de 40 à 45 % en neuf ans.

Nos perspectives pour 2030 ne sont pas excellentes, mais nous ne devons pas négliger le fait que le pays fait de réels progrès. Nous avons maintenant une taxe sur le carbone qui s'applique dans tout le pays, et nous avons le plan climatique national le plus complet que nous ayons jamais eu.

Alors que nous regardons au-delà des prochaines élections, il y a de la place pour l'optimisme que le Canada peut plier sa courbe d'émissions vers le bas, mais il reste encore beaucoup à faire.

Regardons les chiffres. En vertu de l'Accord de Paris, le Canada s'est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030. Cela équivaut à les réduire de 730 mégatonnes (MT) en 2005 à 511 MT en 2030. L'engagement mis à jour au sommet de Biden exigerait de les réduire. entre 400 et 440 MT. À ce jour, notre performance est sombre. Les émissions n'ont pas bougé depuis 2005, restant bloquées à 730 MT en 2019.

En décembre 2020, le gouvernement fédéral a publié son nouveau plan climatique : Un environnement sain et une économie saine. Il s'appuie sur le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques de 2016 et constitue le plan climatique le plus sérieux que le pays ait eu à ce jour. La pièce maîtresse est la taxe fédérale sur le carbone, qui passera de 50 $ la tonne en 2022 à 170 $ d'ici 2030.

D'autres éléments clés comprennent une norme sur les carburants propres qui vise à réduire l'intensité en carbone des carburants liquides de 13 % par rapport aux niveaux de 2016 d'ici 2030 ; des réglementations visant à réduire les émissions de méthane de 40 à 45 % par rapport aux niveaux de 2012 d'ici 2025 ; un objectif de 90 % de production d'électricité non émettrice d'ici 2030 ; une pression pour que les véhicules zéro émission représentent 10 pour cent des ventes de véhicules légers d'ici 2025, 30 pour cent d'ici 2030 et 100 pour cent d'ici 2040 ; stratégies globales de captage, d'utilisation et de stockage du carbone (CCUS) et de l'hydrogène ; une feuille de route pour les petits réacteurs nucléaires modulaires ; et des milliards de dollars en dépenses d'infrastructure et d'innovation. Le gouvernement fédéral prévoit que ce plan réduira les émissions à 503 MT d'ici 2030, soit 8 MT de moins que l'engagement du Canada à Paris.

Est-ce que ça marchera?

Le pays a fait de grands progrès en jetant les bases d'une courbe des émissions vers le bas. Ottawa a soutenu son plan climatique renforcé avec la législation sur les émissions nettes zéro d'ici 2050, qui oblige les gouvernements à faire rapport sur les performances de réduction des émissions tous les cinq ans (bien que cela ne commence pas avant 2030, ce qui est pratique pour le gouvernement).

Mais le Canada a une feuille de route ininterrompue en matière de prise d'engagements climatiques ambitieux et d'échec lamentable à les atteindre – pensez à Rio, Kyoto, Copenhague.

Comment rendre Paris différent ? Qu'est-ce qui manque et où sont les obstacles ? Le plus important est l'optimisme dangereux – que l'exubérance du Canada à l'égard de l'action climatique sous-estime ce qu'il faut dans le monde réel pour traduire les objectifs en réalisations. Pour y remédier, nous devons prendre cinq mesures clés :

  • Enlevez nos œillères de mise en œuvre. Nous passons beaucoup de temps à nous concentrer sur le « quoi » de la politique, mais nous avons un angle mort systématique en ce qui concerne le « comment » de sa mise en œuvre dans les mondes réels de la politique, des communautés, du fédéralisme, des systèmes de réglementation, de la confiance des investisseurs et des marchés de l'énergie. . Une grande partie du plan du gouvernement se concentre sur le développement et le déploiement de technologies, ainsi que sur de nouvelles infrastructures énergétiques. Cela signifie que nous avons besoin de la confiance des investisseurs, de la confiance de la communauté et de mécanismes décisionnels solides et fiables pour les projets d'innovation et d'énergie.
  • Élargir l'attention de l'innovation technologique à l'innovation institutionnelle. Nous devons développer des systèmes de décision qui soutiennent les réductions d'émissions. Cela dépend en grande partie du système de réglementation, qui n'a pas été conçu pour favoriser les réductions d'émissions. À titre d'exemple, quels sont les cadres réglementaires qui inciteront à réduire les émissions dans le secteur des services publics ? La réglementation des services publics est ancrée dans un modèle de coût de service qui a beaucoup de mal à prendre en compte les réductions d'émissions dans la prise de décision, voire pas du tout. Cela doit changer si nous voulons tirer parti de la capacité des services publics à réduire les émissions.
  • Aligner les objectifs climatiques sur les objectifs énergétiques. Les communautés de politique climatique et énergétique au Canada ont tendance à exister en vase clos. Il y a beaucoup d'opportunités manquées et de frictions inutiles en raison d'approches étroites axées uniquement sur l'énergie ou le climat. Un exemple clé ici est la sécurité énergétique : les plans climatiques doivent élargir leur champ d'action des sources d'énergie (à quoi ressemblera le bouquet énergétique) pour incorporer la disponibilité/la fiabilité de l'énergie et l'abordabilité de l'énergie. Une énergie fiable et abordable doit être le fondement de la politique climatique pour obtenir un soutien continu du public, des investisseurs et des politiques.
  • Faire de la collaboration la pierre angulaire des plans sur le climat. Nous avons besoin d'une collaboration étroite entre les niveaux de gouvernement, y compris les gouvernements autochtones et municipaux, le secteur privé, les communautés locales et les chercheurs. Il s'agit d'une faiblesse majeure au Canada qui entrave une action rapide et efficace. Nous avons rarement les pipelines de collaboration nécessaires pour faire passer les idées de la conception à la mise en œuvre. C'est particulièrement le cas lorsqu'il s'agit de développement et de déploiement de technologies.
  • Tenir une discussion de politique publique solide sur le rôle du secteur pétrolier et gazier du Canada dans l’avenir énergétique et climatique du pays. Les discussions ont eu tendance à être polarisées et simplistes. Le pétrole et le gaz continueront de faire partie du système énergétique mondial pour les décennies à venir. Quel rôle le Canada veut-il jouer sur ces marchés à l'échelle nationale et internationale à court et à long terme ?

Si le Canada ne s'occupe pas de ces problèmes, nous aurons beaucoup de mal à courber la courbe des émissions vers le bas et à nous rapprocher de nos objectifs de 2030 et de notre zéro net d'ici 2050. Comme le dernier rapport du GIEC le montre clairement, l'attention à ces questions ne pourrait pas être plus urgente.

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