Cannabis : à l'aube de la légalisation

Un travailleur portant un filet à cheveux et des lunettes de soleil s’occupe de plants de marijuana dans une serre.

Le Canada deviendra bientôt le premier pays du G7 à légaliser le cannabis récréatif. Cinq diplômés dont l’emploi est touché par cet important changement nous font part de leurs réflexions à ce sujet.

Par Linda Scales

Le 17 octobre, le Canada deviendra le premier pays du G7 à légaliser le cannabis récréatif. Nous avons demandé à cinq diplômés de l’Université d’Ottawa de nous livrer leur point de vue sur certaines des limites et des possibles de cet important changement. Respectivement experts en production de cannabis, en recherche en santé, en droit du travail, en assurance de la qualité et en réglementation gouvernementale, nos diplômés illustrent toute la diversité du travail qui existe dans ce secteur en expansion.


Une chance à saisir pour le Canada

Mark Zekulin (LL.B. 2007) est président et coprésident-directeur général chez Canopy Growth, située à Smith Falls, en Ontario. Présente dans onze pays répartis sur cinq continents, cette entreprise est la plus importante productrice de cannabis à des fins médicinales au monde. Canopy Growth a été la première entreprise de production de cannabis à figurer à la Bourse de Toronto et, plus récemment, au New York Stock Exchange. Cette année, Mark Zekulin a fait partie de la liste des 40 personnes de moins de 40 ans s’étant le plus démarquées.

Le Canada a une chance incroyable à saisir en faisant prospérer une nouvelle industrie et soustrayant à la prohibition un produit incompris. Évidemment, tout ne sera pas facile, mais il en ressortira des défis intéressants que j’ai hâte de relever. Ici, au Canada, nous avons la possibilité d’établir une norme mondiale pour la légalisation du cannabis récréatif et la façon de la mettre en œuvre de manière responsable. Lorsque des préoccupations ou des difficultés se présenteront, nous ferons tout pour trouver des solutions et favoriser le progrès.

Nous commençons à peine à entrevoir le potentiel de ce secteur. Quand on discute de ce qui pourrait se produire avec le cannabis récréatif au Canada, ou avec le cannabis à des fins médicinales dans le monde, on oublie parfois à quel point les possibilités sont variées. Évidemment, nous avons besoin de personnes qui ont de l’expérience avec le cannabis, par exemple en agriculture et en marketing, mais il se présente aussi des occasions dans de nombreux domaines connexes.


Un tremplin pour la recherche

Amy Porath, Ph.D. (B.A. 2001) est directrice de la recherche au Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, à Ottawa. Forte de ses 17 ans d’expérience en recherche sur le cannabis, Amy Porath collabore avec des intervenants clés des secteurs public, privé, sans but lucratif et universitaire pour combler les lacunes en connaissances sur le cannabis qui éclaireront les politiques, les programmes et les pratiques qui lui sont liés.

La légalisation représente une occasion unique pour le Canada de devenir un leader international : elle stimulera la recherche sur le cannabis et la fera avancer. Nous en savons certes beaucoup sur les effets de l’utilisation du cannabis à des fins autres que médicinales, mais nos connaissances actuelles comportent encore d’importantes lacunes. Nous devons également accélérer la recherche sur le potentiel thérapeutique du cannabis, ce qui nous aidera à optimiser les bienfaits pour la santé des Canadiens.

De plus, la légalisation facilitera et approfondira la recherche sur le cannabis par l’entremise de partenariats avec le milieu de la recherche universitaire, les organismes de santé nationaux et provinciaux, l’industrie, les personnes qui ont des expériences de vie reliées au cannabis et les utilisateurs de connaissances.

Il existe aussi quelques possibilités d’emploi intéressantes pour les jeunes diplômés de diverses disciplines, dont les sciences physiques et sociales, ou la technologie et l’innovation. En fait, dans mon organisme, quelques postes liés au cannabis seront créés d’ici quelques mois.


De nouveaux enjeux pour les employeurs

Joël M. Dubois (LL.B. 2002) est avocat plaidant et partenaire chez Perley-Robertson, Hill & McDougall LLP, à Ottawa. Il pratique le droit en français et en anglais et sera l’un des professeurs du cours sur la réglementation du cannabis offert aux étudiants du programme de common law de l’Université d’Ottawa en janvier 2019.

La légalisation aura des répercussions sur tous les aspects de la société canadienne, certains plus que d’autres. Pour les employeurs, l’une des plus grandes difficultés consistera à déterminer les règles en milieu de travail. L’Ontario aura des règles très strictes quant à la consommation, qui ne sera possible que dans les résidences privées et absolument interdite au travail.

Au Québec, il sera permis de consommer du cannabis partout où il est permis de fumer la cigarette. Une des difficultés ici, dans la région de la capitale nationale, résidera dans la différence entre les législations de l’Ontario et du Québec. Je connais des gens qui font de longues promenades pendant l’heure du dîner : ils quittent Ottawa, traversent l’un des ponts vers Gatineau et reviennent vers Ottawa par un autre pont. Sans règles précises dans le milieu de travail, les employés pourraient aller fumer en toute légalité de l’autre côté de la frontière pendant l’heure du dîner et revenir travailler ensuite.

Dans le cours sur la réglementation du cannabis que je donnerai à l’Université d’Ottawa, je parlerai des enjeux liés à la main-d’œuvre et à l’emploi, tandis que des collègues de mon cabinet, dont Megan Wallace (LL. B. 2009), traiteront du droit des affaires. De plus, un avocat abordera l’immigration et les questions transfrontalières, qui représenteront des enjeux pour les gens d’affaires. Le droit des biens constitue aussi une grande préoccupation.


Des avantages pour les consommateurs

Emily Bryans (B.Sc. 2016) est spécialiste de l’assurance-qualité chez Hydropothecary (également connu sous le nom de HEXO Corp.), un producteur gatinois de cannabis médicinal et récréatif. Elle y veille à la qualité des produits, de la production à la distribution, en passant par la transformation.

Ce que je préfère dans cette industrie, c’est les interactions que j’ai chaque jour avec une multitude de jeunes professionnels. Grâce au travail acharné de mes collègues, à leur dévouement et à leur engagement, je suis convaincue que nous pourrons surmonter toutes les difficultés que nous rencontrerons.

La légalisation présente déjà des avantages pour les Canadiens : elle crée de l’emploi, des occasions de recherche et des possibilités d’investissement, et met à leur disposition des produits de qualité, abordables et originaux. Les consommateurs auront bientôt la liberté de choisir quels produits de cannabis ils veulent consommer, et ce, en toute tranquillité d’esprit, car ils sauront exactement ce qu’ils achètent.


Des compétences recherchées

Andrew Waye (B.Sc. 2007, Ph.D. 2015), est évaluateur scientifique principal, Direction générale de la légalisation et réglementation du cannabis pour Santé Canada. À l’Université d’Ottawa, il a étudié en ethnobotanique (l’étude de l’utilisation des plantes par l’homme à des fins médicinales) et en neuroendocrinologie (la façon dont le cerveau contrôle les hormones du corps). Il met son expertise en application à Santé Canada dans l’élaboration de politiques visant à règlementer le cannabis légal.

C’est le moment idéal d’intégrer l’industrie du cannabis. Elle n’en est qu’à ses débuts et a besoin d’esprits motivés et compétents en sciences, en droit, en économie, en éducation, alouette! Les compétences qu’elle requiert vont de la chimie et de la programmation à la communication et au design.

Peu importe votre expérience ou vos connaissances, ce secteur pourra probablement les mettre à profit. Et quand vous aurez intégré cette industrie qui croît et évolue à une vitesse fulgurante, assurez-vous d’être efficace et flexible, car votre réussite en dépendra.

Photo principale :
Canopy Growth

Mark Zekulin

Mark Zekulin : « Si on m’avait dit il y a cinq ans où notre entreprise et moi en serions rendus, je ne l’aurais jamais cru. Le rythme du changement et de la croissance a été phénoménal. »

 

Amy Porath

Amy Porath : « Mon expertise m’a permis de contribuer aux efforts nationaux de sensibilisation du public canadien au sujet du cannabis. »

 

Joël M. Dubois

Joël M. Dubois : « Nous avons décidé d’offrir le cours, car la légalisation aura des répercussions sur tous les aspects de la société canadienne. »

 

Emily Bryans

Emily Bryans : « Chaque jour, je progresse dans ce domaine en utilisant les connaissances que j’ai acquises jusqu’à maintenant. »

 

Andrew Waye

Andrew Waye: « Plus on se rapproche du moment où la nouvelle Loi sur le cannabis entrera en vigueur, plus l’industrie a besoin d’individus compétents qui peuvent y évoluer efficacement. »

 

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