Un don d’Alex Trebek pour voir grand

Alex Trebek et Leymah Gbowee debout ensemble sur la scène.

« [Leymah Gbowee] ne s’est pas laissé intimider par ce qui se passait autour d’elle. Elle s’est levée et a pris la parole. »

— Alex Trebek

Par Laura Eggertson

Pour réitérer sa conviction que l’éducation et le dialogue contribuent au changement social, le philanthrope et animateur de l’émission Jeopardy! Alex Trebek a fait don à l’Université d’Ottawa de cinq millions de dollars qui serviront à créer un nouveau programme pour stimuler la discussion et le débat sur les grands enjeux de la société.

M. Trebek, diplômé de l’Université en philosophie en 1961, a demandé que son don serve à créer le Forum pour le dialogue. Ce nouveau programme exposera les étudiants à un large éventail de points de vue en proposant des discours, des panels publics, des activités variées et des conférences de chercheurs de l’Université, de hauts dirigeants gouvernementaux et de conférenciers du monde entier.

Pendant ses études à l’Université, Alex Trebek a appris l’importance de l’honnêteté, du respect des autres et de la valeur du travail, explique-t-il. Et au cours des 27 années suivantes, il a appris des leçons tout aussi essentielles de son épouse, Jean.

« Elle m’a appris l’importance de regarder autour de soi d’une manière charitable, d’aider les autres financièrement ou personnellement et de ne jamais rien attendre en retour. »

Ce don porte la contribution totale d’Alex Trebek à l’Université à 7,5 millions de dollars. Il espère que son geste encouragera d’autres donateurs à contribuer à la campagne Défier les conventions de l’Université, dont l’objectif est fixé à 400 millions.

« Je voulais me lancer un petit défi pour 2016 : amener d’autres personnes à penser comme moi et à faire un don », explique-t-il. 

Il voulait aussi que son don « marque de façon positive » les huit années d’Allan Rock à titre de recteur. « Allan, ce fut un plaisir de travailler avec vous pour aider cette université que nous aimons tant », a-t-il ajouté.

Refuser de se taire

Le Forum Alex-Trebek pour le dialogue s’inscrit dans la même lignée que la série annuelle de conférences du même nom, créée grâce à un don antérieur de l’animateur. Le 6 mai, M. Trebek était à l’Université pour présenter la conférencière de la série 2016, la lauréate du prix Nobel de la paix, Leymah Gbowee.

Il a félicité Mme Gbowee d’avoir refusé de se taire et de rester l’écart pendant que son pays d’origine, le Libéria, était plongé dans une guerre civile causant la souffrance de femmes et d’enfants.

« Notre conférencière ne s’est pas laissé intimider par ce qui se passait autour d’elle, dit-il. Elle s’est levée et a pris la parole. »

Mme Gbowee a remporté le prix Nobel de la paix en 2011, avec Ellen Johnson Sirleaf et Tawakkul Karman, pour avoir milité en faveur de la paix, la démocratie et l’égalité des sexes. Mmes Gbowee et Sirleaf ont joué un rôle déterminant pour mettre fin à la guerre civile au Libéria en 2003. Leur coalition de femmes chrétiennes et musulmanes a également ouvert la voie à l’élection à la présidence en 2005 de Mme Sirleaf, qui devenait ainsi la première femme chef d’État d’un pays africain.   

Three women sit in the Nobel awards ceremony hall, smiling and clapping their hands.

Dans l’ordre habituel : Ellen Johnson Sirleaf, Leymah Gbowee et Tawakkul Karman à la cérémonie de remise du prix Nobel. Photo : Marta B. Haga/Utenriksdepartementet

Au-delà de la peur

Dans son discours, Mme Gbowee a souligné l’importance de viser plus loin que les stéréotypes, de surmonter la peur et de créer des liens humains de tous les côtés d’un conflit.

« Depuis le 11 septembre 2001, nous nous éloignons, en tant que société, de l’engagement constructif et préférons combattre le feu par le feu, a déclaré Mme Gbowee devant un auditoire de plus de 700 personnes au Centre Shaw à Ottawa.

La rhétorique politique est plus conflictuelle aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été. Plus nous en entendons, plus nous répondons par la peur et plus nous construisons des frontières visibles entre nous et le monde. »

Mme Gbowee a parsemé son discours inspirant d’anecdotes personnelles, tant à propos de l’impact des conflits, des campagnes de peur et des préjugés sur les gens qu’elle a rencontrés dans ses voyages partout dans le monde, que des effets de la guerre civile sur sa propre famille. À son arrivée dans un camp de réfugiés au Ghana avec les trois aînés de ses enfants, ils ont failli mourir de faim. 

Elle a expliqué que le traumatisme vécu par les réfugiés les amène souvent à revivre le moment de leur traumatisme. Elle a exhorté les Canadiens non seulement à accepter des réfugiés syriens au pays, mais à « sortir de leur zone de confort » en les accueillant et en apprenant à les connaître. 

Faute d’acceptation, a-t-elle ajouté, les divisions demeurent et alimentent le terrorisme et les conflits.

« Chaque fois que vous acceptez un stéréotype, vous érigez un mur entre vous-même et l’objet de ce stéréotype. Pour parvenir à ce havre de paix, nous devons démolir ce mur. »

Chercher l’humanité commune

Pour réinstaller la paix au Libéria après 13 ans de guerre, Leymah Gbowee et les autres femmes du mouvement de paix se sont ouvertes totalement les unes aux autres, exposant ainsi leur vulnérabilité pour redécouvrir l’humanité de l’autre.

« Au bout d’un an, nous avons conclu que "la balle ne sait pas si elle va toucher un chrétien ou un musulman". Une femme qui se fait violer ne se fait jamais demander sa religion. Les cris d’une mère quand son enfant meurt sont les mêmes dans un foyer chrétien que dans une maison musulmane, et dans une demeure de l’élite sociale que dans une maison de pauvres », a dit Mme Gbowee.

Lors de la période de questions qui a suivi la conférence de Mme Gbowee, Kara Brulotte, une élève de 11 ans du Collège Ashbury, a demandé à la conférencière comment empêcher avant tout la construction de tels murs. La question lui a valu une accolade de la lauréate du prix Nobel et la réponse suivante :

« Ne te permets pas de haïr. Ne laisse jamais la haine t’atteindre. Ne t’occupe pas de la différence. Cherche profondément à l’intérieur des gens ce qui les rend humains. Voilà ce qui t’empêchera de construire des murs. »

Photo principale :
Alex Trebek, philanthrope et animateur de l’émission Jeopardy!, et Leymah Gbowee, militante pour la paix, qui a présenté la Conférence annuelle Alex-Trebek au cours de la Semaine des diplômés. Photo : Andrea Campbell

Alex Trebek and Allan Rock stand on either side of a sign reading "Alex Trebek Forum for Dialogue".

Alex Trebek et le recteur Allan Rock lancent le Forum pour le dialogue Alex-Trebek lors d’un événement sur le campus le 4 mai 2016. Photo : Andrea Campbell

Haut de page