Cap sur l’avenir avec Jacques Frémont

Jacques Frémont, souriant, est assis devant un tableau dépeignant une scène d’hiver dans la forêt.

« Nous disposons d’un terreau fertile pour transformer notre université. Nous avons une personnalité forte et nous nous démarquons par notre nature bilingue et par notre ouverture sincère sur le monde. Il nous faut évoluer à partir de ces atouts. »

– Jacques Frémont

Par Kelly Haggart

Fils de deux universitaires de carrière, le nouveau recteur de l’Université d’Ottawa a l’éducation supérieure imprimée dans les gènes. Celui dont la carrière a toujours été étroitement liée aux universités a beaucoup réfléchi sur l’avenir de ces établissements.

Jacques Frémont a grandi dans une maison imprégnée de l’ambiance intellectuelle d’une grande université. Professeur de physique et d’astronomie à l’Université Laval, le père est devenu plus tard administrateur au sein du même établissement puis directeur des Presses de l’Université Laval. La mère, en avance sur son époque, est retournée à l’université au début de la trentaine, lorsque Jacques et ses deux sœurs étaient enfants. Elle est devenue professeure à l’Université Laval après avoir obtenu un doctorat en critique littéraire psychanalytique.

« Elle invitait des amis du département de littérature à la maison, ce qui contrastait vivement avec l’univers scientifique de mon père, se souvient M. Frémont. Cette maison m’a offert un univers très stimulant. »

C’est en jetant un coup d’œil sur les premières années de la vie de Jacques Frémont que nous comprenons mieux l’aisance naturelle de ce dernier sur le campus de même que son éternelle soif d’apprendre dans toutes les disciplines et dans les deux langues officielles. Les années de primaire à l’école des jésuites instillent en lui le désir de rendre le monde meilleur. Le jeune élève du Collège Saint-Charles-Garnier à Québec voulait déjà changer les choses, « une saine attitude à un jeune âge », souligne-t-il.

« Le charme de la vie universitaire »

Interrogé sur ce qui l’a amené à travailler dans le milieu universitaire, il répond avec enthousiasme, le regard illuminé : « le mélange de savoir et de passion » qui rend les universités tellement intéressantes.

« Les campus sont des endroits très différents de ce que l’on retrouve ailleurs dans la société; il y règne une culture unique, explique-t-il. Ces petites villes extrêmement diversifiées regorgent de gens allumés aux aspirations et aux valeurs profondément ancrées. Appelons cela le charme de la vie universitaire. »

L’attrait de l’Université d’Ottawa, riche d’une longue histoire de cohabitation harmonieuse du français et de l’anglais, a été fort au point que M. Frémont a laissé son poste de président de la Commission des droits de la personne du Québec. Ce spécialiste des droits de la personne et du droit constitutionnel, qui a enseigné dans des universités au Canada et ailleurs a été grandement impressionné par l’envergure internationale et la réputation d’excellence en enseignement et en recherche de l’Université d’Ottawa.

Après de nombreuses années comme professeur de droit à l’Université de Montréal, M. Frémont a accédé successivement aux postes de doyen, puis de provost et vice-recteur dans cet établissement. Jusqu’à tout récemment, le poste de recteur manquait à sa feuille de route. Après une « transition très sereine » grâce au recteur sortant Allan Rock, M. Frémont a assisté au séminaire de Harvard pour les nouveaux recteurs, sorte de « camp d’entraînement » annuel auquel assistaient, parmi les quelque cinquante autres participants cette année, des collègues de trois autres universités canadiennes (Saskatchewan, Ryerson et Sainte-Marie).

« La plupart d’entre nous étions trop novices pour avoir été confrontés à de vrais défis dans nos dossiers sur le campus. Mais cette semaine passée à discuter du rôle et de l’importance de l’éducation supérieure avec un groupe de personnes brillantes a été absolument passionnante. »

« Dans nos sociétés, nous avons tendance à oublier que l’importance donnée à l’éducation fait partie des principes fondamentaux de l’humanité. Dans les pays émergents, aussitôt qu’apparaît la classe moyenne, la priorité des parents est de donner à leurs enfants une éducation de qualité. Ils vendraient leur âme pour fournir à leur progéniture une bonne éducation et un grand avenir. »

Jacques Frémont

Jacques Frémont a eu la chance de rencontrer de nouveaux étudiants et leurs parents lors du Brunch du recteur dans le cadre de la Semaine d’accueil 2016. Photo: Robert Patterson

La primauté de la pensée critique

« L’engouement pour le génie, le commerce et les programmes professionnels » fait craindre pour l’avenir des sciences humaines et des arts. Ces préoccupations ont d’ailleurs été soulevées à Harvard. Ardent défenseur de ces disciplines essentielles à la formation de citoyens cultivés et engagés, M. Frémont les considère comme « l’âme de nos campus et de notre société ».  

« L’acquisition d’habiletés en pensée critique est d’une importance cruciale pour nos diplômés; c’est tout simplement incontournable. Vous devez développer ces capacités et les utiliser, insiste le recteur. Dans un monde où pullulent les préjugés et les idées reçues – et parfois stupides –, il est essentiel de posséder des outils pour réfléchir et se forger une opinion. Une société n’est pas digne de ce nom si ses citoyens ne possèdent pas ces facultés intellectuelles. »

Le recteur illustre cette vérité universelle en se remémorant une de ses expériences de travail inoubliables à l’étranger. À titre de directeur du programme de soutien à l’éducation supérieure de la Open Society Foundations à New York de 2011 à 2013, M. Frémont s’est rendu à plusieurs reprises au Myanmar pour aider à reconstruire le système universitaire dévasté à la suite d’un demi-siècle de règne militaire.

« L’éducation supérieure a toujours figuré en haut de la liste de surveillance des généraux parce que la pensée critique s’acquiert dans les universités, explique-t-il. C’est la raison pour laquelle les universités revêtent une importance primordiale dans n’importe quel pays. Des établissements d’enseignement supérieur qui abdiqueraient leur rôle de pensée critique et leur liberté universitaire seraient dénaturés. »

La promesse des technologies

Selon Jacques Frémont, toutes les universités sont plongées dans une période de grande transformation à une époque où les technologies de l’information et des communications (TIC) redessinent les défis et les possibilités à l’échelle planétaire.

« Au cours des cinquante dernières années, le monde nous a réservé de multiples surprises que personne n’avait appréhendées, même pas [le gourou des communications] Marshall McLuhan, qui a été dépassé par la réalité et les TIC. Aujourd’hui, tout le monde a accès au savoir. Par conséquent, l’époque où les universités se disaient détentrices d’un savoir exclusif est révolue. Elles doivent trouver ailleurs leur valeur ajoutée. »

Vu les stratégies inédites de développement des compétences et d’acquisition des connaissances offertes par les nouvelles technologies, tous les formateurs doivent tirer profit de ces « nouveaux outils pour maximiser le précieux temps que nous passons en salle de classe ».

« Une société sans philosophie, littérature, arts visuels ou musique serait horrible. Cela dit, nous devons convaincre les gens du bien-fondé de ces disciplines. Les sciences humaines numériques prouvent à quel point les programmes dans ces domaines peuvent être actuels et passionnants. »

Le nouveau recteur est convaincu que la nouvelle mineure en sciences humaines numériques offerte depuis cet automne à la Faculté des arts ne tardera pas à attiser la curiosité des étudiants : « Personnellement, je m’inscrirais à ces cours si j’avais le temps! » Selon lui, la « prochaine grande étape » technologique consisterait à offrir des classes et des séminaires virtuels permettant aux étudiants ou aux équipes de recherche de travailler avec leurs collègues à l’étranger.

« Nous travaillons avec les passions »

La dimension mondiale et sociale de l’expérience étudiante s’est considérablement élargie depuis trente ans. Et cette évolution se poursuivra pour le mieux, croit M. Frémont. Le régime coop, les échanges internationaux, le bénévolat et les autres occasions d’apprentissage expérientiel agissent comme des catalyseurs faisant découvrir des intérêts durables et explorer des voies insoupçonnées.

« Ce que nous pouvons offrir de mieux aux étudiants et aux étudiantes est de faire naître chez eux une passion, dit-il. Qu’est-ce qui caractérise un bon professeur? Sa passion pour son domaine de recherche et pour la transmission du savoir. C’est donc avec la passion que nous travaillons; celle, évidemment, pour les connaissances rationnelles et scientifiques. »

Les universités devraient être un lieu propice à l’émergence d’idées inusitées. « Ces idées ne sont pas toutes vouées au succès, loin de là, précise M. Frémont. Mais des jeunes qui ne seraient ni fonceurs ni exigeants deviendraient des adultes bien ennuyants. »

« Si la nouvelle génération sort des sentiers battus, notre université et la société en général ne s’en porteront que mieux. Nous devons refuser de laisser se gaspiller leur talent. »

Les changements physiques qui transforment actuellement l’Université symbolisent en quelque sorte, selon M. Frémont, le caractère évolutif de l’éducation supérieure. Conçus sous le signe de la collaboration et de la durabilité, les édifices plus récents, tels que le pavillon Desmarais, le Pavillon de la Faculté des sciences sociales et le Complexe de recherche avancée, offrent aux étudiants de nombreux espaces pour se réunir et travailler. Le Centre d’apprentissage, qui sera prêt pour l’année scolaire 2017, augmentera le nombre de lieux propices à la créativité sur le campus.

Jacques Frémont with staff members at a meet and greet.

Jacques Frémont a fait la connaissance des membres du personnel de l’Université d’Ottawa à l’occasion de rencontres informelles. Photo : Robert Lacombe

Les orientations futures

Au cours des prochains mois, Jacques Frémont veut écouter les membres du corps professoral, les membres du personnel, la population étudiante et les diplômés et amis. Il souhaite également apprendre de ces derniers. À l’automne, lors des discussions publiques dans le cadre de la  visite des dix facultés de l’Université d’Ottawa, le recteur à l’intention de poser quelques questions fondamentales : « Dites-moi, comment trouvez-vous votre université? Comment pouvons-nous l’améliorer? N’ayons pas peur de dire certaines choses déplaisantes, mais aussi de souligner les aspects positifs ».

Parmi sa liste de choses à faire figure l’amorce d’une conversation pour préparer l’élaboration du prochain plan stratégique de l’Université d’Ottawa, processus qui débutera dans un an ou deux. Jacques Frémont se compte chanceux d’avoir hérité d’une excellente feuille de route, Destination 2020, véritable source d’inspiration pour le prochain document sur les orientations de l’Université.

« Nous disposons d'un terreau fertile pour faire croître notre université. Nous avons une personnalité forte et nous nous démarquons par notre nature bilingue et par notre ouverture sincère sur le monde. Nous devons évoluer à partir de ces atouts, affirme-t-il. Il faut viser 2060 pour pouvoir penser à 2030 en termes concrets. Nous devons absolument tâcher d’appréhender la tangente que prendra l’éducation supérieure. »

Jacques Frémont a son idée sur ce que l’avenir réserve à l’Université d’Ottawa et à l’éducation supérieure. Mais il veut également entendre la population du campus et d’ailleurs. Il entend bien profiter de cette occasion unique pour mener une réflexion collective sur le sujet.

« Au moment où nous sommes prêts à forger cette nouvelle identité, nous avons entre les mains plus d’outils que la plupart des universités sur la planète. Nous sommes privilégiés de collaborer, à Ottawa et en Ontario, avec des gouvernements aux valeurs progressistes qui croient en l’éducation supérieure. »

Pour suivre le rythme effréné de notre époque, Jacques Frémont croit que l’Université devra faire preuve d’audace dans plusieurs domaines. « Mais les universités, telles des œuvres inachevées, sont en constante évolution. Et c’est bien ainsi. »

Photo principale :
Le 1er juillet 2016, Jacques Frémont est devenu le 30recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa. Photo : Andrea Campbell

Jacques Frémont with two students on the steps of Tabaret Hall.

Le nouveau recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, en pleine discussion avec des étudiants sur les marches du pavillon Tabaret. Il s’est aussi présenté à la communauté universitaire dans une vidéo où il souhaite la bienvenue à la population étudiante et aux membres du personnel et du corps professoral pour l’année scolaire 2016-2017. Photo : Andrea Campbell

 

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