Restons calme à Dungu

Murielle Pallares debout sur un terrain de terre, avec au fond un hélicoptère et des soldats de l’ONU. Elle porte un tee-shirt qui dit : « Plus jamais de Kadogo »

« On ne peut pas parler de "journée typique de travail" quand on habite en République démocratique du Congo, »

— Murielle Pallares

Par Brigitte Génier

Murielle Pallares (B. Soc. Sc. 2005) n’imaginait jamais qu’elle vivrait un jour en République démocratique du Congo, six ans après avoir terminé ses études à l’Université d’Ottawa.

Montréalaise et diplômée en sciences politiques, Murielle Pallares a été embauchée en 2011 par la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) en tant qu’agente du désarmement, de la démobilisation, du rapatriement, de la réintégration et de la relocalisation (DDR/RR) à Goma, où elle a collaboré au rapatriement des soldats ayant appartenu à des groupes armés illicites et des personnes à leur charge.

En mars 2014, elle a été mutée à Dungu dans un poste de responsable UNICEF pour la protection de l’enfance.

« Je crois depuis toujours à la force des enfants au sein de toutes les sociétés, explique-t-elle. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à saisir l’occasion d’œuvrer pour un organisme international, de connaître une culture toute nouvelle pour moi et d’apprendre à m’y adapter. »

Cependant, en dépit de la passion que Murielle nourrit à l’égard de son travail, il ne lui a pas été facile de s’adapter à un pays étranger.

« On ne peut pas parler de "journée typique de travail" quand on habite en RDC, dit-elle. Surtout à l’est, où toutes sortes de groupes armés rebelles sont en train de s’infiltrer. »

Sa journée peut ainsi consister à conduire un véhicule pendant huit heures sur des routes boueuses pour atteindre un village ou à prendre un hélicoptère pour disséminer des dépliants sur le désarmement, la démobilisation et le rapatriement, ou encore, à assister à des réunions ou des médiations diplomatiques. Il est certain qu’elle n’a pas le temps de s’ennuyer!

Le travail de Murielle l’amène souvent sur le terrain pour délivrer des enfants qui ont été enlevés par des groupes armés rebelles. Il lui est même arrivé de participer aux négociations avec le chef d’un de ces groupes, l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army ou LRA), qui visaient à le convaincre de libérer les enfants-soldats qu’il retenait en cachette.

Murielle Pallares crouches with a group of smiling children, giving a thumbs-up gesture, with a UN helicopter in the background.

Murielle Pallares profite d’un moment de détente dans la RD du Congo.

Murielle se souvient du moment où une jeune fille qu’elle venait de délivrer est montée dans son véhicule pour l’accompagner sur le chemin du retour.

« Une fois à l’intérieur, elle a poussé un cri de joie en apercevant une orange. Elle n’avait pas mangé d’orange depuis des années. C’est dans ces moments-là que je me rappelle à quel point j’ai de la chance », raconte Murielle.

Mais la jeune femme ne doit pas craindre uniquement les gens armés en RDC : la nature peut se montrer également effrayante.

« J’ai eu du mal à apprendre à être sur le qui-vive pour repérer les serpents venimeux, comme les mambas noirs, témoigne-t-elle. Je dois être constamment vigilante pour prévoir le danger et garder l’œil ouvert autour de moi. Malgré tout, il y a de bons côtés qui compensent, comme la joie de voir une famille d’hippopotames tous les jours. »

Cette ancienne étudiante de la Faculté des sciences sociales conserve des souvenirs chaleureux de ses années sur le campus.

Elle affirme que les cours portant sur l’éthique politique et le développement international, les conférences spéciales données par des invités distingués (comme le lieutenant-général retraité Roméo Dallaire ou l’ancien envoyé spécial pour le VIH/sida de l’ONU Stephen Lewis), ainsi que le voyage humanitaire qu’elle a eu l’occasion d’entreprendre dans le cadre de ses études, ont été les facteurs qui lui ont permis de transformer sa passion pour le développement international en une carrière proprement dite.

« L’ambiance riche et dynamique des salles de classe, où on ne cesse d’échanger des idées, la nature multiculturelle du campus et l’esprit ouvert des professeurs dans toutes sortes de discussions m’ont amenée ici où je me trouve aujourd’hui. Ma formation m’a enseigné à m’adapter rapidement à de nouveaux milieux et à faire preuve de patience – deux aptitudes indispensables dans mon domaine de travail », déclare-t-elle.

Murielle confie que rien ne lui a procuré autant de fierté que d’avoir été amenée à rapatrier des jeunes mères avec leurs enfants.

« Ces femmes ont été enlevées à leurs familles et ont vécu dans la brousse pendant des années. Pour elles, c’était enfin l’opportunité d’un nouveau départ dans la vie, dit-elle. Cependant, ajoute-t-elle, quand je vois des groupes d’enfants joyeux, surtout des filles, se rendant à l’école, c’est presque tout aussi réconfortant! »

Quand on lui demande quels sont ses projets pour l’avenir, elle répond : « J’ai appris qu’on ne peut jamais discerner l’avenir quand on travaille pour un organisme international. Il y a toujours des surprises, toujours de nouveaux pays à découvrir. »

Son travail peut certes s’avérer épuisant, d’autant plus qu’il n’est jamais achevé. Mais Murielle trouve néanmoins le temps de revenir à Montréal pour revoir les siens et reprendre son souffle…avec un bon pot de Nutella!

Photo principale :
Murielle Pallares sur le terrain à Goma, République démocratique du Congo. Sur son tee-shirt, on peut lire : « Plus jamais de Kadogo » (terme local pour désigner les enfants-soldats).

A group of smiling children walking on a dirt road with smiling Murielle Pallares.

Un groupe d’enfants à Pinga, dans l’est de la RDC, accompagnent Murielle pour une promenade paisible.

 

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