Domaine prioritaire pour le gouvernement du Canada : la santé, notamment la biotechnologie
De nombreuses molécules essentielles à la vie existent sous deux formes qui sont l’image l’une de l’autre dans un miroir. Malgré leur ressemblance presque parfaite, ces deux formes peuvent avoir des effets très différents dans l’organisme : l’une peut contribuer au traitement d’une maladie, alors que l’autre peut être préjudiciable – la thalidomide en est un exemple tragique. Cette propriété, appelée « chiralité », joue un rôle fondamental en médecine, dans le développement de médicaments et en sciences de l’environnement; or, il demeure difficile de la détecter avec précision. Les méthodes actuelles sont lentes, nécessitent de vastes échantillons et ne permettent pas l’analyse en temps réel, ce qui complique le diagnostic précoce et le contrôle rapide de la qualité.
Les travaux de la professeure Smirnova proposent une nouvelle approche fondée sur la lumière chirale synthétique. Ces champs lumineux multicolores ultrarapides combinent plusieurs couleurs de lumière de manière à créer dans le temps une structure chirale tridimensionnelle. Contrairement aux méthodes optiques classiques, qui reposent sur de faibles interactions magnétiques entre la lumière et les molécules, cette approche génère des signaux jusqu’à 1 000 fois plus intenses. La professeure et son équipe peuvent ainsi distinguer les deux formes miroir d’une même molécule avec une rapidité et une exactitude nettement supérieures à celles de toute méthode actuellement disponible.
Les retombées potentielles sont considérables. Dans le domaine de la santé, cette technologie pourrait permettre de détecter des cancers et des maladies neurodégénératives en repérant, dans le sang ou les tissus, les changements moléculaires qui leur sont associés. Dans l’industrie pharmaceutique, elle pourrait accélérer le contrôle de la qualité et renforcer l’innocuité des médicaments. En environnement, elle pourrait contribuer à repérer les polluants ainsi qu’à retracer leur origine, en plus de surveiller les transformations dans l’eau, l’air et les aliments.
Le programme s’intéresse aussi au potentiel de la structure naturelle des molécules chirales pour le développement de technologies quantiques et spintroniques plus performantes et durables, renforçant ainsi le rôle de chef de file du Canada en innovation quantique.
À l’Université d’Ottawa, la professeure Smirnova collaborera avec des chercheuses et chercheurs de premier plan dans les domaines de la lumière structurée, des technologies quantiques et des biocapteurs afin de mettre au point la toute première plateforme intégrée pour la détection ultrarapide de la chiralité. Pour ce faire, elle travaillera en étroite collaboration avec des partenaires des secteurs de la santé, de l’industrie et de la surveillance environnementale, y compris avec Thermo Fisher Scientific et des hôpitaux affiliés à l’Université d’Ottawa.