Le souci du détail

Tyler Shendruk debout à côté d’un mur enneigé.

« Le fait de pouvoir me mettre dans la peau du journaliste pour ne regarder que le portrait général m’aide à conserver une perspective globale dans mes propres travaux. »

—Tyler Shendruk

Par Mike Foster

Tyler Shendruk est doué pour expliquer des concepts scientifiques extrêmement complexes en termes simples. C’est une compétence qu’il a développée en tant que journaliste scientifique pour le journal étudiant de l’Université d’Ottawa, le Fulcrum, pendant la rédaction de sa thèse de doctorat. Une thèse dans laquelle il se sert de la physique computationnelle pour faire l’étude théorique de la séparation des molécules et des petites particules sur des puces microfluidiques.

« Il y a différentes façons de séparer des molécules comme l’ADN dans un laboratoire de chimie, mais la miniaturisation change parfois la dynamique. J’ai donc étudié, pour quelques cas précis, quelles seraient les conséquences de la miniaturisation », explique M. Shendruk en entrevue téléphonique depuis l’Angleterre.

Selon lui, les microfluides ont un avenir très prometteur en chimie et en médecine, des retombées semblables à celles qu’a eues le remplacement des tubes à vide par des puces informatiques. Le domaine appartient à la fois à la science et à la technologie puisqu’il implique le flux de liquides dans des vaisseaux d’à peine un micromètre, invisibles à l’œil nu. Sous la direction du professeur Gary Slater de la Faculté des sciences dans son laboratoire de physique des polymères au Département de physique de l’Université d’Ottawa, Tyler Shendruk a développé de nouvelles techniques théoriques pour séparer les particules fluidiques.

Pour sa thèse de doctorat, intitulée Theoretical and Computational Studies of Hydrodynamics-based Separation of Particles and Polymers in Microfluidic Channels et soutenue en 2013, il a remporté le prix Pierre-Laberge en sciences 2014, qui reconnaît l’excellence d’une thèse de doctorat dans le domaine des sciences. Au moment de l’attribution de ce prix, il avait déjà entrepris des études postdoctorales en physique à Oxford.

Mais la stimulation que lui apportait la vulgarisation scientifique lui manquait. Il a donc demandé une bourse – la British Science Association’s Media Fellowship – et s’est retrouvé à écrire pour le prestigieux Financial Times tous les jours pendant un mois en août 2014.

« Je faisais chaque jour l’aller-retour Oxford-Londres pour travailler dans la salle de presse et je couvrais à peu près une nouvelle par jour. Il n’y avait pas deux journées pareilles. J’adorais ça. Les universitaires ne vivent pas au même rythme que les médias », commente M. Shendruk.

Tyler Shendruk écrit toujours des articles pour le Financial Times, sur des sujets aussi variés que les protéines antigel découvertes dans les poissons-antarctiques ou le concept d’antifragilité en physique. Dans son dernier article, publié en janvier 2015, il parlait de la découverte d’une plante préhistorique carnivore qui capturait ses proies avec ses tentacules il y a de cela entre 35 et 47 millions d’années.

Écrire sur les travaux d’autres scientifiques pour le grand public l’aide à mettre ses propres recherches ultraspécialisées en perspective.

« En tant que scientifiques, il nous arrive de travailler si fort sur les moindres détails que nous finissons par perdre la vue d’ensemble. Le fait de pouvoir me mettre dans la peau du journaliste pour ne regarder que le portrait général m’aide à conserver une perspective globale dans mes propres travaux », ajoute-t-il.

Il explique que de nombreux scientifiques et chercheurs considèrent qu’il leur revient de communiquer les résultats de leurs travaux à leurs pairs. Il sent pour sa part qu’il lui incombe aussi de communiquer des concepts scientifiques complexes au public, tout en poursuivant ses propres travaux à la fine pointe.

« Ma recette est simple : si je ne comprends pas ce que des chercheurs me disent, je ne les laisse pas continuer. Je dois comprendre le plus possible si je veux transmettre l’information aux lecteurs. Les scientifiques sont très généreux de leur temps. Ils adorent parler de ce qu’ils font, mais je dois leur rappeler constamment que je ne suis pas un spécialiste, que je ne comprends pas le sens des termes techniques et que je n’ai pas tout leur bagage de connaissances », explique Tyler Shendruk.

À titre de chroniqueur scientifique pour le Fulcrum de 2011 à 2013, il écrivait sur les recherches qui se faisaient à l’Université. Il a eu le privilège d’enrichir ses connaissances auprès d’un large éventail de professeurs et de chercheurs, ce dont peu d’étudiants peuvent se vanter, nous confie-t-il. L’un des faits saillants de son passage au Fulcrum est un article sur les travaux du professeur Vance Trudeau du Département de biologie, sur la façon dont les médicaments aboutissent dans l’environnement. Ces recherches avaient permis au professeur de démontrer que l’antidépresseur Prozac pouvait freiner l’activité sexuelle chez les poissons rouges mâles. Tyler Shendruk avait alors signé un article intitulé « Goldfish on Prozac ».

« C’était fascinant d’entendre ce que d’autres faisaient dans des domaines vraiment éloignés du mien », commente-t-il.

À Oxford, M. Shendruk étudie en ce moment un phénomène connu sous le nom de « flux cytoplasmique », soit la façon dont les courants à l’intérieur des cellules vivantes transportent les biomolécules comme les nutriments.

gracieuseté de Cell Press pour la Biophysical Society.

LeBiophysical Journala publié un article de Tyler Shendruk sur les microfluides dans son numéro du 17 février 2015. Images : gracieuseté de Cell Press pour la Biophysical Society

« J’élabore des algorithmes informatiques pour simuler les flux cytoplasmiques. Nous considérons que l’intérieur des cellules est un matériau fluide actif très générique, puis nous examinons de quelles propriétés ce matériau a besoin pour produire ces courants. Cette étude est théorique, je ne la fais pas au microscope. J’essaie de comprendre comment des courants naissent de l’action de protéines motrices », explique-t-il.

« Les physiciens s’intéressent traditionnellement à des systèmes qui sont en équilibre, à des matériaux passifs. Mais depuis quelques années, on s’intéresse de plus en plus aux matériaux actifs, autrement dit aux matériaux qui, dans leur forme la plus simple, font eux-mêmes quelque chose pour transformer une forme d’énergie en énergie cinétique. »

M. Shendruk précise que l’un des avantages d’étudier à Oxford, c’est de travailler avec Julia Yeomans. Cette professeure de physique a été l’une des premières à développer l’algorithme hydrodynamique dont il s’est servi dans sa thèse de doctorat et dont il prévoit maintenant utiliser une variante dans ses travaux actuels.

Il avoue toutefois que les bons moments passés à table à discuter d’articles scientifiques et à partager des idées farfelues avec ses collègues de l’Université d’Ottawa lui manquent un peu.

Originaire de Saskatoon, maintenant à Oxford et ayant transité par Ottawa; d’abord au Fulcrum, puis au Financial Times : Tyler Shendruk et son esprit vif et curieux ont déjà fait bien du chemin. Déjà titulaire d’un doctorat à 30 ans, bien malin qui sait où il ira ensuite.

Dans le cadre des activités de la Semaine des diplômés 2015, qui se dérouleront du 4 au 9 mai, le Fulcrum soulignera la parution de son 75e volume et invite pour l’occasion tous ses anciens collaborateurs à se joindre à la fête. L’exposition Fulcrum Volume 75 sera lancée le 9 mai à Ottawa.

Visitez Défier les conventions pour lire davantage d’histoires au sujet de la communauté de l’Université d’Ottawa.

Tyler Shendruk debout devant un bâtiment de pierre brun.

Tyler Shendruk continue d’étudier les microfluides à l’Université d’Oxford en Angleterre. Photo: Amanda Shendruk

 

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