Ce que la Journée internationale des femmes représente pour nos professeures

Publié le mardi 6 mars 2018

Image graphique d'une personne bleue tenant un coeur, entouré de lumières scintillantes. Le cerveau de l'individu est visible.

Nous avons demandé à des femmes de divers domaines ce que la Journée internationale des femmes représente pour elles.

Catherine Pound - Faculté de médecine

Catherine Pound - uOttawa

Plus que jamais, nous devons tenir bon, nous émanciper et nous aider les unes les autres. Ensemble, nous y arriverons!

Le monde est désormais riche de possibilités. La cause des femmes et des filles a progressé dans nombre de domaines, mais il reste beaucoup à faire. Parmi une main-d’œuvre professionnelle encore majoritairement masculine, à l’ère du #moiaussi, alors que les femmes manifestent contre la misogynie et la contre-culture qui couvent sous la surface, alors que certaines veulent tout à la fois carrière, vie de famille et vie personnelle, il faut, pour réussir et maintenir l’équilibre, livrer un réel combat.


Betty Baba - Faculté des sciences sociales

Betty Baba - uOttawa

La Journée internationale des femmes est une bonne occasion pour observer et analyser les changements apportés et ceux qu’il reste à provoquer. Nous avons besoin d'une société où toutes les femmes et les filles peuvent vivre sans violence.

Un monde où les filles pourront aller à l'école sans crainte d'être kidnappées, un milieu sûr où la violence conjugale aura cessé, et où les femmes et les filles ne seront pas systématiquement violées en période d'instabilité et de guerre. Malgré les progrès qui ont transformé la vie des femmes, des inégalités subsistent entre les hommes et les femmes.


Joanne St. Lewis - Faculté de droit

Joanne St. Lewis - uOttawa

En tant que professeure de droit féministe et noire, je me trouve dans une position privilégiée pour prendre la parole. Je peux ainsi contester tout excès d'optimisme qui laisserait croire que nous avons atteint notre but.

Au contraire, les femmes racisées se heurtent encore à des obstacles qui témoignent des multiples inégalités de nos vies. Nous sommes solidaires des luttes féministes pour l'égalité au travail, pour la responsabilité des auteurs de violence sexuelle et pour la représentation significative des femmes à tous les niveaux de gouvernance. Toutefois, notre parcours politique est semé d'embûches. Nous perdons espoir quand nous constatons qu'il faut souvent retrouver le corps d'une personne noire pour provoquer une discussion significative sur les lacunes du système de justice pénale. Être une femme noire, c'est être absente. Le portrait des représentants de la haute direction des universités, des cours d'appel, des dirigeants d'entreprise et de nos gouvernements nous présente rarement notre image. Le fardeau est très lourd pour les quelques femmes de minorités raciales qui ont franchi ces barrières. L'espoir réside dans la masse critique de jeunes féministes de diverses communautés qui sont prêtes à se lever et à être comptées.


Barbara Orser - École de gestion Telfer

Barbara Orser - uOttawa

Le 8 mars est un jour de reconnaissance et de responsabilité - la reconnaissance de ce qui s'est passé et la responsabilité de continuer à défier le statu quo.

J'ai le privilège d'être professeure dans une université canadienne. La Journée internationale des femmes me rappelle que ce privilège ne doit pas être tenu pour acquis. Pendant des années, la plupart des femmes, dont ma grand-mère, Eva Orser, ne pouvaient aspirer à un tel poste. Je suis privilégiée parce que tant d'autres personnes se sont battues pour que j'aie cette possibilité. Je suis privilégiée parce que d'autres encore ont lutté contre le sexisme dans les universités et ont été marginalisées à cause de leur identité sexuelle. Aujourd'hui, je travaille dans un établissement qui soutient mes recherches sur les femmes entrepreneures et le rôle de l'identité sexuelle dans le développement des entreprises. Ces recherches se reflètent dans mon enseignement. Récemment, par l'intermédiaire du Bureau canadien de l'éducation internationale, des collègues et moi-même avons contribué à l'élaboration de programmes d'entrepreneuriat non sexistes en Jordanie. Notre équipe provoque des changements pour les filles et les garçons, les hommes et les femmes au Moyen-Orient.

Le 8 mars est un jour de reconnaissance et de responsabilité - la reconnaissance de ce qui s'est passé et la responsabilité de continuer à défier le statu quo. Pour moi, cela s'applique à mes recherches, à mon enseignement et à ma collaboration avec le secteur privé. L'histoire a privilégié les garçons et les hommes, ce qui a souvent compromis les droits et les possibilités des filles et des femmes. Le 8 mars, souvenons-nous des leçons de l'histoire, reconnaissons nos prédécesseures et célébrons leurs réalisations.


Rukhsana Ahmed - Faculté des arts

Rukhsana Ahmed - uOttawa

Je suis ravie des possibilités et des occasions qui s’offrent à moi, alors que mes prédécesseures n’ont pas pu en profiter après s’être tant battues pour les créer.

Être professeure en 2018, c’est occuper un espace liminal de l’organisation, une sorte d’entre-deux. Je suis ravie des possibilités et des occasions qui s’offrent à moi, alors que mes prédécesseures n’ont pas pu en profiter après s’être tant battues pour les créer. Par contre, je vois bien que le combat contre le sexisme et l’intimidation ne sont pas terminés. Ces expériences – j’en suis très consciente – m’ont donné de la résilience, et il me tarde d’en faire profiter celles et ceux qui viendront à ma suite.


Catherine Mavriplis - Faculté de génie

Catherine Mavriplis - uOttawa

En tant que titulaire de la Chaire du CRSNG pour les femmes en sciences et en génie, je suis encouragée chaque jour par l'enthousiasme et la créativité des femmes qui contribuent aux sciences et au génie, à l'école et au travail ainsi que dans les sphères de la direction et de l'entrepreneuriat en général.

Je suis parfois découragée qu'en 2018, les femmes doivent toujours s'inquiéter de leur santé personnelle, de leur bien-être psychologique et de leur sécurité économique au quotidien; mais je suis aussi extrêmement reconnaissante de toutes les occasions que nous avons eues de nous faire valoir dans la vie publique.


Monique Frize - Faculté de génie

Monique Frize - uOttawa

Les chances seront meilleures dès que les femmes et les hommes travailleront de concert à appliquer les stratégies qu’il faut pour y parvenir.

Au cours des années 1980, la présence des femmes dans les programmes de génie a augmenté jusqu’en 2002, avant de régresser pendant près d’une décennie. La courbe s’est à nouveau infléchie vers le haut depuis dix ans, et les femmes représentent maintenant 20 % du total des inscriptions, en moyenne. Cependant, beaucoup quittent la profession au bout de cinq à huit ans, souvent à cause de la culture organisationnelle ou parce que les jeunes hommes obtiennent les promotions qu’elles estiment leur revenir. Il y a progrès à bien des égards, mais on n’entrevoit toujours pas l’équilibre hommes-femmes dans les facultés de génie. Les chances seront meilleures dès que les femmes et les hommes travailleront de concert à appliquer les stratégies qu’il faut pour y parvenir. Du reste, ces stratégies sont connues depuis un bon moment (20 ans environ; elles ont même été revues voici sept ans seulement). Il faut mobiliser toutes les parties prenantes et les convaincre que les changements attendus profiteront autant à la profession, qu’aux employeurs et aux ingénieurs.


Tracy Vaillancourt - Faculté d’éducation

Tracy Vaillancourt - uOttawa

Il faut augmenter l’effectif féminin des postes de direction, plus que symboliquement. Pourquoi? Parce qu’il est bien difficile d’inciter les filles et les femmes à choisir une profession sans leur fournir de modèle.

La situation des femmes à l’université a beaucoup progressé depuis mes débuts comme étudiante diplômée il y a 20 ans. L’avantage d’être à la Faculté d’éducation, c’est que nous sommes en grand nombre parmi la direction et le corps professoral. C’est encourageant, mais nous n’en sommes pas encore à la parité hommes-femmes.


Monica Nevins - Faculté des sciences

Monica Nevins - uOttawa

Les femmes sont indispensables à l’essor de la science moderne. La diversité accrue de la communauté scientifique élargit le champ de la recherche.

Certes, les progrès scientifiques des 50 dernières années sont admirables, mais il faut savoir qu’ils sont dus à l’impressionnante croissance de la communauté scientifique, attribuable entre autres à l’inclusion des femmes et d’autres groupes sous-représentés naguère encore.


Nadia Abu-Zahra - Faculté des sciences sociales

Nadia Abu-Zhara - uOttawa

En 2018, me voici à me demander ce que je veux, en tant que femme, pour moi et pour les autres. La réponse? Sécurité, justice et liberté.

Mais je pense aussi à ce que je ne veux pas. Je ne veux pas que les femmes soient victimes d’injustice, qu’elles aient peur, que la justice ne les protège pas ou qu’elles perdent leur liberté, en mon nom ou au nom des autres. Je veux que toutes les personnes victimes d’abus puissent se protéger et protéger ceux qu’elles aiment des abus financiers, psychologiques, affectifs, physiques, sexuels, verbaux, spirituels et environnementaux. Je veux que ces personnes soient libres de toute forme d’intimidation, de harcèlement et d’isolement social; je veux qu’elles échappent à la manipulation et à la manipulation de leurs enfants.


Jennifer Quaid – Faculté  de droit civil

Jennifer Quaid - uOttawa

Autant il y a eu des avancées faites pour établir un équilibre entre hommes et femmes, autant nous ne pouvons nier qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Que signifie être une femme en 2018? Personnellement, j’ai eu la chance de naître à un moment où les femmes et les filles sont appréciées et leurs contributions sont reconnues. Bien qu’il y ait toujours place à amélioration, j’ai étudié et j’enseigne maintenant dans un milieu dans lequel les femmes se démarquent; que ce soit les professeures, les étudiantes ou les membres du personnel de soutien. En tant qu’universitaire œuvrant dans un domaine juridique, j’occupe un poste privilégié - un poste dans lequel je peux effectuer de la recherche qui a un impact dans un domaine où remettre en question le statu quo est non seulement permis, mais attendu et fait partie d’un plus grand processus voué à rendre la loi juste et équitable pour tous.


Marie-Claude Audet - Faculté des sciences de la santé

Marie-Claude Audet - uOttawa

Être une femme de science en 2018, c’est avoir la possibilité de croire en ses rêves, foncer et prendre la place qui nous revient.

J’ai personnellement eu la chance d’avoir été supervisée par des mentors féminins et masculins exceptionnels qui m’ont toujours encouragée et poussée vers la réussite au cours de ma carrière. Malheureusement, bien que des avancées majeures aient été réalisées au cours des dernières décennies, il n’en demeure pas moins que les femmes sont sous-représentées dans la communauté scientifique canadienne et internationale. Il faut continuer nos efforts pour faire la promotion des sciences auprès des filles et des femmes et, surtout, augmenter leur accès aux programmes scientifiques et les encourager dans leurs démarches.


Nadine Wiper-Bergeron - Faculté de médecine

Nadine Wiper- Bergeron - uOttawa

Une femme en 2018 est en constante juxtaposition. Elle a plus de possibilités et une voix plus grande que jamais, mais reconnaît les défis qui subsistent en milieu de travail, les obstacles qui empêchent sa progression, qui retiennent son ambition et la font douter qu'elle mérite le bureau en coin.

Une femme en 2018 est bombardée par des images de beauté, cataloguant les lignes, les taches, les cicatrices et les plis qui forment son paysage tout en voulant être reconnue pour son leadership, sa créativité, son intelligence et son dynamisme. Elle cultive son indépendance et a soif de communauté. Une femme en 2018 est un balancier. Elle doit choisir soigneusement ce qu'elle veut équilibrer.


Angela Cameron – Faculté de droit - Section de common law

Angela Cameron - uOttawa

Le fait de côtoyer au quotidien des gens inspirants qui font face à ces injustices me rappelle tout ce qu’il nous reste à faire comme chemin et tout ce pourquoi nous devons nous battre. Toutes les femmes doivent bénéficier de la garantie d’égalité substantielle de la Constitution du Canada.

Je ne peux nier le fait qu’en 2018 être une avocate d’un certain âge, à peau blanche, de classe supérieure à la moyenne et avec une bonne éducation est une belle vie. Le fait que je sois lesbienne passe souvent inaperçu, laissant intact les privilèges que ma position dans la société m’octroient. Je suis fort bien rémunérée pour faire un travail qui me passionne dans un environnement syndicalisé, et mes connaissances, raffinées par ma fonction d’avocate, me permettent de naviguer les eaux troubles avec aisance, évitant des situations qui seraient qualifiées de sexistes par d’autres femmes. Si vous me preniez en exemple comme étant la norme, vous pourriez dire que tout va bien pour la femme en 2018.  

Cependant, mon expérience sert à illustrer les grandes inégalités auxquelles font face de nombreuses femmes qui n’occupent pas la même sphère sociale que moi. Elle sert à mettre l’emphase sur le fait que ces privilèges servent à protéger certaines d’entre nous de toute forme de racisme, de capacitisme, d’âgisme, de sexisme et d’homophobie que tant d’autres femmes doivent endurer au quotidien. 

Je sais pertinemment que je représente ce qu’une femme professionnelle POURRAIT avoir l’air. Je l’apprends grâce à mes étudiants. J’apprends des femmes qui terminent leur diplôme en droit avec une énorme dette sur le dos, qui, nous le savons, feront face au sexisme tout au long de leur carrière – elles feront aussi face à des situations d’iniquité salariale, d’harcèlement de la part de collègues et de clients, et d’embûches additionnelles au moment où elles voudront fonder une famille. J’observe l’inégalité systémique dont sont victimes les avocates des communautés ethnoculturelles, des barrières que sont le racisme et le sexisme dans la profession légale, et des avocates homosexuelles débutant une carrière qui sera semée d’embuches additionnelles que sont l’homophobie, la transphobie et autres formes d’exclusion.

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