La lutte aux inégalités

 Sarah Saska au coin d’une rue où passent des gens affairés.

« Je voulais m’assurer que mon travail allait servir à quelque chose au lieu de garnir les tablettes de la bibliothèque. »

— Sarah Saska

Par Hillary Rose

Le nombre de postes universitaires à plein temps étant en baisse, bon nombre de doctorants cherchent à mettre à profit ailleurs leurs connaissances et leurs compétences en recherche.

Sarah Saska (M.A [Étude des femmes] 2010) est justement de ce nombre. Ayant adopté une perspective résolument entrepreneuriale pour la poursuite de son doctorat, elle défie les conventions et utilise ses recherches pour changer les choses à l’extérieur du milieu universitaire.

Cofondatrice de l’entreprise sociale Feminuity, qui vise l’excellence en innovation par l’égalité des sexes, Sarah aide les employeurs à trouver de nouvelles façons d’atteindre l’égalité hommes-femmes en innovation.

Ce milieu souvent dominé par les hommes pourrait être qualifié d’« indifférent aux sexospécificités ». Dans ce domaine, on ne tient pas compte des différences entre les femmes et les hommes et on marginalise fréquemment la contribution des femmes.

« Prenons l’exemple des mannequins utilisés dans les essais de collision. En n’utilisant que des mannequins hommes, les fabricants d’automobiles ne tiennent aucunement compte des femmes, explique Sarah. Comment comprendre alors la différence à l’impact sur un corps d’homme et sur un corps de femme, notamment les effets du port de la ceinture de sécurité chez une femme enceinte? Ou encore dans le secteur de la santé : comme la recherche sur les maladies cardiaques a surtout porté sur les hommes, les femmes font souvent les frais de diagnostics erronés. Cela vaut aussi pour l’ostéoporose, maladie longtemps considérée comme "féminine", qui est souvent passée inaperçue chez les hommes. L’innovation qui ne tient pas compte de la spécificité des sexes se fait au détriment tant des hommes que des femmes. »

Bien souvent, cette indifférence aux sexospécificités a aussi pour conséquence l’absence de reconnaissance de la contribution des femmes et des filles dans le monde.

« La seringue, la chaufferette d’auto et le radeau de sauvetage ont tous été inventés par une femme. Les femmes contribuent à l’innovation, elles sont outillées pour stimuler les progrès socioéconomiques, mais, encore à ce jour, on n’encourage pas suffisamment les femmes et les filles à devenir entrepreneures ou à innover », précise Sarah.

Très peu d’études ont été réalisées sur les liens entre l’innovation sociale et l’autonomisation des femmes et des filles. En fait, les travaux de Sarah Saska seraient les premiers du genre. En abordant son doctorat de façon très peu orthodoxe et en sortant de l’université pour faire ses recherches, elle se voit comme une entrepreneure en milieu universitaire. Constatant le besoin criant de recherche des organismes sans but lucratif, elle a perçu la possibilité de leur offrir ce qu’ils ne pourraient jamais s’offrir : une chercheuse.

« Je me suis sentie très interpellée; je voulais contribuer à faire changer les choses dans ce secteur souvent sous-financé. Je voulais rapprocher la théorie de la pratique en transformant des travaux universitaires pratiques en répercussions véritables et concrètes. Je voulais m’assurer que mon travail allait servir à quelque chose au lieu de garnir les tablettes de la bibliothèque. »

Sarah a donc envoyé une proposition de partenariat à divers organismes. Elle leur offrait 3 500 heures de recherche en précisant ses domaines de prédilection et ses intérêts.

« Ça me paraissait une formule gagnante sur toute la ligne. J’accumulerais de l’expérience en recherche, et l’organisme aurait une chercheuse professionnelle à sa disposition. L’écart est souvent trop grand entre la personne qui fait la recherche, à un endroit donné, 
et les personnes qui pourraient en bénéficier. Il faut rapprocher les deux parties. »

Sarah Saska

Sarah Saska dans le quartier des découvertes à Toronto où se trouve MaRS. Photo : Jovian Tsang.

Une réponse stupéfiante

« J’ai reçu plus de 250 offres. Mon courriel a dû se faire transférer à d’autres parce que j’ai reçu des réponses de gens qui ne figuraient même pas sur ma liste. Pendant deux mois, j’ai réalisé des entrevues pour me renseigner sur les organismes, m’aider à restreindre mon champ d’action et faire un choix. »

Sarah a finalement choisi le MATCH International Women’s Fund, organisme qui finance des organismes de défense des droits des femmes et seul fonds canadien d’innovation sociale pour les femmes. Fondé il y a 37 ans, MATCH finance des projets visant à faire tomber les barrières sociales et à lutter pour les droits des femmes. Les travaux de la chercheuse vont précisément dans cette lignée, elle qui cherche à comprendre de quelle façon les innovations sociales peuvent outiller les femmes et favoriser l’équité entre les sexes, et aussi à comprendre comment les femmes contribuent au domaine.

Son idée entrepreneuriale a même reçu l’appui de MITACS, qui avait seulement financé une poignée de collaborations sans but lucratif par le passé.

Cette collaboration a valu à Sarah la prestigieuse bourse Discovery District Studio Y de MaRs, l’un des plus grands centres d’innovation au monde. En tant que stagiaire, elle a travaillé au développement de compétences entrepreneuriales chez des élèves de 4e et 5e année.

« En optant pour l’apprentissage par la découverte, nous avons créé un espace où nous pouvions transmettre aux jeunes les concepts de l’entrepreneuriat. Nous leur avons montré à quel point ils débordent de ressources et leur avons enseigné à penser autrement, dans l’objectif de semer la graine entrepreneuriale dans l’esprit de ces élèves bien avant leurs études postsecondaires. »

Pour Sarah Saska, il est clair qu’en enseignant aux femmes et aux filles comment appliquer leurs connaissances entrepreneuriales à ce qu’elles font, elles peuvent grandement contribuer à la promotion de l’égalité entre les sexes.

« Il suffit de regarder les grands enjeux qui touchent les femmes et les filles dans le monde pour voir les grandes inégalités qui persistent entre les hommes et les femmes. Toutefois, dès que l’on cesse d’exclure les femmes et les filles et qu’on leur offre l’aide dont elles ont besoin, elles ont les moyens d’améliorer la situation des gens dans le monde. »

En novembre, Sarah Saska s’envolera vers Hanoï, au Vietnam, où elle participera à l’élaboration d’un programme d’entrepreneuriat et d’innovation pour les jeunes particulièrement destiné aux femmes et aux filles. À l’hiver 2016, elle prononcera aussi une conférence dans le cadre d’une activité des diplômés de l’Université d’Ottawa à Toronto.

Photo principale :
Sarah Saska, cofondatrice de Feminuity, sur la rue Bay dans le quartier des affaires de Toronto. Photo : The Globe and Mail / Matthew Sherwood.

Sarah Saska arborant une étiquette à son nom, les mains tendues en pleine conversation.

L’intérêt de Sarah Saska envers les questions de genre, l’égalité des sexes et le progrès social l’ont incitée à participer à l’événement fondateur de la création de la Fondation Rideau Hall qui cherche à amplifier le mandat du Gouverneur général pour honorer et inspirer les Canadiens. Photo : Steve Bezanson.

 

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