Atrocités : réveiller les consciences

Ensemble de tentes serrées les unes contre les autres dans un désert. Devant l’une d’elles, une femme penchée sur un petit garçon qu’elle tient par les bras.

Bernard Kouchner, un des plus grands défenseurs des droits de la personne, n’a laissé personne indifférent lors de sa présentation dans le cadre de la série de conférences Alex Trebek durant la Semaine des diplômés 2018. Apprenez-en plus sur son parcours et ses positions sur l’intervention humanitaire.

 

Bernard Kouchner

Bernard Kouchner

Par Sophie Coupal

Bernard Kouchner n’est pas du genre à rester silencieux devant la détresse humaine. Il le prouve dès la fin des années 1960, lorsqu’il décide de témoigner des horreurs qu’il a vues comme médecin en mission humanitaire au Biafra, rompant ainsi avec le devoir de silence que lui impose son contrat avec la Croix-Rouge.

À l’époque, les États disposent effectivement du droit de vie et de mort sur leurs citoyens. Les mains liées par le principe de la souveraineté étatique, la communauté internationale ne peut (ne veut?) pas vraiment intervenir.

« Peut-on les laisser mourir sous prétexte qu’une frontière nous sépare de leurs plaintes? », demandera Kouchner à plusieurs reprises au fil des années.

Ne pas les laisser mourir

À cette question encore brûlante d’actualité, Bernard Kouchner lui-même a toujours répondu par la négative. Comme cofondateur de Médecins Sans Frontières et de Médecins du Monde, il était de ces médecins qui se sont rendus, au besoin de façon illégale et souvent au péril de leur vie, sur des territoires en guerre « du Liban au Vietnam, du Salvador au Kurdistan, du Moyen-Orient à l’Afrique, de l’Afghanistan à la mer de Chine » pour porter secours aux victimes.

« Je respecte la souveraineté des États lorsqu’elle est respectable, écrivait-il en 2005, pas quand elle devient prétexte aux massacres des minorités. Je respecte la loi; mais parfois il faut lui préférer la justice. »

Mobiliser la communauté internationale

Après avoir fait son entrée en politique française à la fin des années 1980, Bernard Kouchner a participé de près à plusieurs avancées de l’ONU dans le domaine de l’action humanitaire, notamment pour garantir l’accès des sauveteurs aux victimes et établir des « couloirs d’urgence » pour la distribution d’aide médicale et alimentaire.

L’ex-ministre des Affaires étrangères, qui a aussi été haut représentant de l’ONU au Kosovo, s’est également fait connaître comme théoricien et défenseur du « droit d’ingérence humanitaire », ancêtre politiquement incorrect de la Responsabilité de protéger, ce principe de droit international adopté à l’unanimité par l’ONU en 2005 pour prévenir les génocides, les crimes de guerre, l’épuration ethnique et les crimes contre l’humanité.

À l’heure où l’application de la Responsabilité de protéger accuse de sérieux ratés — notamment au Myanmar et en Syrie — Bernard Kouchner continue de plaider pour les victimes et de pourfendre l’indifférence et l’inaction pour réveiller les consciences.

Bernard Kouchner sur...

 

La Ghouta orientale en Syrie

« Le massacre a eu lieu. J’espère qu’il ne se poursuivra pas pour les quelques milliers de personnes qui peuvent être sauvées si l’action humanitaire se précise et si les convois humanitaires rentrent dans la Ghouta orientale. Mais nous avons perdu. Arrêtons de nous gargariser. Qui peut arrêter ce massacre ? Mais on ne l’a pas arrêté, encore une fois nous avons été extrêmement passifs. »

— franceinfo.fr, février 2018

La situation au Myanmar

« C’est une tuerie [...] Ce n’est pas parce qu’on a le prix Nobel qu’on est un exemple de pureté. [Aung San Suu Kyi] persécute les musulmans. »

— franceinfo.fr, 2017

L’accueil des réfugiés en France

« L’accueil des réfugiés est un devoir moral et une obligation légale. »

— franceinfo.fr, 2015

L’inaction

« On ne peut pas se réfugier derrière l’excuse de l’impuissance. Jamais les États n’ont disposé d’autant de moyens pour intervenir. Jamais il n’y a eu autant de volontaires, prêts à se rendre sur le terrain. Jamais les moyens logistiques n’ont été à ce point développés. Jamais l’information n’a été à ce point disponible. »

— Discours à Genève, 2010

L’ingérence

« Que faites-vous lorsqu’un [...] gouvernement absurde dit : “non” à ceux qui veulent aider? Quelle est la valeur de ce “non”? Quelle force a-t-il, dans la bouche de ceux qui trahissent leur devoir? Quelle force a-t-il, en face de l’impérieuse responsabilité de porter assistance? »

— Discours à Genève, 2010

La responsabilité des États

« Nul n’a le droit de prendre sa population en otage. Nul n’a le droit de laisser mourir son peuple. »

— Discours à Genève, 2010

La responsabilité de protéger

« Soyons lucides : il a fallu des années pour que la notion de responsabilité de protéger soit adoptée. Il faudra encore bien des efforts pour qu’elle soit appliquée de manière satisfaisante. »

— Discours à Genève, 2010

L’intervention humanitaire

« Rien d’automatique ni de facile dans le concept d’intervention. La protection des faibles [...] s’avère une difficile et dangereuse aventure [...] Il s’agit d’une épopée nécessaire et formidable, dont on ne ressort jamais indemne. »

— « À qui appartient le malheur des autres? », Imaginaire et inconscient, 2005

La dignité humaine

« Ce qui n’a pas changé, et qui ne changera pas, et qu’il faut regarder tous les jours avec des yeux neufs, pour lutter contre l’habitude qui endort, le cynisme qui guette, et le confort des cadres établis : c’est la fragilité de cette toute petite chose, de cette chose immense : la dignité humaine. »

— Discours à Genève, 2010

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