Étoiles montantes

Christina Vanderwel lauréate du prix Pierre-Laberge

Découvrez Carole Beaudry (B.Sc. 2015) et Christina Vanderwel (Ph.D. génie mécanique 2015), deux diplômées prêtes à affronter le monde. 

Par Valérie Charbonneau et Brandon Gillet

Publié le mardi 15 décembre 2015

Anatomie des angiospermes du bois, Campylobacter jejuni, bactérie pathogène… Que de termes complexes pour monsieur et madame Tout-le-Monde. Pour Carole Beaudry (B.Sc. 2015), l’une des 1800 étudiants qui ont reçu leur diplôme cet automne, il s’agit plutôt du quotidien.

À sa naissance, Carole Beaudry a reçu un diagnostic de malentendante légère à moyenne. Au fil des ans, ses problèmes auditifs se sont aggravés et elle est devenue sourde.

En 2008, Carole a commencé des études en sciences de la santé, mais s’est rapidement dirigée vers la biologie, développant un intérêt particulier pour l’étude des micro-organismes et l’agriculture. Pour avoir accès à toute l’information donnée par le professeur et pour participer aux discussions de groupe, elle a eu recours à deux interprètes.

« Ils traduisaient la langue parlée à la langue des signes, ma langue maternelle, précise-t-elle. Comme je connais uniquement la langue des signes québécoise (LSQ) et que j’ai suivi plusieurs cours en anglais, mes interprètes ont dû travailler avec trois langues, c’est-à-dire de l’anglais au français, à la LSQ et vice versa. »

Une traduction ardue

Voici comme la communication se déroulait : de l’anglais au français, puis du français à la LSQ, et de la LSQ au français, puis du français à l’anglais. Il s’agissait donc d’une double interprétation.

« J’avais droit à deux interprètes, car la double interprétation est extrêmement épuisante. Ils se relayaient toutes les 20 minutes, explique Carole Beaudry. »

En 2012, Carole s’est inscrite au régime coop et a effectué quelques stages, dont un à l’international.

« J’ai travaillé à l’Université d’Ulm, en Allemagne, comme adjointe de recherche en laboratoire dans les domaines de la botanique et de l’écologie. Mon projet de recherche portait sur l’anatomie des angiospermes du bois et les paramètres hydrauliques de l’eau transportant des cellules dans les végétaux. »

En 2013, elle a travaillé à l’Agence de la santé publique du Canada, à Lethbridge, en Alberta, en tant que technicienne en recherche moléculaire. En 2014, elle a fait son stage coop à l’Agence canadienne d’inspection des aliments à Ottawa, également comme technicienne en recherche moléculaire.

En 2014, Carole Beaudry s’est envolée pour la Tanzanie où elle a suivi un cours de 19 jours sur ses écosystèmes et les tendances socioéconomiques observées dans le pays.

« L’économie de la Tanzanie est largement dépendante de l’agriculture et du tourisme, affirme-t-elle. Cela cause un problème aux résidents tributaires de l’agriculture, puisqu’ils se font tous concurrence pour obtenir des terres arables. »

De 2011 à 2015, Carole Beaudry a travaillé dans la région de la capitale nationale avec du bétail et dans des exploitations agricoles hydroponiques. « Je surveillais la santé des animaux et j’observais leurs comportements afin de prévenir les pertes. Je veillais sur les chèvres prêtes à accoucher pour éviter toute complication. J’ai aidé des chevreaux orphelins à allaiter leur mère adoptive pour qu’ils puissent se faire mieux accepter par celle-ci. »

Courage et exploits ne vont pas toujours de pair, mais pour Carole Beaudry, cela semble être le cas. Au début de ses études, Carole Beaudry parlait très peu l’anglais. Mais après maintes lectures, de nombreux cours universitaires et beaucoup de pratique, elle a ajouté cette langue à son répertoire; elle deviendra ainsi une diplômée en biologie trilingue (anglais, français et LSQ).

Une diplômée consolide sa place

Christina Vanderwel (B.A.Sc. 2015) a l’habitude de travailler dur puisqu’elle vient de terminer son doctorat en génie mécanique ici, à l’Université d’Ottawa; elle a d’ailleurs obtenu un A+ dans tous ses cours.

Ses travaux portent essentiellement sur la mécanique des fluides, que le Larousse définit comme la « science qui étudie l’équilibre et le mouvement des fluides ». Les applications de ces travaux peuvent servir à l’étude de la pollution atmosphérique, de la météo, des mélanges océaniques et de bien d’autres domaines du génie.

« Ma thèse s’intitule Turbulent diffusion in uniformly sheared flow (La diffusion turbulente dans un flux de cisaillement uniforme) et porte sur les mécanismes du mélange de flux turbulents », explique Mme Vanderwel.

La chercheuse a notamment fait des expériences dans le tunnel hydrodynamique, au sous-sol du pavillon Colonel-By, où elle a créé un « flux de cisaillement turbulent uniforme », autrement dit un écoulement d’eau variable créé par une force.

Elle injectait ensuite un filet de teinture fluorescente dans le flux turbulent pour étudier sa dispersion et se servait de lasers pour illuminer la teinture et mesurer la vitesse et la concentration des champs du flux. Elle a ainsi pu calculer la vitesse de dispersion de la teinture dans l’eau.

Christina Vanderwel lauréate du prix Pierre-Laberge pour la meilleure thèse de doctorat en sciences et en génie de l’Université d’Ottawa en 2015.

Christina Vanderwel lauréate du prix Pierre-Laberge pour la meilleure thèse de doctorat en sciences et en génie de l’Université d’Ottawa en 2015.

Persévérance et récompenses bien méritées

Le travail acharné, les résultats exceptionnels et la persévérance de Christina Vanderwel lui ont d’ailleurs valu le prix Pierre-Laberge pour la meilleure thèse de doctorat en sciences et en génie de l’Université d’Ottawaen 2015. Et ses exploits ne s’arrêtent pas là.

« Pendant mes études, j’ai publié trois articles dans des revues reconnues dans mon domaine et deux articles pour des congrès internationaux en Italie et en Australie, dit Christina Vanderwel. Mais j’étais aussi très occupée comme assistante d’enseignement et bénévole à l’Association des étudiants aux cycles supérieurs en génie mécanique. »

Depuis qu’elle a publié sa thèse à l’été 2014, elle travaille comme boursière postdoctorale en Angleterre, grâce à une bourse de recherche Marie-Curie de l’Union européenne.

« Le printemps dernier, l’Université de Southampton m’a offert un poste permanent de chargée d’enseignement (l’équivalent d’un professeur adjoint au Canada), qui commencera officiellement le 1er novembre », explique-t-elle.

Un parcours si remarquable ne se fait pas sans soutien, et Christina Vanderwel est bien consciente de celui qu’elle a reçu de l’Université dans son parcours vers l’excellence.

« Je suis très reconnaissante envers mon directeur de thèse, Stavros Tavoularis, pour ses conseils et son aide, affirme-t-elle. Mais j’aimerais aussi remercier tout particulièrement le personnel de l’atelier d’usinage en génie mécanique du pavillon Colonel-By, qui a souvent largement dépassé sa description de tâches pour m’aider à concevoir et à construire mes projets. Cet atelier est une ressource indispensable à la faculté. »

Selon elle, il faut bien connaître ses motivations pour éviter de s’éloigner de ses objectifs et pour accueillir de nouvelles façons de penser.

« Je que je retiens le plus, c’est l’importance de la perspective, explique Mme Vanderwel. Faire un doctorat est très exigeant, et trouver la motivation de continuer à étudier nécessite des efforts constants. Mais peu importe le degré de difficulté, le fait d’avoir la bonne perspective me ramenait à tout ce que j’avais accompli et à mes objectifs. »

Carole Beaudry devant un paysage désertique de la Tanzanie.

Carole Beaudry en Tanzanie, où elle a suivi un cours de 19 jours sur les écosystèmes du pays.
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