19-09-19 Science, confiance et démocratie à l’ère du numérique

Publié le vendredi 20 septembre 2019

Le jeudi 19 septembre 2019, à 9 h
Salle Hugette-Labelle, Université d’Ottawa

Veuillez noter que les discours sont publiés dans la langue dans laquelle ils ont été présentés.
Seule la version prononcée fait foi.

Let me begin by asking: why are we gathered here? I don’t just mean what issues are we here to discuss, but why are we gathered here, on this spot? What is special about this place?

Anyone?

The answer is that this place is special because it is a university. It is of course the University of Ottawa, and I could tell you all about our world-class research, about our long and proud history, about our status as the world’s largest bilingual French-English university – but in the big picture what matters is not that this is the University of Ottawa, but that this is a university.

L’importance sociohistorique de l’université en tant qu’institution fondamentale de la pensée critique et de l’analyse est la véritable raison pour laquelle nous discutons ici de l’intersection de la science, de la confiance et de la démocratie.

Parce que depuis presque mille ans, l’université a été le foyer de la plus rigoureuse quête de savoir et d’un échange vital de connaissances à propos de nous-mêmes et du monde.

Depuis le Moyen-Âge, les savants ont voulu participer à un discours partagé à propos de la connaissance, à propos de sa nature et de ses formes.

Depuis les Lumières, et plus encore depuis la Révolution Industrielle, la mise en pratique de ce savoir pour le ramener dans le monde réel est une des forces qui sous-tend les activités universitaires partout autour du globe.

Cet impératif, cette volonté de progrès, c’est la raison pour laquelle cette université – comme les autres ailleurs dans le monde – est peuplée de chercheurs et de chercheuses se consacrant à la découverte de nouveaux traitements médicaux, de nouveaux matériaux de synthèse, de nouvelles sources d’énergie renouvelable, de nouvelles approches pédagogiques, de nouveaux cadres juridiques autochtones, et bien plus encore.

This pursuit of progress on behalf of society as a whole – the hunger to improve our knowledge systems, our governance systems, our living conditions – has led to countless useful discoveries at universities, discoveries that have saved millions of lives and bettered millions more.

And while it is true that our collective pursuit of knowledge has not always been valued, nor always been successful, what is certain is that our institutional commitment to knowledge has never wavered. It is what we have done. It is who we have been.

Yet we have taken for granted that our preeminent institutional relationship to knowledge would never – could never – be challenged; that the preeminent social role of knowledge itself would never – could never – be challenged.

Well it turns out that we were wrong, because today those assumptions are being challenged, and challenged very aggressively.

Dans les faits, c’est la mission même de l’université qui semble faire face à un péril grandissant. Le respect collectif pour la connaissance est assiégé. J’irais jusqu’à affirmer que les universitaires de tous les horizons sont aux prises avec une crise épistémologique.

Des réseaux numériques mondiaux d’une complexité et d’une échelle sans précédent ont bouleversé la façon dont le savoir est produit, géré et évalué.

Ils ont établi de puissants nouveaux types de savoirs informatiques. Et ils ont aussi mis en place de nouveaux modèles de diffusion, d’évaluation et validation de la connaissance jouissant d’un pouvoir d’influence extraordinaire.

Et pourtant, du même coup, ils ont instauré de nouvelles façons extraordinairement puissantes de mentir.

On ne parle pas ici seulement de fausses nouvelles, mais bien d’un rejet en bloc des faits et de la vérité.

De plus en plus, des gouvernements se moquent de la vérité et justifient leurs mensonges en invoquant la liberté d’expression à l’aide d’arguments fallacieux, alors même que des agents politiques déstabilisateurs s’affairent à pervertir la réalité objective à coups de faits alternatifs et d’événements imaginaires.

Cette désinvolte accolade politique avec la malhonnêteté est périlleuse pour la société dans son ensemble et pour les universités et la science en particulier, parce que nous nous sommes toujours fait les champions de la vérité.

En Hongrie, à titre d’exemple, Viktor Orban a fermé les portes de l’une des plus importantes universités du pays avant de prendre le contrôle de l’académie nationale des sciences pour ses propres fins.

Au Brésil, Jair Bolsonaro a affirmé que l’Amazonie ne brûlait pas. Il a même qualifié de « mensonges » les données satellites dévoilant l’étendue de la déforestation.

Dans ces démocraties l’assaut instrumentalisé sur la vérité, l’érudition et la connaissance scientifique est florissant. Pourtant, la crise la plus importante se déroule tout juste au sud de notre frontière.

Là-bas, en effet, une nation reconnue pour ses extraordinaires exploits scientifiques est en train de tourner le dos à la science, de tourner le dos au savoir. Le leadership du pays le plus influent sur terre préfère le préjugé à l’analyse, l’opinion à la preuve scientifique; il préfère le mensonge à la vérité, l’ignorance au savoir.

La connaissance, ou plutôt l’assaut qu’elle subit alors que le profit et le pouvoir cherchent à la dénaturer, la polluer et l’effacer, est au cœur de ces bouleversements. C’est le monde dans lequel nous vivons, un monde où la connaissance – désormais formatée en code binaire – est régie par ceux et celles qui créent et déploient des algorithmes automatisés, itératifs et ciblés, et non par les principes savants de collégialité et d’échange critique.

C’est notre devoir de nous assurer que cet univers de science-fiction ne devienne pas une dystopie.

To do so we must turn and face these challenges with candour and humility. We must acknowledge – and even embrace – the disruptive power of the networked world, engaging with the best of what digital systems have to offer, and so learn to better iterate, to better collaborate, and to better respond. Only by seeking to understand and engage this new networked world can we effectively import into it that which we hold dear; our intellectual rigour and analytical expertise, our liberal values, and our transcendent commitment to the pursuit of knowledge and truth.

Our world needs all of these to balance out the epistemological chaos of the virtual world, where everyone is busy being and seeing everything and nothing all the time. Just as we need it to counter the increasingly dangerous attacks on knowledge in the political sphere.

As scholars, we are stewards of the past. And yet the reality is that we cannot remain true to our past without adapting to the future. For the science fiction future is here to stay.

La bonne nouvelle, c’est que nous sommes ici pour de bon nous aussi. C’est grâce à l’implication d’universitaires comme vous, travaillant de façons interdisciplinaire et internationale, au sein d’institutions visionnaires offrant leur leadership et leur assistance, que nous pouvons relever ces défis et les surmonter.

Cette lutte, c’est notre responsabilité, celle de chaque intellectuel, de chaque scientifique. Nous devons réaffirmer l’importance cruciale du savoir dans le domaine public ainsi que l’importance fondamentale de la preuve scientifique.

C’est une vérité encore plus urgente alors que l’écosystème planétaire arrive à un moment charnière.

Et nous avons déjà entrepris la lutte.

Nous faisons appel ici même à notre rigueur intellectuelle et à notre expertise en matière d’analyse.

Nous mettons en action ici même nos valeurs libérales.

Et nous manifestons notre quête de savoir et de vérité ici même, tout en nous engageant radicalement avec la sphère numérique.

This is essential work. Because this is our future too. I’m proud to be part of this effort to create it together.

Merci.

 

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