Poète militante

Tina Charlebois

« Je suis allée à l’élémentaire en anglais. J’ai choisi de vivre en français. Je ne peux que servir de modèle pour les élèves qui n’ont pas accès à cette culture à l’extérieur de l’école »

— Tina Charlebois

Par Marie-Claude Dugal

À quoi ça sert d'être brillant si t'éclaires personne rassemble une dizaine d’artistes franco-ontariens dans une mise en scène qui incorpore musique, slam, humour et littérature, dont le recueil de poésie Miroir sans teint, œuvre de l’écrivaine et enseignante aux penchants militants, Tina Charlebois.

« Que l’on ait choisi mon œuvre pour côtoyer celle des 3 D, que j'enseigne et que je vénère, est pour moi un grand honneur. Tout Franco-Ontarien qui se respecte connaît Patrice Desbiens, Jean Marc Dalpé, Robert Dickson ou André Paiement, alors quand on me met en leur compagnie... Wow! »

Ce n’est pas la première fois que la poésie de Tina Charlebois est interprétée sur scène. En 2011, le Cabaret poézique rassemblait les textes de Charlebois, Dalpé et cie sur des airs chantés par Tricia Foster et Mackendy Dorcilhomme.

En plus de se forger un nom au cœur du mouvement des écrivains francophones de l’Ontario, Tina Charlebois s’épanouit dans sa carrière d’enseignante. Depuis 2006, elle enseigne à l’École secondaire catholique La Citadelle, à Cornwall. La proximité de Tina à l’univers littéraire et artistique franco-ontarien alimente et complète merveilleusement son travail, d’abord parce qu’elle chérit ses auteurs, mais surtout parce que son appartenance au français est avant tout un choix.

« Le plus important n’est pas de dire aux élèves qu’ils doivent être fiers d’être des Franco Ontariens : il faut leur montrer qu’on l’est et qu’il y a plein de différentes façons d’être franco ontarien […] Je suis allée à l’élémentaire en anglais. J’ai choisi de vivre en français. Je ne peux que servir de modèle pour les élèves qui n’ont pas accès à cette culture à l’extérieur de l’école », décrit Charlebois.

La couverture du livre Miroir sans teint par Tina Charlebois qui montre une femme sur le dos arborant un tatouage en forme de cœur et regardant sa réflexion dans un face-à-main.

Miroir sans teint, par Tina Charlebois.

Un métier ressourçant

Tina souligne qu’elle apprécie la franchise et le questionnement de ses élèves adolescents.

« Du côté création, lorsque j’enseigne la poésie, je trouve leurs images rafraichissantes et stimulantes », renchérit-elle.

L’écrivaine rend compte de la double dynamique d’apprentissage liée au métier d’enseignant : Tina apprend aussi de ses élèves, et surtout en ce qui a trait à la culture et à sa survie.

« J’ai appris qu’il ne faut jamais blâmer l’adolescent de "faire disparaître" notre culture […] l’important c’est qu’on lui montre que la culture est essentielle à notre vie et qu’elle est accessible à tous, peu importe où on se trouve. »

Tina s’est forgé une réputation de poète ailleurs également; en mars 2015, elle a reçu le prix Poésie des Prix littéraires Le Droit au Salon du livre de l'Outaouais 2015.

La langue est en quelque sorte un jeu pour la poète amatrice de jeux de mots parfois tranchants.

C’est par ce procédé qu’elle monte ses images pleines de sens : 
« Donner un deuxième, troisième même quatrième sens aux mots en jouant avec eux me permet de créer des images et de forcer la réflexion, » explique Charlebois.

Ses textes tournent autour de divers thèmes ou situations qui la dérangent, la motivant ainsi à traduire ces réflexions en poèmes : « Je n'aime pas rester indifférente devant des situations qui me frustrent, qui m'ennuient ou me choquent, mais parfois, je n'y peux rien, alors l'écriture me permet de me défrustrer, de sortir la négativité. De là la présence de l'ironie, voire du cynisme dans mon écriture. »

Jeux de mots :

« La maternité est minoritairement innée. Le concept de conception obligatoire m'étouffe - un vire-langue maternelle. Comme une reine-rienne. / Donnez-moi mon trône - j'ai un peuple à oublier. » (Miroir sans teint page 43)

À quoi ça sert d'être brillant si t'éclaires personne sera présenté les 25 et 26 septembre prochains au Centre national des Arts.

Photo principale :
Tina Charlebois. Photo : Marie-Andrée Ouimet.

Tina Charlebois au Salon du livre de l'Outaouais 2015 lorsqu’elle a remporté le prix littéraire Le Droit.

 

Tina Charlebois au Salon du livre de l'Outaouais 2015 lorsqu’elle a remporté le prix littéraire Le Droit.

 

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