Comment faire mieux? Le Dr Markus Besemann aide des personnes à se reconstruire après un traumatisme qui a bouleversé leur vie.

Par Sébastien Chevrier

Conseiller, Communications et marketing, Faculté de médecine

Le Dr Markus Besemann dans l'Himalaya, lors d'une expédition organisée dans le cadre d'un programme de réadaptation pour les militaires et vétérans blessés des Forces armées canadiennes.
Le Dr Markus Besemann dans l'Himalaya, lors d'une expédition organisée dans le cadre d'un programme de réadaptation pour les militaires et vétérans blessés des Forces armées canadiennes.
Le Dr Markus Besemann (M.D. 1988) n’avait pas prévu d’étudier la médecine à l’Université d’Ottawa. Aujourd’hui, son travail auprès de personnes blessées, notamment des militaires, lui a appris à soigner plus que la blessure et à se poser d’importantes questions : que peut-on faire encore, et comment faire mieux?

Un choix de carrière inattendu

À son entrée à l’Université d’Ottawa, Markus Besemann se destinait à une carrière en génie.

Puis il a rencontré Bruce, étudiant de première année en médecine, qui était aussi membre de l’équipe universitaire de ski nordique.

Il était très en forme et menait une vie active et agréable parallèlement à ses études. Cette rencontre a marqué un tournant pour Markus Besemann.

« Je n’avais jamais envisagé d’étudier en médecine avant, se rappelle-t-il. Je croyais que c’était réservé aux enfants de médecins ou de riches. Mes parents vivaient modestement, donc la médecine, ce n’était pas pour moi. »

L’exemple de Bruce, cette « incarnation de la santé » qui étudiait la médecine, lui a ouvert les yeux.

« Ça a été un moment marquant, dit-il. J’ai su que c’était ce que je voulais faire. »

Markus Besemann a obtenu son diplôme de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa en 1988. Il s’est ensuite engagé comme médecin militaire généraliste dans les Forces armées canadiennes et a servi dans plusieurs bases pendant quatre ans, de 1989 à 1993, notamment à Chypre dans le cadre d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies.

En 1993, il a entrepris une résidence pour se spécialiser en physiatrie et en réadaptation, et il a travaillé à l’hôpital régional et au centre de réadaptation de Hull, où il a traité des personnes souffrant de douleur chronique, victimes d’un accident vasculaire cérébral ou d’un traumatisme crânien, amputées ou atteintes d’autres maladies complexes.

Soigner plus que la blessure

Au fil des ans, le Dr Besemann a compris que la réadaptation va plus loin que le rétablissement physique. Une blessure change l’image de soi et brise les illusions sur sa propre identité et ses capacités.

La vision du Dr Besemann a été influencée par, Tina Corriveau Blackwell, une jeune agente de la Gendarmerie royale du Canada victime d’un grave accident de la route qui a brutalement mis fin à sa carrière. Lorsqu’il l’a rencontrée, en 1997, elle souffrait d’intenses douleurs à la nuque et prenait de fortes doses d’opioïdes. Il l’a encouragée à essayer la méditation. Avec le temps, elle a commencé à voir sa situation autrement, puis elle en est venue à transformer sa terrible blessure en occasion de croissance personnelle. Elle a raconté son vécu dans un livre intitulé Signposts, qui signifie « panneaux de signalisation », une métaphore des nombreuses directions que la vie nous fait prendre, parfois de manière inattendue.

« Cette jeune femme m’a profondément marqué, affirme le Dr Besemann. Si elle a pu se servir d’un tel trauma pour grandir, ça signifie que presque tout est possible. »

Cette expérience l’a convaincu de l’importance de comprendre ce qui se cache derrière les symptômes d’une personne. 

« La question n’est pas de savoir ce qui ne va pas, mais ce qui est arrivé à la personne », explique-t-il.

« Quand on s’intéresse à l’ensemble de son parcours de vie, on peut mieux comprendre ce qui a amené la personne à développer une dépendance, une douleur chronique ou des troubles réfractaires. »

Son approche est simple : écouter.

« En médecine, rien n’est noir ou blanc, illustre-t-il. Il faut garder l’esprit ouvert et se mettre réellement à l’écoute des gens. Souvent, le diagnostic vient de là. »  Malheureusement, aujourd’hui, les médecins ont rarement autant de temps à consacrer à leurs patientes et patients.  Le Dr Besemann reconnaît qu’il peut se permettre ce luxe à cette étape de sa carrière.  Mais il doit toujours en payer le prix. Il s’estime très chanceux d’avoir cette liberté.

Au service de celles et ceux qui ont combattu

En 2008, le Dr Besemann s’est réengagé dans les Forces armées canadiennes pour soigner les soldates et soldats revenant d’Afghanistan avec des membres amputés, de graves blessures à la tête et d’autres traumas complexes.

On lui a fourni les ressources et le personnel nécessaires pour établir un programme de réadaptation complet.

Le Dr Markus Besemann lors d'une conférence sur la réadaptation organisée par le service des affaires publiques de l'ambassade du Canada à Washington.
Le Dr Markus Besemann lors d'une conférence sur la réadaptation organisée par le service des affaires publiques de l'ambassade du Canada à Washington.

C’est là qu’il a fait la connaissance du lieutenant Simon Mailloux, jeune officier d’infanterie, gravement blessé en novembre 2007 lors de l’explosion d’une bombe artisanale en Afghanistan qui lui a coûté la jambe gauche.

Deux ans plus tard, il est retourné combattre en Afghanistan, devenant ainsi le premier soldat canadien amputé déployé en zone de guerre.

« Son histoire a renforcé ma conviction que rien n’est impossible », déclare le Dr Besemann.

Il a continué de suivre la carrière du lieutenant Mailloux. En 2025, il a été invité à sa cérémonie de passation de commandement à la base de Valcartier, au Québec, où il a pris la tête du 1er bataillon du Royal 22e Régiment.

« Les personnes qui m’ont le plus inspiré sont celles qui m’ont donné une leçon d’humilité en me prouvant ce dont elles étaient capables malgré les pires blessures imaginables », confie le Dr Besemann.

Il est encore très ému de ce qu’a pu accomplir le lieutenant Mailloux après tout ce qu’il a dû traverser.

« Des parcours comme le sien, ça me donne des frissons, parce que j’ai vu tout le travail qu’il a dû faire pour y parvenir », témoigne-t-il.

Un nouveau tournant

Le Dr Besemann a pris sa retraite du poste de chef de la médecine de réadaptation des Forces armées canadiennes en 2023, mais il n’a pas cessé de travailler pour autant.

Aujourd’hui, il est cofondateur et chef médical de Beechwood Physical Medicine, une clinique interdisciplinaire à Ottawa axée sur la réadaptation d’anciennes combattantes et anciens combattants, où il continue d’exercer et d’apprendre sur les liens entre le rétablissement physique, le traumatisme psychologique, le stress, la résilience et la performance humaine.

La clinique s’est donné pour mission d’inspirer et de favoriser l’autonomisation.

« Nous ne garantissons pas la guérison ni le soulagement de la douleur », précise-t-il, des promesses faciles à faire, mais très difficiles à tenir. Nous nous efforçons d’inspirer les gens et de favoriser leur autonomisation afin qu’ils trouvent eux-mêmes la voie de la guérison, et nous leur procurons les outils pour y arriver. »

Avec le recul, il voit le déroulement de sa carrière comme une suite naturelle, toujours guidée par une idée claire de ce qu’il voulait.

Jeune étudiant, il rêvait d’une carrière en médecine des sports et d’expédition, se projetant au pôle Nord, en Antarctique ou encore dans l’Himalaya. Il y est parvenu, mais après des décennies de travail acharné, de patience et d’assiduité.

« Il m’a fallu 30 ans de dur labeur tous les jours, beau temps, mauvais temps, dit-il. Il m’a fallu beaucoup de patience, mais j’ai fini par réaliser mes rêves. »

Il en retire une leçon toute simple : « Il faut commencer par savoir ce qu’on veut, et ce n’est pas toujours facile. » Parfois, il lui a semblé qu’il devait obtenir la permission de pouvoir exercer sa profession conformément à ses plus profondes convictions. Le privilège d’exercer la médecine sur une longue période, c’est de pouvoir réévaluer ses pratiques et ses priorités au fil du temps.  Mais cette chance vient seulement avec le temps.  Et, conclut-il, il faut laisser le temps au temps.

Soutenir l’avenir de la médecine

La prochaine génération de médecins a besoin d’occasions d’apprendre, de s’améliorer et de tracer l’avenir des soins de santé.

En contribuant à la Bourse commémorative de la promotion de 1988 en médecine, vous allégez le fardeau financier d’étudiantes et étudiants en médecine et vous aidez la future génération de médecins à se préparer dans le but de changer la vie de leurs patientes et patients.