Prescrit par le médecin

« Je suis convaincu qu’à l’avenir, ce testeur d’ADN sera utilisé partout. Je voulais tenter le coup. »

— Dr. Paul Lem

Par Chonglu Huang 

Au départ, malgré les souhaits de ses parents chinois traditionnels, Paul Lem (Médecine, 2002) n’était pas particulièrement attiré par la médecine. Enfant, il rêvait plutôt d’être un inventeur dont les nouveaux produits révolutionnaires se tailleraient une niche toute spéciale dans le monde.

Il est donc ironique de constater que c’est la formation médicale qu’il a suivie à la Faculté de médecine, jumelée à son inébranlable ténacité personnelle, qui a propulsé Paul Lem – de même que sa firme de biotechnologie canadienne, Spartan Bioscience – à l’avant-scène mondiale de la médecine personnalisée, grâce à l’analyseur rapide d’ADN qu’il a inventé pour le traitement sur place des patients.

Baptisée Spartan RX CYP2C19 System, cette machine de la taille d’une boîte de souliers permet d’analyser rapidement l’ADN d’un patient pour détecter les mutations génétiques pouvant entraver l’efficacité des médicaments couramment prescrits aux victimes de crise cardiaque et d’AVC à leur arrivée à l’hôpital.

À partir d’un frottis buccal non invasif effectué au point de traitement, l’appareil peut déterminer en 60 minutes (le délai nécessaire à la pose d’un tuteur cardiaque ou carotidien) si le patient est porteur des mutations génétiques CYP2C19 qui pourraient l’amener à ne pas répondre à 15 % des médicaments prescrits, y compris les médicaments antiplaquettaires utilisés à la suite de crise cardiaque ou d’AVC.

On a découvert que ces variantes génétiques sont présentes chez environ 30 % des Caucasiens et plus de 50 % des populations asiatiques et de l’Inde. Ces personnes risquent donc fortement de ne pas réagir aux anticoagulants couramment prescrits en cas d’attaque cardiaque ou d’AVC.

« Ce qu’il y a de vraiment nouveau, avec ce testeur d’ADN, c’est que les patients pourront bénéficier du traitement qui leur convient », affirme Dr Paul Lem, fondateur et PDG de Spartan Bioscience. « Il ne sera plus acceptable que le même traitement soit administré à tous les patients qui se rendent à l’hôpital, quel que soit leur ADN – même si l’on sait que certains médicaments sont inopérants pour certaines personnes. »

Un essai déterminant international appuyé par la Clinique Mayo

Bénéficiant déjà des approbations réglementaires délivrées par la FDA américaine en vertu de l’article 510(k), de la certification CE-IVD en Europe et d’une homologation de la Corée du Sud, le Spartan RX a récemment reçu l’aval de Santé Canada comme tout premier analyseur d’ADN de médecine personnalisée en milieu clinique, destiné aux médecins, au personnel infirmier, aux pharmaciens et aux techniciens de laboratoire.

À l’heure actuelle, plus de 24 centres médicaux des États-Unis, de la Corée du Sud et du Canada utilisent déjà le Spartan RX dans le cadre d’un essai clinique déterminant qui porte sur 5 270 patients, parrainé par le Center for Individualized Medicine de la Clinique Mayo.

De souligner Dr Lem, « Cet essai clinique a pour but de répondre à une question très simple. Après crise cardiaque ou un AVC, quel est votre pronostic si vous suivez soit le traitement standard, soit un traitement personnalisé? Plus précisément, quels taux de mortalité résultent d’une crise cardiaque ou d’un AVC si le patient obtient un traitement personnalisé comprenant une analyse d’ADN et des médicaments prescrits sur mesure? »

Dr Lem et son équipe de Bioscience croient que les résultats des deux groupes présenteront des différences marquées. L’essai, qui doit prendre fin en 2016, met à contribution plusieurs grands hôpitaux canadiens : l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, le Toronto General Hospital, le St. Michael’s Hospital, le Sunnybrook Health Sciences Centre et l’Institut de cardiologie de Montréal.

Dr Paul Lem

C’est en furetant autour des laboratoires de l’Université d’Ottawa que Paul Lem a pensé à concevoir un nouveau type d’analyseur d’ADN. Photo : Chonglu Huang

Un jalon majeur pour la médecine personnalisée

« Il s’agit d’une étape clé pour la médecine personnalisée », ajoute Dr Lem. « Le feu vert que nous a accordé Santé Canada nous habilite à vendre nos appareils non seulement aux hôpitaux mais également aux pharmacies et aux cabinets de médecin, où, à terme, les gens obtiendront les résultats de leur test d’ADN. »

Pour Dr Lem, l’horizon ultime, pour son invention, réside dans le test d’ADN à domicile.

« Depuis le début du projet Génome humain, c’est là l’objectif visé par tous », affirme-t-il. « Le problème consiste à faire fonctionner adéquatement la technologie et à obtenir les approbations réglementaires. »

Dans la médecine factuelle, la réalisation d’un essai clinique déterminant est essentielle à l’adoption généralisée d’un produit et à sa standardisation par l’industrie.

À la lumière des résultats que donnera l’essai mené par la Clinique Mayo, Dr Lem espère que le Spartan RX deviendra l’outil de référence pour le traitement consécutif aux AVC et aux crises cardiaques.

Une invention née dans les laboratoires de l’Université d’Ottawa

Même s’il a fini par suivre les conseils de ses parents et qu’il a étudié la médecine, Dr Lem n’a jamais oublié son rêve d’être inventeur à temps partiel. Durant ses études, il lui arrivait de faire l’école buissonnière pour aller fureter autour des laboratoires de l’Université d’Ottawa.

C’est lors d’une de ces séances d’apprentissage personnel que lui est venue l’idée d’inventer un analyseur d’ADN au point de traitement.

« Chaque fois que j’allais au laboratoire, je constatais à quel point une bonne partie de l’équipement était volumineux, encombrant, lent, difficile d’utilisation mais très puissant. Nous avons tous observé la tendance des gros ordinateurs centraux vers l’informatique de bureau. Les tests de grossesse à domicile, les lecteurs de glycémie sanguins : tout cela a suivi la même trajectoire. J’ai pris note de cette tendance, qui a inspiré mon travail. »

À l’âge de 26 ans, il décide de soumettre son idée embryonnaire à une compétition d’affaires organisée à Toronto par une entreprise de capital-risque, où lui et son équipe ont décroché le premier prix, assorti d’un montant de 1,2 million de dollars pour lancer sa première entreprise de biotechnologie.

« Je suis convaincu qu’à l’avenir, ce testeur d’ADN sera utilisé partout. Je voulais tenter le coup. Plus tard dans ma vie, quand je me ferai le bilan de ma vie, je veux pouvoir dire – que cela ait réussi ou non – que j’ai travaillé sur quelque chose de valable et de génial. »

Photo principale :
Santé Canada a récemment approuvé l’utilisation du testeur Spartan RX de Dr Paul Lem par les professionnels de la santé. L’appareil fait actuellement l’objet d’un essai clinique. Photo : Chonglu Huang

The shoebox-sized Spartan RX

Le Spartan RX a la taille d’une boîte de souliers. Photo : Spartan Bioscience

 

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