Au-delà du cancer

Sophie Lebel tient un bouquet de jonquilles,

« Il est question d’une peur de récidive fondée qui provoque tout un questionnement existentiel. En tant que psychologue clinicienne, j’ai le privilège d’accompagner mes patients dans ce cheminement. »

— Sophie Lebel

Par Sonia Vani

À l’École de psychologie de la Faculté des sciences sociales, la chercheuse et professeure Sophie Lebel puise dans son vécu personnel et dans ses expériences professionnelles en tant que psychologue clinicienne pour développer des méthodes d’interventions novatrices. Elle y parvient, en partie, grâce à une subvention importante de la Société canadienne du cancer. Certainement, elle y arrive aussi grâce à son approche qui lui permet d’équilibrer empathie, intuition et rigoureuse analyse scientifique.

« Pour moi, l’idée et le désir d’en connaître plus sur l’oncologie sont d’abord nés du fait que j’ai vu mes proches souffrir du cancer », a confié Mme Lebel. « Au fil du temps, grâce à mes expériences personnelles et professionnelles, ma compréhension des effets physiques et cognitifs des maladies chroniques a beaucoup évolué. »

Ce qui intéresse la professeure Lebel, c’est le continuum de défis physiques et cognitifs auxquels font face les personnes touchées par le cancer, en partant du diagnostic et allant jusqu’à la rémission.

Les survivants du cancer ne se font généralement pas dire qu’ils sont « guéris à 100 % ». Ils entendront plutôt « qu’il n’y a pas de signes de la maladie en eux, en ce moment », ou encore,
que « dans les cinq prochaines années, les chances de récidives sont de 75 % ». Mme Lebel tente donc de trouver des moyens pour appuyer les patients qui se demandent comment rétablir un semblant de vie normale, malgré un avenir incertain.

« Ce n’est que vers la fin du 20e siècle que la communauté scientifique commence à s’intéresser à ce qui se passe après qu’une personne est en rémission d’un cancer. Longtemps, on s’attendait à ce que les patients reprennent leur train de vie habituel, post-traitement. »

Pourtant, la réalité observée est autre, et les séquelles physiques ne sont pas insignifiantes : fatigue et troubles du sommeil qui perdurent, par exemple, et fonctions cognitives diminuées.

« Après un cancer, il se peut que les survivants aient une qualité de vie physique et cognitive diminuée, et ça, on ne le savait pas. Il est question d’une peur de récidive fondée qui provoque tout un questionnement existentiel : “Est-ce que je vais mourir? C’est quoi une bonne mort? Mes proches souffriront-ils à cause de moi? Vais-je devoir dépendre des autres?” En tant que psychologue clinicienne, j’ai le privilège d’accompagner mes patients dans ce cheminement qui catalyse chez eux d’importantes prises de conscience. »

La subvention de recherche de la Société canadienne du cancer permet à la professeure Lebel et son équipe d’élaborer, jusqu’en 2017, des outils et interventions (entrevues qualitatives, sondages, études longitudinales, études des dyades patients-aidants, interventions de groupes, interventions individuelles, etc.) auxquels les cliniciens peuvent faire appel quand ils traitent des patients qui cherchent un appui pour s’engager dans l’avenir sachant que leur cancer reviendra peut-être.

« Ce qu’il faut, c’est un système d’intervention qui appuie les patients et qui les aide à gérer cette peur afin qu’elle prenne moins de place. On tente de trouver des façons de traduire notre recherche en milieux hospitaliers, de formuler des recommandations fondées sur des preuves, de passer de la science aux implications politiques et de faire en sorte que nos propositions soient facilement récupérables par divers professionnels du domaine de la santé. »

La professeure Lebel souhaite par la suite diversifier sa recherche, pour savoir si on trouve aussi cette crainte de récidive ou de progression de la maladie dans le contexte d’autres conditions chroniques, telle la maladie de Parkinson. Elle affirme que, pour ce faire, « il faut sortir de sa tour d’ivoire et éviter de travailler en silo ».

L’exercice demande de chercher les ressemblances dans les mécanismes du côté du patient ou du clinicien afin de déterminer si les modèles utiles pour l’un pourraient aussi servir à l’autre.

« Ce que je souhaite ultimement, dit-elle, c’est de développer un modèle d’intervention qui pourra aussi servir, un jour, à ceux qui vivent avec d’autres maladies chroniques. »

Photo principale :
Sophie Lebel tient un bouquet de jonquilles, symbole de la Société canadienne du cancer. Elle espère que son travail va un jour servir à des patients aux prises avec un éventail de maladies chroniquesPhoto : James Park

Sophie Lebel est assise sur un banc à l’extérieur.

Le professeur de psychologie Sophie Lebel développe des outils qui permettront aux patients de surmonter leurs craintes d’une récidive du cancer. Photo : James Park

 

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