Réunir localement, émanciper globalement

Renée Black est assise devant un écran d’ordinateur portatif, alors que son collègue Carey Hoffman regarde par-dessus son épaule.

« Il faut tenir compte des différences culturelles, de la barrière des langues, des réseaux à faible débit et des capacités limitées en matière de technologie, tant sur le plan de l’infrastructure informatique que sur celui des compétences. C’est un contexte compliqué pour les bénévoles. »

— Renée Black

Par Mike Foster

Des années de travail auprès de femmes en zones de guerre ont amené Renée Black à convertir les regroupements populaires aux nouvelles technologies. En 2011, cette diplômée de l’Université a fondé PeaceGeeks, un organisme à but non lucratif enseignant la technologie, les communications et la gestion pour promouvoir la paix et les droits de la personne dans les pays en développement.

Ayant comme slogan Connect Locally – Empower Globally, PeaceGeeks transforme les communautés et la vie des gens partout dans le monde. Il a aidé l’organisme égyptien HarassMap à combattre le harcèlement sexuel. Au Soudan du Sud, il offre son soutien à l’organisation Community Empowerment for Progress (CEPO) qui surveille les conflits et contribue à la réconciliation des communautés touchées par la violence.

Dernièrement, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a demandé à PeaceGeeks de concevoir une appli pour aider les 620 000 Syriens en Jordanie à trouver les services dont ils ont besoin.

Avant de terminer sa maîtrise en affaires publiques et internationales en 2009, Mme Black avait participé bénévolement à des projets pour les femmes en Afrique. Plus tard, elle a fait un stage aux Nations Unies à New York, comme assistante dans le cadre de missions de maintien de la paix au Burundi.

Toutefois, la véritable motivation à l’origine de PeaceGeeks est venue en 2010 : des milliers de femmes de partout dans le monde s’étaient réunies à l’occasion du 10e anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU qui visait à donner aux femmes les moyens de contribuer à la paix dans les zones de conflit. Les médias ont totalement ignoré cet événement, et les groupes pacifistes n’avaient même pas les outils de base nécessaires à la diffusion de leurs importants travaux.

« Pour moi, c’était terrible. Avec PeaceGeeks, j’ai tenté de rectifier la situation, explique Renée Black. Nous essayons d’exploiter au maximum le potentiel des gens. »

Depuis quatre ans, les bénévoles de PeaceGeeks aident une vingtaine de groupes et de causes dans plusieurs pays : Égypte, Indonésie, Palestine, Libéria, Ouganda, Kenya, Népal et, plus récemment, Soudan du Sud. Un nombre impressionnant!

Renée Black est assise devant un ordinateur portatif

Renée Black cherche à developer le potentiel des groupes qui luttent pour la paix et les droits de l’homme. Photo : Bonnie Findley.

De concert avec la CEPO, organisme partenaire sud-soudanais, PeaceGeeks a monté un site Web qui fait notamment l’inventaire des crises dans cette région du monde, en documentant les incidents avérés de violence liés au conflit. Comme la CEPO milite pour un embargo sur les armes dans la région, il doit pouvoir donner des détails sur ces incidents. Mme Black raconte comment, fait rarissime, elle a été approchée par le coprésident du comité du Congrès américain pour le Soudan du Sud, qui voulait connaître l’opinion de PeaceGeeks en la matière. Mais en tant qu’organisme de la société civile, PeaceGeeks s’efforce de rester hors du champ politique.

L’application conçue pour aider les réfugiés syriens en Jordanie à trouver plus de 530 services offerts par une soixantaine d’organismes humanitaires est une première pour l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, qui pense l’utiliser aussi au Liban. Pour réaliser le projet, PeaceGeeks a pu compter sur l’aide de trois entreprises de haute technologie de la Colombie-Britannique : Affinity Bridge, The Jibe et Cheeky Monkey Media. Le projet a été réalisé sur le Web par des bénévoles de PeaceGeeks en Arabie saoudite, en Europe, aux États-Unis et au Canada. Renée Black estime que le projet aurait coûté quelque 25 000 $ s’il n’avait pas pu compter sur le travail des bénévoles.

Le réseau de PeaceGeeks compte plus de 400 professionnels de talent, concepteurs, éducateurs, programmeurs, conseillers juridiques et cinéastes, ainsi que des étudiants qui aident les organisations populaires à monter leur site Web, dessiner leur logo et se former en matière de technologies. L’an passé, PeaceGeeks, qui a son siège à Vancouver, a réalisé 14 projets, un chiffre impressionnant pour un petit organisme de la société civile dirigée par une directrice générale à temps plein (Renée Black) qui ne compte que quatre employés à temps partiel.

Mais gérer des projets à distance peut présenter quelques problèmes, selon Mme Black.

« Il faut tenir compte des différences culturelles, de la barrière des langues, des réseaux à faible débit et des capacités limitées en matière de technologie, tant sur le plan de l’infrastructure informatique que sur celui des compétences, explique-t-elle. C’est un contexte compliqué pour les bénévoles. »

L’un des premiers projets de PeaceGeeks lui a permis d’aider HarassMap, un organisme égyptien qui remet en question l’acceptation du harcèlement sexuel dans ce pays. En Ouganda, PeaceGeeks a appuyé le Centre for Women in Governance, qui encourage les femmes à accéder aux commandes de l’État, et une initiative qui suit de près la violence faite aux femmes, le trafic de personnes et les attaques envers les militants des droits de la personne. Au Libéria, le groupe a collaboré avec le Women’s NGO Secretariat of Liberia, une confédération qui compte plus de 105 groupes militant pour les droits des femmes. Au Kenya, il a travaillé avec l’organisme Young Women Entrepreneurs Kenya, qui aide les femmes ayant subi des violences sexuelles pendant les élections de 2008 à s’en relever et à se former pour l’emploi ou la participation au processus politique.

À l’ère numérique, le savoir technologique est essentiel à la survie de tout organisme, selon Renée Black. Pourtant, bien des groupes locaux dans les pays en développement n’ont pas les moyens de se faire connaître en ligne et d’acquérir un savoir élémentaire en communication.

« J’ai fondé PeaceGeeks pour répondre au manque de savoir technologique, explique sa directrice générale. Ne pas avoir de site Web rend ces organismes invisibles aux donateurs internationaux. Leur chance d’obtenir des fonds est donc quasi nulle. »

Récemment, Mme Black était à Ottawa pour assister à une conférence du Conseil canadien pour la coopération internationale, au cours de laquelle Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada a annoncé sa nouvelle politique de partenariat avec la société civile. Renée y voit plusieurs possibilités pour PeaceGeeks.

« Nous sommes ni plus ni moins qu’une jeune entreprise innovante, explique-t-elle. Auparavant, les petits organismes avaient du mal à obtenir du financement, car le processus de demande était très lourd. Aujourd’hui, on constate un effort pour rendre le financement accessible aux plus petits. L’un de nos buts est de faire entendre la voix des marginaux de la planète. C’est aussi l’une des grandes priorités de la nouvelle politique de partenariat avec la société civile. »

Pour autant, PeaceGeeks ne cesse de chercher des fonds, des partenaires et des bénévoles au talent certain.

« Nos bénévoles veulent contribuer à quelque chose qui les dépasse. Conscients d’avoir eu beaucoup de chance, ils veulent redonner à la société. PeaceGeeks cherche à tirer profit de cette passion et de ce potentiel. »

L’histoire de Renée Black et PeaceGeeks compte parmi les nouveaux témoignages de la série Défier les conventions qui nous renseignent davantage sur des membres exceptionnels de la communauté de l’Université d’Ottawa.

Photo principale :
Renée Black avec son collègue Carey Hoffman. Photo : Philip Chin.

Un câble USB en forme de colombe.

L’organisation PeaceGeeks de Renée Black fait partie des plus récentes histoires Défier les conventions.

 

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