Une aide précieuse dans la maison

Rachel Homan

Le « jeu intérieur » de l’équipe de curling de Rachel Homan se porte à merveille grâce aux bons soins d’une spécialiste de l’Université d'Ottawa.

Par Philip Jenkins

Si le voyage vers un lieu de compétition fait souvent partie des bons côtés de l’aventure, le périple jusqu’à Riga, en Lettonie, où s’est tenu le championnat mondial féminin de curling en mars dernier aura plutôt été un premier obstacle à franchir pour la capitaine Rachel Homan et son équipe du club de curling d’Ottawa.

Clouée au sol à l’aéroport de Francfort (en Allemagne) pour plus d’une journée en raison de la neige, l’équipe est arrivée au championnat fatiguée par le décalage horaire et plutôt de mauvaise humeur… ce qui n’est pas tout à fait l’état d’esprit souhaité pour affronter les meilleures curleuses du monde. Espérant se qualifier pour les Jeux olympiques de Sochi, en Russie, en 2014, elles ont vite dû se concentrer sur leur « jeu intérieur ».

Et ce travail de discipline mentale, c’est Natalie Durand-Bush qui s’en charge. Professeure de psychologie du sport à l’École des sciences de l’activité physique de la Faculté des sciences de la santé de l'Université d’Ottawa, elle travaille avec les diplômées de l’Université Rachel Homan (24 ans), Lisa Weagle (27 ans), Alison Krevaziuk (23 ans) et une diplômée de l’Université Carleton, Emma Miskew (24 ans), depuis six ans, soit depuis leurs débuts dans l’équipe de curling junior. Accompagnant l’équipe à Riga, elle confirme que l’équipe a n’a pas entrepris sa compétition dans des conditions idéales en raison de la fatigue et de l’adaptation nécessaire à de nouvelles conditions.

« Il y aura toujours des distractions, dit-elle. Plus vite on s’adapte, mieux c’est. » Natalie Durand-Bush raconte que les premiers jours, l’équipe avait du mal à s’adapter à la nouvelle glace et que « les filles vivaient beaucoup de frustration. Nous leur avons dit de relaxer, d’être satisfaites de leur jeu même si ce n’est pas parfait, car la perfection n’est pas facile. » Elle relate en souriant les paroles de l’entraîneur, Earle Morris : « Vous visez la perfection, mais l’excellence est aussi tolérée. »

Selon Mme Durand-Bush, la clé pour remettre l’équipe sur les rails était la communication. « Nous parlons de communication verbale et de communication non verbale. Comment parlez-vous à vos coéquipières? Comment perçoivent-elles ce que vous leur dites? Nous parlons de tout cela ouvertement, en donnant des exemples et en présentant des vidéos au besoin. Nous tenons toujours une réunion avant le match et une après. »

L’entraîneur et elle s’entendent sur le message à livrer, à qui le livrer et à quel moment. « Nous réfléchissons aux conséquences potentielles : sommes-nous prêts à ouvrir ce panier de crabes ou devrions-nous attendre après la partie cruciale de ce soir? Tous ces petits détails y sont parfois pour beaucoup. »

Rachel Homan acquiesce : « Une mauvaise communication entre nous peut nous coûter une partie. Natalie nous surveille et nous rappelle de mettre ses conseils en pratique. »

La grande question que se pose tout joueur occasionnel ou gérant d’estrade : comment gérer la pression lorsque l’on s’apprête à lancer une pierre gagnante?

Natalie Durand-Bush répond : « Chaque joueuse a sa routine avant un lancer. Nous leur demandons ce qu’elles veulent accomplir dans le feu de l’action. Oui, c’est peut-être le lancer décisif, mais la victoire ne sera que le résultat. Oui, il y aura de la pression dans l’air, mais techniquement, vous n’y changerez rien. La capitaine joue toujours les coups les plus difficiles. Plus la semaine avance, plus nous la préparons à placer cette dernière pierre au centre de la maison et à se nourrir de la pression. Dans les parties serrées en ronde préliminaire, nous soulignons ces moments, qui sont une bonne pratique pour la finale. »

« J’aime jouer sous pression, dit Rachel Homan. C’est mon travail d’être capable de placer les pierres malgré la pression. Je dois avoir confiance en ma capacité de réussir et ne pas me laisser envahir par les émotions. »

Photo : Site Web de l'équipe Homan

Natalie Durand-Bush précise qu’il est rare qu’une équipe revienne d’un premier championnat mondial avec une médaille. L’équipe de Rachel Homan a amorcé le tournoi en désavantage, elle s’est adaptée et a finalement remporté le bronze.

« Nous avons connu des embûches, explique la capitaine, et elles ont été positives pour notre équipe. Je pense que nous avons beaucoup appris. Nous avons travaillé fort, en équipe, jusqu’à la toute fin. J’étais fière que nous ayons remonté la pente pour participer à la finale. » Elles étaient à un lancer — une sortie difficile de deux pierres — de passer à la grande finale.

« Elles sont très jeunes, dit la professeure Durand-Bush, et elles ont connu beaucoup de succès. Je leur prédis un avenir rempli de médailles. J’admire leur rigueur et leur ardeur au travail. Les sacrifices que doivent faire les athlètes d’élite sont incroyables. »

Photo principale :
Rachel Homan. Photo : Site Web de l'équipe Homan

Natalie Durand-Bush

« Je leur prédis un avenir rempli de médailles. » — Natalie Durand-Bush, professeure de psychologie du sport à l’École des sciences de l’activité physique à l’Université d’Ottawa

 

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