Quand écotourisme rime avec bienfaisance

Trois hommes debout devant des palmiers sourient au photographe.

« Il est possible de faire ce qu’on veut dans la vie si on y croit vraiment et en y mettant du cœur. »

 — Jamie Collum

Par Linda Scales

Publié le mardi 15 décembre 2015

Leur histoire ferait un bon scénario de film pour Disney : trois charmants jeunes hommes ont un rêve en commun et le réalisent malgré tous les obstacles qui se dressent devant eux. Sauf qu’on ne parle pas ici de la Forêt enchantée, mais plutôt du Nord du Nicaragua.

Pendant un voyage en Amérique centrale, Jamie Collum (B.Com. 2003), Earl Cahill (B.Soc.Sc., Criminologie, 2001) et Ben Orton (étudiant à l’École de gestion Telfer) ont été séduits par le Nicaragua et ont voulu y rester. Ils ont d’abord fait des plans pour construire une auberge destinée aux randonneurs près de Chinandega, dans le Nord de la côte ouest du Nicaragua.

Les trois amis sont maintenant propriétaires et gérants du complexe touristique El Coco Loco, un centre écologique à caractère communautaire situé près de Chinandega, et fondateurs de l’organisme caritatif canadien Waves of Hope.

On peut dire sans exagérer que les difficultés qu’ont connues MM. Collum, Orton et Cahill à leurs débuts au Nicaragua étaient énormes. D’abord, ils ne parlaient pas l’espagnol, et ils ont dû travailler plusieurs années au Canada afin d’amasser suffisamment d’argent pour acheter un terrain de près de cinq acres pour construire le complexe. Et puis il y avait les sceptiques, ceux qui ne croyaient pas en leur idée ni en la fermeté de leur engagement, dont il fallait tenir compte.

 « Tout le monde doutait de nous, raconte Jamie Collum, mais moi, ça me stimulait énormément. C’était un rêve un peu fou, et quand on en parlait autour de nous, les gens rigolaient un peu et nous souhaitaient bonne chance… Ils pensaient tous que le rêve allait s’estomper tranquillement. Ça m’a plutôt incité à vouloir réaliser le projet à tout prix. Je voulais prouver qu’il est possible de faire ce qu’on veut dans la vie si on y croit vraiment et en y mettant du cœur. »

Les trois hommes n’auraient peut-être pas réussi à surmonter tous ces obstacles, n’eût été leur amitié indéfectible. Ils se sont rencontrés dans les résidences de l’Université d’Ottawa et sont devenus de grands amis. Jamie Collum est originaire de Burlington, en Ontario; Earl Cahill, de Kingston, aussi en Ontario, et Ben Orton, de Sebec, petite ville du centre du Maine.

La gestion collective d’El Coco Loco et de Waves of Hope est rendue possible grâce à un respect mutuel, à la force de leur amitié et à la reconnaissance de leurs talents respectifs : l’expérience de menuisier et d’homme à tout faire de Ben Orton, la bosse des affaires de Jamie Collum et le souci du service à la clientèle d’Earl Cahill.

 Le succès de l’entreprise et de l’organisme caritatif ne cessant de grandir, les trois hommes d’affaires peuvent s’offrir le style de vie simple et souple qui a toujours nourri leur rêve.

 « L’idée de base était justement de pouvoir adopter un style de vie différent plutôt que de travailler de neuf à cinq avec quelques semaines de vacances par année », affirme Earl.

Entre le moment où ils ont commencé à rassembler les fonds pour financer leur projet et l’arrivée des premiers clients chargés de leur sac à dos, en 2010, leur perspective avait évolué : ils ne se demandaient plus ce que serait leur entreprise, mais plutôt, quelle serait leur clientèle.

 « Pendant ces cinq années, nous avons vieilli et acquis un peu de maturité, admet Jamie. Quand nous avons ouvert l’auberge pour randonneurs, nous avons vite constaté que notre clientèle n’était pas celle que nous espérions accueillir. »

Ils ont donc revu leur plan d’affaires tout en conservant l’objectif initial. Ils ont opté pour la construction d’un centre haut de gamme, mais sans le prix qui va habituellement avec. Aujourd’hui, on va à El Coco Loco pour le surf et le yoga, ou simplement pour apprendre. Les camps de surf comptent pour environ 25 à 30 % de leur marché, tandis que les retraites de yoga et la formation à l’enseignement du yoga – à peu près 45 % du marché – constituent l’activité en plus forte croissance du complexe.

Dans un bâtiment ouvert au toit en chaume, douze femmes pratiquent des postures de yoga sur des matelas.

Le yoga est l’activité en plus forte croissance à El Coco Loco.

Les séjours de travail communautaire sont une autre option pour les visiteurs qui souhaitent faire du bénévolat et s’immerger dans une nouvelle culture. Ces bénévoles de tout âge, souvent des étudiants de l’université ou des élèves du secondaire, passent une semaine au complexe et consacrent de 20 à 25 heures de bénévolat dans le cadre de projets de Waves of Hope. Le reste du temps, ils profitent de la région, des vagues et de la plage.

 « Les groupes sont très optimistes, énergiques et ils établissent de bons contacts avec les gens d’ici, dit Earl Cahill. Les bénévoles qui participent à un projet peuvent constater les retombées de leur travail pour la communauté. »

Les partenaires encouragent les séjours de travail communautaire en groupe parce que ce qui est bon pour l’entreprise est aussi bon pour l’organisme caritatif et pour la communauté. Le complexe embauche des travailleurs locaux, propose un salaire décent à ses employés et leur offre des avantages sociaux, notamment des bourses d’études. Cette façon de redonner à la communauté a toujours fait partie de la vision des trois entrepreneurs.

 « Nous n’avons pas créé le volet travail communautaire parce que c’est bon pour notre entreprise, même si, en fin de compte, c’est devenu excellent pour nous. Nous l’avons créé pour les bonnes raisons, parce que les besoins sont très grands ici », explique Ben Orton.

En partenariat avec El Manzano Uno, le village le plus proche comptant une cinquantaine de familles (environ 300 personnes), les projets de Waves of Hope sont choisis en fonction de leur contribution à l’éducation, aux soins de santé et aux infrastructures du village. Les projets ont aussi des retombées sur près d’une dizaine d’autres villages ruraux de cette région du Nord du Nicaragua.

La construction d’une école secondaire, et les 130 000 $ ramassés pour la bâtir et l’équiper, est sans doute l’une des réalisations les plus considérables de l’organisme caritatif. Grâce au travail des villageois et des bénévoles en séjour communautaire, et à des partenariats avec l’ONG américaine Surf for Life et le ministère de l’Éducation nicaraguayen, l’école est aujourd’hui fonctionnelle.

« Nous travaillons sur un programme d’art en ce moment, précise Jamie Collum. Nous donnons des cours d’anglais dans notre école, et nous voulons vraiment y intégrer des programmes techniques, comme la mécanique ou la boulangerie, dans des domaines qui aideront les gens à trouver du travail dans la région. »

Entre autres projets de Waves of Hope, mentionnons la création de programmes pour les enfants et les jeunes adultes de la communauté, et l’initiative Community Clean Water, toujours en cours, qui consiste à creuser un puits communautaire en eau profonde à El Manzano Uno. La production d’eau filtrée pourrait commencer d’ici la fin de 2015.

Ils étaient loin de se douter, en dressant leur premier plan d’affaires en 2005, à quel point ils seraient récompensés d’avoir poursuivi leur rêve. Bien sûr, rien n’est parfait, même dans le paradis qu’ils se sont créé. Ils vivent loin de leurs parents et amis de l’Amérique du Nord, et le succès de leur entreprise les oblige à gérer une charge de travail continue. Mais pour l’instant, leur plan consiste à profiter d’un travail qu’ils aiment, à passer beaucoup de temps avec leurs jeunes familles et à contribuer à leur milieu. Ah oui, et à surfer aussi.

« Nous nous sommes tous engagés à passer à peu près encore cinq ans ici dans l’entreprise et avec nos familles à plein temps, confie Jamie Collum. Voulons-nous retourner un jour au Canada? Qui sait ce que l’avenir nous réserve! »

Une vingtaine de jeunes adultes souriants tiennent une bannière portant l’inscription « Waves of Hope ». | About 20 smiling young adults pose with a banner that reads “Waves of Hope.”

Des étudiants d’université participant à un séjour de travail communautaire sourient avec fierté devant la nouvelle école élémentaire qu’ils ont contribué à bâtir. En ce moment, plus de 140 élèves fréquentent cette école située à Francisco Laguna, dans le Nord du Nicaragua.
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