Visionnaire haute définition

Randall Dark filmant des pingouins en 3D.

« Parce que la haute définition était si réelle et si nette, je croyais que si les gens regardaient un documentaire sur la faim dans le monde, ils seraient si touchés qu’ils devraient réagir. »

— Randall P. Dark

Par Mike Foster

Randall P. Dark (B.A. 1979), l'un des pionniers de la télévision haute définition, a adopté cette technologie parce qu'il croyait que des images d'une telle netteté pourraient changer le monde. Mais il n'a pas été facile de convaincre les bonzes de l'industrie cinématographique des avantages de la HD.

« On m'a ri au nez très souvent, se souvient-il. Après une démonstration de la technologie HD devant certains des plus grands cinéastes, réalisateurs et producteurs de New York, j'ai été la cible d'attaques brutales. Ils disaient que ça ressemblait à de la vidéo, que c'était horrible, que ça ne percerait jamais. Un de mes employés m'a dit "Comment ça va, Randall? Ils t'ont complètement démoli." Mais moi, j'étais transporté de joie. Je lui ai répondu : "As-tu vu toute la passion dans leur méchanceté, à quel point ils ont détesté cela? Si ça les a touchés autant, c'est qu'on a quelque chose de gros entre les mains." »

Aujourd'hui, Randall Dark est producteur, cinéaste, écrivain et conseiller médias. Il a filmé en HD plusieurs célébrités dont Julie Andrews, Willie Nelson, Harry Connick Jr., Lyle Lovett, Sting, Bill Clinton, Leonard Nimoy et Stephen Hawking. Le milieu de la télévision le considère également comme un gourou visionnaire qui a grandement contribué à faire progresser la technologie HD.

Randall Dark compare la première fois qu'il a vu un enregistrement en HD à Toronto en 1986 à la première fois qu'a été présentée la Ford Modèle T à l'époque des voitures à chevaux.

« Un déclic s'est produit dans mon cerveau, et je me suis dit que la HD représentait l'avenir de nombreux domaines. Je voulais la diffuser partout dans le monde et je me considère choyé d'avoir pu contribuer dans une large mesure au déploiement de cette technologie », commente-t-il.

« Parce que la haute définition était si réelle et si nette – les couleurs étaient parfaites et l'on pouvait voir les plus menus détails –, je croyais que si les gens regardaient un documentaire sur la faim dans le monde sur un téléviseur de 165 cm à la maison, ils seraient si touchés qu'ils devraient réagir, explique-t-il. Je croyais que cette technologie toucherait grandement les gens et atteindrait leurs cœurs. Je croyais sincèrement que la HD transformerait l'humanité. »

Au milieu des années 1980, il faisait partie de l'équipe de Chasing Rainbows à la télé anglaise de Radio-Canada, première minisérie télévisée enregistrée en HD. Il est ensuite parti pour New York, où il a travaillé au Ed Sullivan Theatre, qui servait à cette époque de studio d'enregistrement haute définition pour la série Unplugged de la chaîne MTV. Il a notamment travaillé avec des groupes comme Aerosmith et Crosby, Stills and Nash.

En 1992, il a fondé HD Vision Inc., une maison de production et de postproduction HD établie à New York et à Dallas, au Texas.

« J'ai été l'un des premiers au monde à construire des camions de production HD à plusieurs caméras. J'ai tourné Victor-Victoria sur Broadway avec Julie Andrews, j'ai filmé le XXXe SuperBowl et un match des étoiles de la NBA. J'ai été le premier à diffuser en haute définition un événement sportif en direct au National Press Club à Washington, D.C., où les membres du Congrès américain et de la FCC (Federal Communications Commission) analysaient les images pour déterminer si la haute définition était une nouvelle norme télé viable pour les États-Unis. En fin de compte, c'est moi qui ai enregistré une bonne partie des premiers événements parce que j'étais le seul à avoir des camions HD », raconte-t-il.

Il a ensuite cofondé HD Vision Studios en 2002, à Los Angeles, et Randall Dark Productions LP en 2007. Au fil des ans, il a contribué à environ 2 000 longs métrages, documentaires, vidéoclips, publicités et présentations d'entreprises.

« Une vie extraordinaire »

Dernièrement, il a tourné le film Angels Sing, sorti en 2013 et mettant en vedette Willie Nelson, Kris Kristofferson, Harry Connick Jr., Connie Britten et Lyle Lovett. À titre de producteur délégué, il a assisté à la création par Willie Nelson et Harry Connick Jr. d'une chanson qui figure au générique du film.

« J'ai eu la chance de voir ces deux génies à l'œuvre. Je mène une vie extraordinaire, commente-t-il. Je n'ai jamais été en pâmoison devant les célébrités parce qu'après tout, ce sont aussi des personnes comme vous et moi. Il y a tellement de célébrités qui se font vénérer et qui finissent par ne plus pouvoir le supporter. Parce que je suis un spécialiste de mon domaine, je pense que je peux dire "hé, je ne connais rien de ce que vous faites, mais voulez-vous que je vous parle de haute définition?" »

Randall Dark est aussi connu pour sa démarche expérimentale et son intérêt pour le mariage de différentes technologies numériques. Dans son documentaire intitulé Seadrift Vs the Big Guy (2012), qui suit les participants d'une course de canot de 418 km (le Texas Water Safari), il a utilisé toute sorte d'équipement, de son iPhone à une camera 4K, qui donne une résolution quatre fois supérieure à la HD standard.

« Je me suis servi de 20 technologies différentes pour tourner ce documentaire, de la toute dernière 4K aux verres fumés HD. Je pense avoir utilisé 40 types de caméras », dit-il.

Un autre de ses projets récents dont il est particulièrement fier est Makarios: A Rising Tide (2011), un documentaire HD de 30 minutes sur un centre préscolaire à Tamarindo, petit village pauvre et isolé de la République dominicaine. Ce film, présenté deux fois en avril sur la chaîne PBS KLRU à Austin, au Texas, suit les efforts des fondateurs du centre pour aider les enfants à briser le cycle de la pauvreté par l'éducation. Randall a financé lui-même la moitié du film, qu'il a aussi réalisé. L'idée du projet et née d'une rencontre entre sa femme, Kristen Cox, et la fondatrice du centre, Sharla Megilligan.

De toute évidence, Randall Dark ne connaît pas les temps morts. Par exemple, une pièce de théâtre pour enfants qu'il a écrite il y a 20 ans (Tale of Sasquatch) et qui a été publiée par l'Association des dramaturges professionnels du Canada, est sur le point de devenir une application animée. En 2009, il a en outre cofondé le Macao China International Digital Camera Festival, dont il est actuellement le directeur artistique. Entre-temps, il conseille aussi des entreprises et des organismes sans but lucratif quant à l'utilisation de la technologie pour stimuler leur croissance en tant que consultant chez J.L. Powers and Associates Ltd.

Randall Dark regarde par le viseur de la caméra.

Randall Dark regarde par le viseur de la caméra à titre de producteur exécutif sur le plateau de tournage de Closing Escrow (2007), une comédie sur le monde de l’immobilier.

« J'ai toujours besoin de nouveaux projets »

« Il y a des gens qui travaillent pour vivre et d'autres qui vivent pour travailler. Je n'ai jamais travaillé une seule journée de ma vie. Comme je me lasse très, très facilement, j'ai toujours besoin de nouveaux projets », affirme Randall Dark.

Quand on lui demande si sa réussite tient de l'inné ou de l'acquis, Randall répond que c'est sans doute un peu des deux. Natif de Moosejaw, en Saskatchewan, il est déménagé avec sa famille à Trenton, en Ontario, puis en Allemagne, à la base aérienne de Ramstein, pour suivre son père qui était dans l'Aviation royale canadienne. L'un de ses trois frères, Shayne Dark, est l'un des plus grands sculpteurs et artistes visuels du Canada.

« Notre bagage génétique a probablement fait en sorte que nous avons été choyés à la naissance, mais l'acquis pour moi tient au fait d'avoir vécu en Europe de l'âge de cinq ans à neuf ans et d'avoir évolué dans des milieux comme l'Université d'Ottawa, où l'on encourage la créativité. Il devient alors facile pour quelqu'un comme moi de prendre de grands risques », affirme Randall.

Pendant ses études en théâtre à l'Université d'Ottawa, il a eu l'occasion d'écrire, de mettre en scène, de créer des décors et de produire des spectacles, ce qui, à son avis, lui a enseigné le multitâche. À cette époque, il travaillait aussi le soir au Centre Roberts/Smart pour adolescents en difficulté. Cette expérience lui a inspiré une pièce de 60 minutes intitulée Crander Mind, drame psychologique sur les enfants maltraités qui a reçu des critiques très élogieuses de l'Ottawa Citizen, de l'Ottawa Journal et du Fulcrum à sa quatrième année d'études à l'Université.

Une fois son diplôme en mains, il a rempli ses cartes de crédit et demandé un prêt bancaire pour lancer sa propre compagnie théâtrale – Ariel Productions. Sa pièce Starboy a été un succès. Randall Dark estime qu'il doit le lancement de carrière artistique aux professeurs James Flannery et James Dugan de l'Université, qui ont tous deux cru en son talent et lui ont donné les moyens de le déployer.

Il pense malgré tout que le destin pourrait avoir joué un rôle dans son cheminement de carrière.

« Avec un nom comme Randall Paris Dark, je ne pouvais quand même pas devenir joueur de football; j'étais prédestiné à une carrière artistique. »

Photo principale :
Randall Dark utilise une caméra 3D pour filmer des pingouins pour le long métrage 3 Cities in 3D, qui présente des images de Gatlinbug, de Sevierville et de Pigeon Forge, au Tennessee.

Randall Dark en plein travail.

 

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