L’homme qui semait l’espoir

M. Bileh en avant-plan d’une classe d’élèves d’âge adulte

« Le projet, que j’ai créé en 2007, visait à favoriser l’affirmation culturelle des personnes d’ascendance africaine afin de faciliter le dialogue entre les différentes cultures présentes dans les écoles. » 

- Abdi Bileh Dirir

Par Valérie Charbonneau

Ses cheveux remontés en queue de cheval et liés par des dreadlocks, Abdi Bileh Dirir incarne par ses projets et sa personnalité l’esprit de l’UNESCO. Enseignant de français et d’histoire à l’école des adultes Le Carrefour, il est également un philanthrope aux projets humanitaires.

Au fil des ans, ce diplômé de la Faculté d’éducation (B.A. Histoire 2004; B.Éd. 2007; M.A. Histoire 2014) originaire de la Corne de l’Afrique a organisé des activités dans toutes les écoles du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Parmi ces activités, celle qui lui a valu la plus solide reconnaissance est le projet « Qui sait, gagne » pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs.

« Le projet, que j’ai créé en 2007, visait à favoriser l’affirmation culturelle des personnes d’ascendance africaine afin de faciliter le dialogue entre les différentes cultures présentes dans les écoles », explique-t-il.

Le concours « Qui sait, gagne »

« Il s’agit d’un jeu-questionnaire qui souligne l’exploit d’un personnage de descendance africaine. En répondant à une question précise, les élèves découvrent des hommes et des femmes qui ont marqué l’histoire par leurs différentes contributions et réalisations, précise-t-il. Le projet a rehaussé la fierté de plusieurs élèves de descendance africaine à l’égard de leurs origines. »

L’idée s’est développée au fil des ans et a permis à l’enseignant de créer un partenariat avec le Musée canadien de l’histoire, la Commission canadienne pour l’UNESCO et le bureau de l’UNESCO à Paris. Le concours, qui rassemblait initialement 700 élèves du CEPEO, en a réuni plus de 2 000 à sa dernière édition.

Des gestes altruistes

L’engagement d’Abdi Bileh Dirir envers la communauté dépasse le cadre de l’enseignement. Il y a quelques années, il a participé, par l’entremise d’un organisme sans but lucratif, à un projet humanitaire dont l’objectif était de permettre la construction d’un hôpital en Somalie.

« Il n’y avait pas d’hôpital pour les femmes enceintes dans une certaine région de la Somalie. Celui qui était le plus près se situait à une distance de trois heures. Les femmes mouraient en couches. Nous avons fourni les dons nécessaires pour permettre la construction de cet hôpital à un endroit central, ce qui pouvait sauver beaucoup de vies. »

Inspiré par ce geste altruiste, il a cofondé, en 2015, l’Association canadienne pour la promotion des héritages africains (ACPHA), dont le volet canadien sert à sensibiliser les gens à la culture et aux contributions de personnes d’ascendance africaine.

L’ACPHA possède également un volet humanitaire qui permet la construction d’hôpitaux et d’écoles dans des régions défavorisées d’Afrique de l’Est et d’Haïti. L’organisation œuvre notamment dans le domaine de l’eau potable, de la santé communautaire et de l’éducation de base.

« Cette année, nous sommes partenaires d’une association locale dans une région au nord de l’Éthiopie. Nous l’aiderons dans des projets d’éducation de base et de sédentarisation des nomades. Les membres d’une autre association locale de Djibouti nous ont également invités à venir les rencontrer. En principe, nous irons à Djibouti et en Éthiopie cet été », précise-t-il, visiblement heureux de pouvoir contribuer au développement de projets qui lui sont familiers.

Le cœur sur la main

Non seulement Abdi Bileh Dirir est dévoué aux projets humanitaires, mais il ouvre aussi son grand cœur à des jeunes francophones d’Ottawa.

« Lorsque mon fils avait sept ans, j’ai commencé à entraîner des enfants à jouer au soccer. Ces enfants provenant d’un milieu socioéconomique défavorisé n’aimaient pas l’école. J’ai demandé à la Ville si je pouvais réserver un petit terrain et on m’a permis de l’utiliser gratuitement. »

L’hiver venu, il n’a pas voulu cesser cette activité. Il a alors demandé à l’école de son fils d’emprunter le gymnase pour la saison, ce qu’on lui a aussitôt accordé.

« Les jeunes ont ainsi développé un sentiment d’appartenance à une équipe, mais aussi à leur école », dit-il, tout sourire.

Cette initiative a duré plus de cinq ans. Les jeunes ont pu participer gratuitement à des tournois grâce à la ligue Somali Centre qui les a accueillis. Ils ont gagné plusieurs tournois et accumulé plusieurs trophées. Certains jeunes se sont joints plus tard à des ligues compétitives.

L’espoir

Sa bonne humeur contagieuse est certainement l’ingrédient secret qui lui attire la sympathie à la fois des adultes à qui il enseigne et de tous ceux et celles qu’il croise sur son chemin et qu’il rallie si aisément à ses rêves humanitaires.

Car après tout, Abdi Bileh Dirir est tout modestement un homme qui sème l’espoir…

Photo principale :
Abdi Bileh Dirir a créé le projet « Qui sait, gagne » en 2007 dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs afin de faciliter le dialogue entre les différentes cultures. Photo : Robert Lacombe

M. Bileh en avant-plan d’une classe d’élèves d’âge adulte

Des élèves de l’école Le Carrefour étudient la littératie dans la classe d’Abdi Bileh Dirir. Photo : Robert Lacombe

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