Le HAL s’intéresse à une nouvelle époque géologique

Publié le mardi 20 septembre 2016

Head of a rhinoceros — without its horn — is mounted to a wall.

Un taxidermiste prépare le montage d’une tête de rhinocéros (sans la corne) pour un chasseur russe. Photo : Laura Shine.

Par Linda Scales

Selon le professeur David Jaclin de l’École d’études sociologiques et anthropologiques, on trouve actuellement plus de tigres en captivité dans le Sud-Ouest des États-Unis qu’à l’état sauvage sur toute la planète. Cette statistique étonnante sur les tigres (il en reste moins de 4 000 à l’état sauvage) reflète la pression exercée sur eux par le braconnage, la disparition des habitats et la dégradation de l’environnement. La protection des tigres « représente le même défi que la protection de toute autre forme de vie qui entre en contact avec les humains », soutient M. Jaclin.

Si quelqu’un est au courant, c’est bien lui. En effet, M. Jaclin, anthropologue, se spécialise dans l’interaction humain-animal et a fondé en 2014 le HumAnimaLab (HAL). Relevant de la Faculté des sciences sociales, ce groupe de recherche pluridisciplinaire bilingue attire des étudiants et des professeurs de toutes les disciplines. Selon le site web du groupe, « [l]’objectif du laboratoire est de cartographier les rapports humains/animaux contemporains et d’enquêter sur la criminalité verte et le trafic international d’espèces menacées ».

« Dans ce laboratoire, nous nous intéressons à toutes les formes de vie et à la vie sous toutes ses formes », ajoute M. Jaclin.

L’époque de l’Anthropocène est arrivée

 one sitting is wearing a knitted cap, one in the rear is holding a boom microphone and one is operating a camera on a tripod.

Le professeur David Jaclin interviewe un chasseur en quête de trophées lors d’une récente étude sur le terrain en Afrique du Sud. Photo : Laura Shine.

Le groupe tente de mieux comprendre l’Anthropocène, (d’anthropos, « humain », et cène, « nouveau ») dit-il. Il s’agit d’une proposition de nouvelle époque géologique, caractérisée par l’impact de l’humanité sur la Terre et ses écosystèmes. Elle succéderait à l’Holocène, qui a commencé il y a quelque 12 000 ans, « mais cela nécessite la contribution de nombreux collègues. Nous avons tous un point de vue différent sur ce qui est en train de se produire, mais nous sommes tous d’accord sur le fait que le monde change à un rythme sans précédent », explique le professeur Jaclin

« Ce sont les géologues qui sont à l’origine de cette idée, ajoute David Jaclin. Ce sont eux qui disent : "Quand nous regardons la Terre aujourd’hui, nous voyons du bitume, de l’aluminium et des traces de radioactivité partout." Le visage de la planète a changé, et c’est cette réalité qu’ils reconnaissent en donnant à cette nouvelle époque le nom d’Anthropocène. »

Les anthropologues, qui réfléchissent au terme anthropos depuis fort longtemps, « s’intéressent aux peuples, aux cultures et à tout ce qui sous-tend leur vie, y compris les non-humains, bien sûr », rappelle M. Jaclin. Ainsi, les chercheurs en sciences sociales ont un grand rôle à jouer pour nous permettre de mieux comprendre cette nouvelle époque et notre monde changeant, et de trouver des solutions aux nombreux défis qu’ils proposent. « Toutefois, nous ne pouvons pas le faire seuls. »

Le HAL n’est pas seul

Fondamentalement, le HAL est un laboratoire ouvert où se retrouvent des étudiants et des professeurs d’anthropologie, de physique, de développement international, de communication, de droit et d’autres disciplines. Il est branché à un réseau mondial de collègues qui échangent des renseignements et des solutions. Durant l’année scolaire, les mardis après-midi, le laboratoire organise un groupe de lecture (en anglais) sur le campus pour élaborer des projets et débattre de différents sujets. De plus, une fois par mois, le groupe accueille un conférencier.

« Le laboratoire a pour objectif d’appuyer un projet de grande envergure », dit M. Jaclin en faisant référence à son étude, échelonnée sur dix ans, qui permettra notamment de cartographier de nombreux lieux emblématiques. « Ces lieux sont soumis à des pressions de toutes sortes sur le plan de la conservation et de l’exploitation », comme le braconnage, le trafic d’animaux et d’autres conflits humains-nature.

« Mon objectif est de faire mieux comprendre les transformations en cours dans certains espaces naturels emblématiques, comme la mythique savane sud-africaine ou le Grand Nord canadien. En cartographiant aussi bien les problèmes que les solutions (et parfois l’absence de solutions) proposées par différentes personnes touchées par les mêmes problèmes, je cherche à inventer non seulement un nouveau monde de solutions, mais aussi des solutions pour un nouveau monde. En définitive, le résultat sera très concret. »

« Le laboratoire est un véhicule pour réfléchir à ces grands enjeux », conclut M. Jaclin.

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