Cette étudiante en droit veut faciliter l'accès à la profession aux personnes noires, autochtones et racisées de la communauté queer

Publié le mercredi 14 avril 2021

portrait de michelle liu

NDLR : Michelle Liu s'identifie comme une femme cis-queer avec les pronoms elle/la. Elle précise qu'elle s'exprime en se basant sur sa propre expérience, y compris ce dont elle a été témoin ou ce qu'on lui a rapporté.

« Trop de gens doivent taire leurs différentes identités ou les mettre à l’avant-plan en fonction des groupes où ils évoluent, » dit Michelle Liu, étudiante de première année à la Faculté de droit, Section de common law. « Étant une Canadienne d’origine asiatique, je dois régulièrement cacher mon identité queer à d’autres membres de la communauté asiatique pour des raisons culturelles, mais aussi à cause d’une homophobie qui prend racine dans la religion. J’ai donc très peu d’occasions de parler des obstacles que je dois surmonter en tant que personne racisée dans une communauté queer essentiellement blanche. C’est une situation que vivent presque toutes personnes autochtones, noires et de couleur de la communauté 2SLGBTQ+, et c’est une des raisons qui m’ont fait délaisser ma carrière en génie pour me diriger vers le droit. »

Après ses études en génie civil et quelques années dans la construction, un milieu qui, explique-t-elle, n’est pas particulièrement sensible aux enjeux d’équité, de diversité et d’inclusion, Mme Liu a décidé de mettre les huit dernières années derrière elle et de s’inscrire en droit à l’Université d’Ottawa pour acquérir des connaissances juridiques et développer ses qualités de plaideuse.

« Je suis très contente d’être en droit; je suis entourée de gens relativement attentifs à ces enjeux et désireux de changer les choses », indique-t-elle. « Je suis en début de carrière et j’aimerais me spécialiser en droit de la construction, un domaine grandissant du droit en lien avec mon parcours d’ingénieure. Mon objectif ultime est de défendre des groupes en quête d’équité au travail, en particulier en science, technologie, ingénierie et mathématiques. Je veux contribuer à attirer davantage de personnes d’identités intersectionnelles en génie. Actuellement, il y a peu de diversité et c’est ce qui m’a fait quitter la profession. Je veux faire en sorte que la prochaine génération n’ait pas à vivre la même chose. »

En attendant, Mme Liu saisit les occasions de prôner les droits des personnes autochtones, noires et de couleur et de la communauté 2SLGBTQ+ au sein de la Faculté de droit.

Elle a notamment mis sur pied un site Web pour OUTLaw, l’association officielle des étudiantes et étudiants 2SLGBTQ+ en droit de l’Université d’Ottawa afin de créer un environnement accueillant et sûr. On y trouve diverses ressources, dont la liste des membres du corps professoral qui sont des alliés. Avec OUTLaw et le Centre des carrières et du développement professionnel de la Faculté de droit, elle élabore des outils et organise des événements destinés à ses pairs de la communauté 2SLGBTQ+.

« La communauté 2SLGBTQ+ est beaucoup plus grande en droit que dans les programmes de génie et sur les chantiers, » dit-elle. « Nous sommes bien représentés. Il est donc naturel d’avoir des ressources qui correspondent à nos besoins. Par contre, les habitudes et le code vestimentaire dans les cabinets, par exemple, sont encore très hétéronormatifs : les hommes devraient porter un complet et les femmes, une jupe et une veste. Bien des gens peuvent se sentir exclus de ces ressources, ce qui pourrait amener les étudiant.e.s à se demander quelle est leur place dans un tel domaine. »

En février dernier, Mme Liu a organisé, en collaboration avec le CCDP, une table ronde sur les identités intersectionnelles en droit intitulée « Legal Career and Intersectional Identities » (en anglais seulement). Des chefs de file en matière de diversité et d’inclusion dans le domaine juridique y étaient réunis afin de discuter des nuances relatives aux identités marginalisées intersectionnelles et de leur incidence sur la recherche d’emploi au sein des grands cabinets.

« Nous avons exploré des sujets comme le fait d’indiquer ou non nos identités dans notre CV ainsi que la façon de s’habiller et d’interagir. Ce sont là des questions importantes, notamment pour les étudiants et les étudiantes en droit de première année qui n’ont jamais passé d’entretien d’embauche ni travaillé en entreprise », affirme-t-elle.

L’événement coïncidait d’ailleurs avec une activité de recrutement nationale qui se déroule en février et en mars et à laquelle prennent part de nombreux cabinets. « Grâce à cette concomitance, un plus grand nombre de personnes ont pu aborder le processus avec confiance », dit Mme Liu.
 

Capture d'écran des membres du panel sur Microsoft Teams

Voici quelques-uns des points à retenir de la table ronde :

  • Pour nombre d’entre nous, la décision de s’inscrire en droit était largement motivée par nos identités et nos expériences. Les personnes marginalisées sont attirées par le droit parce qu’elles y voient un moyen de faire avancer la justice sociale au travail et ailleurs. La vision que nous avions au départ ne se concrétise pas toujours, ce qui illustre bien sûr les difficultés d’être la première personne issue d’un groupe minoritaire ou de faire partie d’un groupe très restreint au travail, mais aussi les occasions qui s’offrent à nous.
  • Les changements de société que nous tenons pour acquis étaient impensables il n’y a pas si longtemps. Certes, le milieu demeure imparfait, mais les panélistes témoignent du fait que les personnes racisées, qu’elles soient queer ou non, trouvent leur place dans le cadre actuel.
  • Les employeurs comprennent de plus en plus l’importance de créer des environnements inclusifs, et les entreprises les plus dignes de votre talent verront la diversité comme un atout. Choisissez bien votre employeur. Prenez le temps de vous renseigner pour savoir s’il peut vous offrir un environnement sûr en parcourant ses médias sociaux, en établissant des contacts et en posant des questions. Dans un monde idéal, vous travaillerez avec des gens qui reconnaissent en vous l’expertise et la passion que vous vous employez à nourrir durant vos études.
  • Plutôt que de chercher à gommer vos identités, considérez votre lettre de présentation et vos entretiens comme des moyens d’exprimer qui vous êtes vraiment. Bien entendu, la tâche n’est pas aussi facile pour tout le monde : vous aurez peut-être l’impression d’être un objet de curiosité ou de voir votre accès à certains droits ou privilèges limités, et il n’est pas impossible qu’on fasse preuve à votre égard d’une ouverture purement symbolique. Quand vous vous retrouverez dans des situations inconfortables, rappelez-vous que d’autres vivent la même chose. Faites appel aux réseaux de soutien et aux ressources à votre disposition!

Mme Liu entend bien donner une voix aux personnes autochtones, noires et de couleurs, de même qu’aux personnes 2SLGBTQ+ et aux autres groupes en quête d’équité dans les divers rôles qu’elle occupera prochainement, à savoir présidente de l’Association des étudiants et étudiantes en common law et membre du Sénat de la Faculté de droit.

En consultation avec le Commissaire à l'équité du Syndicat étudiant de l'Université d'Ottawa (SÉUO), dont le rôle consiste notamment à consulter et à travailler en étroite collaboration avec les membres de la communauté 2SLGBTQ+, elle a fait adopter une politique d’utilisation des pronoms destinée aux membres de la direction et du Comité de direction du syndicat étudiant, afin de rendre les contenus numériques plus inclusifs.


Voici les quatre panélistes de la table ronde : Samantha Peters, la première mentore juridique pour la communauté noire de l’Université d’Ottawa; Nikki Gershbain, chef de l’inclusion chez McCarthy Tétrault; Paul Saguil, chef adjoint du programme d’application des sanctions et de lutte contre la corruption du groupe Banque TD; et Lucas Kilravey, associé chez Borden Ladner Gervais.

Vous avez manqué l’événement? Visionnez l’enregistrement de la table ronde Legal Career and Intersectional Identities (en anglais).

Haut de page