Gagner, autrement

A woman in a winter coat stands outside the Children’s Hospital of Eastern Ontario, with the CHEO logo appearing beside her. She is smiling and has her arms crossed.

« Mon monde a basculé. J’avais une vie chargée, trépidante, puis du jour au lendemain, je ne pouvais plus rien faire. » 

– Fannie Desforges

Par Valérie Charbonneau

Son surnom est « Fearless Fannie », Fannie sans peur.

Fannie Desforges (B.Sc.Soc. 2012, B.Éd. 2013) a toujours eu le profil d’une battante, d’une gagnante. Participante à quatre reprises au Red Bull Crashed Ice, compétition de patinage extrême où les concurrents descendent à toute vitesse une piste glacée parsemée de virages et de sauts, elle décroche deux fois le titre de championne du monde en 2012, à Québec et à Niagara Falls.

C’est d’ailleurs lors de cette compétition que sa détermination et son audace lui valent le surnom de « Fearless Fannie », que lui attribuent les commentateurs de l’événement. 

Pendant ses cinq années d’études en sciences sociales et en éducation à l’Université d’Ottawa, elle fait partie de l’équipe féminine de hockey des Gee-Gees, notamment comme capitaine.

En 2013, son surnom prend tout son sens quand elle remporte, avec l’équipe nationale de hockey-balle, dont elle est capitaine adjointe, la médaille d’or lors du championnat mondial à Terre‑Neuve.

Un coup dur

Fannie Desforges accumule les succès depuis plusieurs années lorsque, du jour au lendemain, son monde bascule.

Un coup sur la tempe au championnat national de hockey-balle en août 2015 lui coûte très cher. Irritabilité, maux de tête, nausées, insomnie. Tous les symptômes sont présents. Verdict : commotion cérébrale.

La nouvelle lui « rentre dedans » tout aussi violemment que le coup à la tête. Terminés, les sports, les championnats, les victoires. Évanoui, le rêve d’enseigner dans une école secondaire de l’Est ontarien. Fannie, qui commence un nouvel emploi au début de l’année scolaire 2015-2016, ressent immédiatement les répercussions de la commotion cérébrale sur sa vie professionnelle.

« Je terminais l’école à 15 h. J’arrivais à la maison à 15 h 30 et je dormais jusqu’au lendemain. Quand mon médecin m’a mise en arrêt de travail, j’ai compris la gravité de ma blessure. J’ai dû rester longtemps à la maison à ne rien faire. Je devais me tenir loin des fenêtres; la clarté me donnait des maux de tête. Toute seule dans mes pensées, je voyais le temps s’éterniser. »

Un nouveau défi

Puis, à force de se reposer et de faire ses exercices de physiothérapie, Fannie aperçoit la lumière au bout du tunnel. Son congé prend fin après cinq mois de réadaptation. Prête à retourner en salle de classe, elle est convoquée à des entrevues lorsqu’une annonce capte son attention : un poste d’enseignante en milieu hospitalier à l’école Le Transit, regroupement de plusieurs centres offrant des services aux élèves ayant des besoins particuliers. « J’avoue avoir été intriguée quand j’ai vu l’offre d’emploi », explique‑t‑elle.

Enseigner aux enfants malades au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO)? Pourquoi pas!

Fannie Desforges dans une salle de classe au CHEO. Photo : Robert Lacombe.

« J’ai accepté avec beaucoup d’intérêt ce poste, qui convenait très bien à ma condition médicale. J’ai pensé que si quelque chose m’arrivait, je serais déjà à l’hôpital! », dit-elle, amusée.

Son humour et sa bonne humeur contagieuse lui permettent de s’intégrer tout naturellement au milieu hospitalier qui, en fin de compte, n’est pas si différent de la vie sportive à ses yeux.

« Au CHEO, comme au hockey, l’esprit d’équipe et la communication sont de mise », explique Fannie. Une complicité règne manifestement entre les infirmières, les travailleurs sociaux, les psychologues, les médecins et l’équipe d’enseignants, qui travaillent de concert pour le bien-être des enfants.

« Les enfants malades n’avaient pas toujours conscience de la raison pour laquelle ils étaient en milieu hospitalier. Ils étaient tout simplement contents de nous voir et cela faisait chaud au cœur », précise Fannie.

Tous sont les bienvenus

Comment la jeune enseignante décrirait-elle sa routine au CHEO? « Quelle routine? », répond Fannie en souriant. Les journées à l’hôpital se suivaient, mais ne se ressemblaient pas. Les enfants pouvaient venir pour des traitements d’une journée seulement ou encore être hospitalisés pendant une longue période. Tous étaient les bienvenus dans la classe spécialisée de Fannie.

« On apprenait l’alphabet ensemble, on s’amusait avec les différentes formes géométriques. J’adaptais le contenu du cours selon l’état de santé de l’enfant. »

L’enfant perdait ou lançait son crayon? Il éclatait de rire en pratiquant une activité? Fannie appréciait tous les petits moments vécus avec ses élèves.

« J’ai reçu de nombreux prix et une belle reconnaissance de mes pairs au cours de ma vie, notamment grâce à mes victoires sportives. Et je suis contente d’avoir pu redonner à ces enfants qui se battent chaque jour pour leur vie. »

Celle qui a remporté son lot de trophées connaît aussi le revers de la médaille, tout comme ces enfants malades dans sa classe au CHEO.

Si la victoire n’a plus le même sens pour Fannie, cette dernière ne cesse pourtant pas de se battre, à la fois pour sa santé et pour enseigner aux enfants qui illuminent ses journées. Aujourd’hui, elle occupe à nouveau l’emploi qu’elle avait quitté en raison de sa commotion cérébrale, à l’École secondaire publique Le Sommet de Hawkesbury, en Ontario – mais elle n’oubliera jamais ses coéquipiers du CHEO.

Fannie Desforges raises a trophy above her head as two other competitors look on, smiling.

Fannie Desforges brandit son trophée Red Bull Crashed Ice 2012. Photo : Championnat du monde Red Bull Crashed Ice

 

Photo principale :
Fannie Desforges à l'extérieur de CHEO. Photo : Robert Lacombe

 

Fannie Desforges arrache la victoire chez les femmes lors du championnat du monde Red Bull Crashed en décembre 2012 à Niagara Falls. Photo : Championnat du monde Red Bull Crashed Ice

Haut de page