Règles d’engagement

Elizabeth Rody derrière un lutrin.

« Le protocole, c’est comme les communications. On envoie un message. Si on commet une erreur, le message ne passera pas. »

—Elizabeth Rody

Par Mike Foster

Drapeaux placés au bon endroit?

Oui.

Noms correctement épelés? Titres honorifiques appropriés?

Oui.

Places correctement attribuées pour respecter la hiérarchie parlementaire qui s’applique aux visiteurs étrangers? Hiérarchie des discours respectée?

Hum … Oui.

Ainsi va la vie pour Elizabeth Rody (B.A. en communication, 1983), experte en diplomatie et protocole parlementaires. Après une carrière de 30 ans au cours de laquelle elle a assuré les rencontres et la collaboration avec des dirigeants internationaux comme Nelson Mandela, le Dalaï-Lama, le pape François et Barack Obama, Mme Rody pense que le protocole, c’est bien plus qu’une étiquette et une politesse procédurale s’appliquant aux États.

« Le protocole, c’est comme les communications. On envoie un message. Si on commet une erreur, le message ne passera pas », explique cette diplômée devenue chef du protocole au Parlement canadien en janvier 2003. « Le protocole, c’est une question de négociation, de diplomatie. Les délégations venues des quatre coins du monde savent toutes ce dont elles ont besoin et comment elles voient les choses. On doit trouver un terrain d’entente pour s’assurer qu’un événement se passe sans heurt. C’est très important de donner aux dirigeants étrangers le cadre qu’il leur faut pour accomplir leur travail sans interférence. »

Au sein de la Direction des affaires internationales et interparlementaires, Mme Rody a développé maintes procédures sur la Colline du Parlement et à l’intention des présidents du Sénat et de la Chambre des communes. Elle doit s’assurer que tout va comme il se doit pendant les visites officielles de chefs d’État ou de dignitaires gouvernementaux, mais aussi au cours des conférences et autres événements spéciaux.

Les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Les coups du sort frappent parfois, par exemple la crise cardiaque qui a emporté l’ancien ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, en avril dernier. On a alors dû interrompre un déjeuner d’État avec le président péruvien, Ollanta Humala, et réarranger la salle pour permettre au premier ministre Stephen Harper de s’adresser au caucus conservateur. Il a fallu prendre des pincettes pour offrir explications et excuses à la délégation péruvienne.

Au fil des ans, Elizabeth Rody a participé à l’organisation du sommet du G8 de 2002 à Kananaskis, en Alberta, ainsi qu’à celle du G20 à Toronto et du G8 à Huntsville, en Ontario, les deux en 2010.

Elle a été témoin privilégiée de l’évolution des procédures protocolaires depuis son premier poste de commis subalterne au sein de ce qu’on appelait à l’époque le Secrétariat des relations parlementaires. Avec l’appui d’une seule adjointe administrative, elle organisait alors les activités d’accueil de l’Association des Parlementaires de l’OTAN et de l’Association parlementaire Canada-Europe. Aujourd’hui, elle dirige une unité de 14 employés. Elle a aussi donné un cours sur le protocole au collège Algonquin.

« Quand j’ai commencé, nous n’étions que deux et passions nos journées à rédiger des invitations, raconte-t-elle. Il n’y avait pas de professionnels du protocole à l’époque. Ce travail a évolué, car le monde a évolué et aujourd’hui, tout est lié. Le Canada s’est taillé une réputation unique dans l’organisation de visites d’États et de grands événements, le tout, en grande pompe. Nous sommes experts en la matière, de véritables pionniers du domaine. Nous avons inventé de nouvelles façons de faire les choses. »

Elle décrit son rôle comme un « appui en coulisse ». Elle s’assure que l’ordre de préséance au Canada, ce système qui hiérarchise les dirigeants, est suivi lors de discours ou dans l’attribution de places. Le protocole parlementaire touche les événements ayant lieu sur la Colline du Parlement. Le protocole relatif aux engagements de l’État sont organisés de concert avec Patrimoine Canada ou, quand un pays étranger y participe, avec Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada. Les provinces et territoires du Canada ont leur propre bureau du protocole. Mme Rody considère la collaboration excellente quand les engagements relèvent de plusieurs compétences.

Elle admet éprouver un sentiment formidable lorsqu’elle échange des lettres avec la Maison-Blanche et rencontre les dirigeants les plus influents de notre époque.

« J’accueille ces visiteurs, je les présente, je marche avec eux sur la Colline. C’est un grand honneur. On ne discute pas d’enjeux planétaires, mais on a tout de même de bonnes conversations qui ouvrent mes horizons. »

Parmi ses plus beaux souvenirs, ses deux rencontres avec Nelson Mandela : la première fois, juste après sa sortie de prison, alors qu’il était venu au Canada prononcer une allocution devant le Parlement, et la seconde fois, quand il est devenu citoyen d’honneur du Canada.

« Il y a des gens qui ont un tel charisme... On ne voit qu’eux! Mandela était très humble et honoré de se trouver là. Avoir vécu ce qu’il a vécu, et sourire quand même, c’était phénoménal! »

Parfois, il fallait éviter de froisser les ego un peu disproportionnés. Les occasions de se tromper et de provoquer des disputes ne manquaient pas. Quel est le pire faux pas qu’elle a constaté? Quelle querelle la plus déplaisante a-t-elle dû subir autour d’insignifiantes questions de protocole? Mme Rody est trop professionnelle pour lancer de la boue.

« Je ne saurais dire, répond-elle en riant. C’est comme un code d’éthique : on protège les communications avocat-client. »

« Il y a des choses toutes simples, comme une erreur d’épellation ou de titre. Si on se trompe, les journaux reproduisent l’erreur, ce qui peut grandement offusquer les personnes concernées. Le protocole, c’est d’abord le respect, la prévention de toute offense. »

Elizabeth Rody stands next to the Dalai Lama with a car in the background.

Un autre dirigeant influent qu’a rencontré Elizabeth Rody au fil des ans, le Dalaï-Lama, arrive sur la Colline du Parlement. Photo : Denis Drever Photography.

Même si elle est habituée à travailler en coulisse, Elizabeth Rody joue à présent un rôle de premier plan en tant que présidente de l’Association des diplômés de l’Université d’Ottawa. Élue pour deux ans en novembre 2014, elle entend augmenter la présence de l’Association sur le campus. Les étudiants d’aujourd’hui doivent comprendre que les quelque 190 000 diplômés de l’Université d’Ottawa sont là pour eux. C’est pourquoi Mme Rody a piloté les efforts pour amasser, en 2015, plus de 350 000 miles Aéroplan qui aideront les étudiants à partir à l’étranger en tant que bénévole au sein de projets d’engagement communautaire. En sa qualité d’ambassadrice du Programme d’entraide Aéroplan « Mille gestes », elle a envoyé une lettre aux diplômés lors du lancement de la campagne le mois dernier pour leur demander de faire don de leurs milles Aéroplan non utilisés. Elle revient tout juste de Quito, en Équateur, où elle était observatrice au Forum des parlementaires de l’Asie du Pacifique, que le Canada accueillera l’an prochain. À cette occasion, elle a fait don de plus de 8 000 de ses propres milles Aéroplan. Après tout, sa fille Catherine Maathuis, est en troisième année de génie informatique à l’Université d’Ottawa.

« Tout ce que nous voulons, c’est aider les jeunes et leur donner ce dont ils ont besoin pour devenir de bons citoyens du monde et contribuer à un monde meilleur. Les étudiants comprendront que ce sont eux, les futurs diplômés. »

Pour Mme Rody, 2015 s’annonce comme une année palpitante, avec l’ouverture du Pavillon des diplômés, pendant la Semaine des Diplômésen mai, où seront présentées des conférences inspirantes et où pourront se réunir diplômés, professeurs et étudiants. Et le nouveau cri de ralliement de l’Université, Défier les conventions, se fait clairement entendre.

« À mon avis, conclut-elle, la campagne "Défier les conventions" est brillante, car elle brise le stéréotype d’Ottawa comme un endroit monotone. Au contraire, la ville est de plus en plus cosmopolite, notamment avec l’arrivée de plus en plus d’étudiants étrangers à l’Université d’Ottawa. Nous avons des atouts importants : bilinguisme, engagement communautaire et apprentissage expérientiel. C’est un monde différent, et les jeunes veulent y faire leur marque. L’Université est prête à les aider, j’en suis très impressionnée. La première fois que j’ai entendu le slogan "Défier les conventions" en français à la radio, je l’ai trouvé vraiment bien pensé et je me suis sentie fière d’être une diplômée de l’Université d’Ottawa. J’espère que les autres diplômés auront le même sentiment quand ils entendront le slogan ou visiteront le site Web, et j’espère qu’ils y répondront en grand nombre. »

Photo principale :
Le protocole, c’est d’abord une question de communication, de négociation et de diplomatie, affirme Elizabeth Rody, chef du protocole au Parlement du Canada depuis plus de dix ans. Photo : Denis Drever Photography.

Elizabeth Rody shakes the hand of Pope Francis.

Elizabeth Rody raconte que le pape François a demandé aux agents de protocole du Vatican de retirer la chaise sur laquelle il devait s’asseoir pendant une séance photo. Il insistait aussi pour rencontrer toutes les personnes présentes. Photo : Photographic Service L’Osservatore Romano.

 

Haut de page